Maire-info
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Édition du mardi 26 mars 2024
Terrorisme

Le gouvernement donne des précisions sur l'état de la menace terroriste

La menace d'attentats terroristes organisés de l'extérieur refait surface en France. Après le massacre perpétré à Moscou vendredi, l'exécutif a reconnu que cette menace est identifiée depuis plusieurs mois, et que le risque est particulièrement élevé à l'approche des Jeux olympiques et paralympiques. 

Par Franck Lemarc

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© D.R.

Gérald Darmanin, le ministre de l’Intérieur, a détaillé hier sur le plateau du 20 heures de France 2 les raisons qui ont conduit l’exécutif à réactiver le niveau maximum du plan Vigipirate, évoquant la « résurgence » , que le gouvernement et les forces de sécurité « sentent »  depuis plusieurs mois, d’une menace extérieure. 

Menaces « endogènes », « exogènes »  et « hybrides » 

En matière de terrorisme, on parle couramment de deux types de menaces : les actions endogènes et exogènes, ou, pour parler plus simplement, intérieures et extérieures. 

La menace « endogène »  est celle de personnes installées en France qui, à la suite d’un processus de radicalisation (via internet, ou par la fréquentation de lieux de cultes radicaux, ou encore en prison), passent à l’acte. Plusieurs attentats plus ou moins récents se sont déroulés de cette façon : les tueries de Montauban et Toulouse, en mars 2012, commises par Mohammed Merah ; ou plus récemment les assassinats des enseignants Samuel Paty à Conflans-Sainte-Honorine et Dominique Bernard à Arras. Ces attentats commis par des personnes seules, « la plupart du temps au couteau » , a précisé le ministre de l’Intérieur hier, sont particulièrement difficiles à prévoir et à combattre, du fait précisément du caractère « solitaire »  de leurs auteurs. 

On parle de menace « exogène »  lorsque les attentats sont commandités et organisés depuis l’étranger, par un État ou une organisation terroriste internationale. Ce type d’attentats, souvent de bien plus grande envergure, demande une logistique et des moyens financiers bien plus importants, avec parfois l’introduction, très en amont, dans le pays où l’attentat est programmé, de terroristes venus de l’étranger. Le plus meurtrier de tous ces attentats fut celui du World trade center en 2001, à New York. En France, les attentats de 2015 (Charlie hebdo et Hyper Casher en janvier, Bataclan, Stade de France et terrasses en novembre) ont eux aussi été organisés depuis l’étranger. 

Le ministre de l’Intérieur, lors d’une audition devant les sénateurs, le 5 mars dernier, a également évoqué un troisième type de menace, qu’il a qualifié « d’hybride »  : il s’agit d’organisations terroristes étrangères qui pourraient non pas faire appel à des croyants radicalisés, mais payer des criminels de droit commun pour exécuter leurs actions. Il est à noter qu’au moins un suspect de l’attentat de Moscou aurait ainsi avoué avoir agi « pour de l’argent » , pour autant que l’on puisse porter crédit à des aveux manifestement obtenus sous la torture. 

Le retour de Daesh

Depuis plusieurs années, la menace dite « exogène »  semblait avoir diminué, du fait de l’affaiblissement des deux principales organisations terroristes islamistes capables d’organiser et planifier de telles attaques, Al-Qaïda (responsable des attentats de 2001 aux États-Unis et Daesh-État islamique (commanditaire, entre autres, des attentats de 2015 en France). Les opérations militaires conduites par une coalition conduite par les États-Unis en Afghanistan, en Irak ou au Sahel ont conduit à la quasi-éradication de ces organisations. En Syrie par exemple, alors que l’État islamique régnait sur la quasi-totalité du pays en décembre 2015, cette organisation a presque totalement disparu aujourd’hui, perdant ainsi les moyens militaires et financiers d’organiser des attentats de grande ampleur dans d’autres pays. 

Mais depuis plusieurs années, une nouvelle branche de l’État islamique s’est développée en particulier en Afghanistan. Elle porte le nom d’État islamique au Khorassan (EI-K), du nom d’une ancienne région médiévale dont le territoire s’étendait sur ce qui est aujourd’hui l’Iran, l’Afghanistan, le Pakistan, l’Ouzbékistan, le Tadjikistan et le Turkménistan. Créée en 2015, cette organisation entend établir un « califat »  sur ces régions d’Asie centrale, et récupéré, en Afghanistan, une partie des forces des milices talibanes. 

