Maire-info
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Édition du mercredi 8 juillet 2026
Environnement

En Bretagne, l'État doit accélérer la lutte contre les algues vertes, demande la Cour des comptes

Des côtes bretonnes sont-elles condamnées à être souillées par les algues vertes? Pour la Cour des comptes, l'État doit élargir et renforcer ses actions contre cette pollution issue de pratiques agricoles, qui perdure depuis des décennies.

Par Laure Fillon, AFP

Cinq ans après un premier rapport, la Cour des comptes s’est de nouveau penchée sur le fléau des algues vertes et présentera ses conclusions vendredi.

Ces algues se développent depuis les années 1960 sur une part croissante du littoral breton, dans des baies et des vasières. Cette prolifération est due aux concentrations excessives de nitrates, essentiellement d’origine agricole, rappelle la Cour des comptes. Leur décomposition engendre des émanations de sulfure d’hydrogène (H2S), un gaz très toxique. Les conséquences sont multiples: des ostréiculteurs envahis, des plages fermées au public, jusqu’à des décès suspects : en juin 2025, la justice a reconnu le lien entre les algues vertes et le décès d’un joggeur dans les Côtes-d’Armor. 

Trois mois plus tôt, le tribunal administratif de Rennes ordonnait au préfet de région de prendre « toutes les mesures nécessaires »  pour « réduire effectivement la pollution des eaux par les nitrates d’origine agricole sur le territoire breton »  et « réparer le préjudice écologique ».

La Cour des comptes, pour sa part, réitère une partie de ses recommandations de 2021 et en formule quatre nouvelles, selon un document provisoire que s’est procuré l’AFP. « La prolifération des algues vertes demeure prégnante malgré la progression des moyens et des outils », constate la Cour des comptes, avec des « conséquences importantes en termes de sécurité, de santé, de coûts et d’image »  et « un impact sur les écosystèmes ».

« Pour obtenir une réduction significative de ce phénomène, il est essentiel de renforcer et d’intensifier les actions dans plusieurs domaines », poursuit-elle.

Nouvelles règles

L’institution recommande notamment d’élargir les actions contre les algues vertes, aujourd’hui concentrées sur huit baies bretonnes, à l’ensemble des zones touchées dont des vasières.

Il faut « inclure dans le septième programme d’action régional de la directive nitrates des obligations renforcées applicables à l’ensemble des secteurs touchés par les algues vertes », avec des « plafonds de fertilisation »  ou encore la « généralisation du suivi d’indicateurs de fuites d’azote », détaille-t-elle.

Autre recommandation nouvelle, définir « des objectifs quantifiables, mesurables et contrôlables en matière de lutte contre l’eutrophisation de l’eau (l’apport excessif en éléments nutritifs, ndlr) et de réduction du phénomène de prolifération des algues vertes »  dans les vasières.

Pour l’association Eau et Rivières de Bretagne, à l’origine de la condamnation de l’État en mars 2025, le rapport de la Cour des comptes « n’est pas une surprise », a dit son porte-parole Arnaud Clugery.

Parmi les recommandations, il salue celles visant à rétablir un « plafonnement total des nitrates sur l’ensemble de la Bretagne », « donner l’accès à la base de données porcine »  afin de connaître les effectifs dans les élevages ou encore « celle de conditionner les aides aux entreprises et notamment revoir la manière avec laquelle est utilisé l’argent public de la politique agricole commune ».

« Ce rapport confirme que l’État, sous la pression agricole qui s’exerce au plus haut niveau de l’État, traîne des pieds », poursuit Arnaud Clugery, qui rappelle que la préfecture avait jusqu’à début 2026 pour répondre au jugement du tribunal administratif.

Avec plus de six mois de retard, la préfecture devrait y répondre d’ici la fin de l’été au travers d’une révision du Programme d’actions régional de la directive nitrates.

Selon la préfecture de région, l’accumulation de réglementation pour lutter contre ce phénomène l’a rendue « illisible et inefficace ». Cette révision doit permettre de cibler des zones clés touchées par les algues vertes et des zones à forte concentration en nitrates et de viser prioritairement « des exploitations qui ont le plus de risques de fuite de nitrates ».

Les teneurs en azote seront mesurées dans les sols et si elles sont trop importantes, des mesures