Ce groupe a commis, dans les derniers mois, plusieurs attentats particulièrement meurtriers, comme celui qui a frappé l’Iran lors d’une commémoration de la mort du général Soleimani (plus de 100 morts). C’est également lui qui a revendiqué l’attentat de Moscou. 

Selon le gouvernement, ce groupe projetterait de mener des attaques terroristes en Europe, notamment en France, en Allemagne ou en Autriche, et, surtout, il en aurait aujourd’hui les moyens. Ce serait ainsi l’EI-K qui aurait recruté « des personnes »  pour « passer à l’acte à Strasbourg » , fin 2022. « Nous les avons interpellés avant » , a déclaré Gérald Darmanin. 

Un attentat déjoué « tous les deux mois » 

On a ainsi appris hier de la bouche du ministre de l’Intérieur que les services de renseignements français déjouent « un attentat tous les deux mois » . Le ministre a clairement expliqué que la menace « endogène »  est toujours très présente, en citant le cas « de cet enfant de 14 ans » , interpellé la semaine dernière, qui « s’apprêtait à passer à l’acte dans un centre commercial de Lille » . Le ministre a estimé hier à « 5 000 »  le nombre de personnes fichées S qui pourraient être susceptibles de commettre un attentat. « Nous avons expulsé 1040 fichés S radicalisés » , a détaillé le ministre. « Ceux qui restent sont, pour la plupart, en prison ou en centre de rétention administrative ». 

Mais il existe à nouveau, à présent, une « résurgence de la menace extérieure » . Ce sont ces différents éléments qui ont conduit le gouvernement à réactiver le plan Vigipirate au niveau maximum, avec « le déploiement de moyens exceptionnels sur tout le territoire », pour sécuriser les lieux publics et « tout particulièrement les écoles ». 

Dans ce contexte, les Jeux olympiques et paralympiques vont, évidemment, être un moment crucial, avec 15 millions de touristes attendus et d’immenses concentrations de public, notamment lors de la cérémonie d’ouverture. Interrogé hier sur ce sujet, lors de son déplacement en Guyane, le président de la République, Emmanuel Macron, a déclaré que l’État « fait tout ce qui est en (son) pouvoir pour prévenir »  cette menace. « Je pense pouvoir vous dire que oui, on sera prêts. On est prêts et on sera prêts. Mais le risque zéro n’existe jamais de la vie. » 

Criblage massif

En préparation de ces événements, les services de renseignements se livrent, pour l’instant, à d’innombrables enquêtes administratives sur les personnes qui seront, de près ou de loin, liées à l’organisation des JOP.

L’arsenal législatif, en la matière, a été considérablement renforcé depuis les attentats de 2015, et les participants aux « grands événements »  peuvent désormais faire l’objet d’une enquête administrative pouvant conduire au refus de leur accréditation. Ces enquêtes peuvent concerner, comme en dispose l’article L211-11-1 du Code de la sécurité intérieure, « toute personne autre que les spectateurs » . Comme on l’avait appris du ministre de l’Intérieur et du préfet de police de Paris, lors d’une audition devant le Sénat le 5 mars, ces enquêtes vont atteindre, pour les JOP, un niveau inédit, puisque près « d’un million d’individus »  vont faire l’objet d’une enquête : les sportifs eux-mêmes, leur staff, mais aussi les journalistes, les agents de sécurité privés, les équipes techniques, les volontaires. L’enquête sera plus ou moins poussée selon que les personnes concernées ont ou non accès aux zones protégées. 

Le « criblage » , effectué par les 150 agents du Sneas (Service national des enquêtes administratives de sécurité), consiste en premier lieu à vérifier si les personnes concernées ont un casier judiciaire, si elles sont fichées S ou figurent sur un fichier des forces de sécurité ou d’Interpol. Si c’est le cas, une enquête plus approfondie peut être menée pour donner un avis favorable, ou pas, à la participation de ces personnes à l’événement. 

Au 21 mars, selon la place Beauvau, ce criblage a déjà abouti à écarter « 715 personnes »  de l’organisation des JOP, dont « dix fichés S » . Mais ce travail titanesque est loin d’être achevé. 

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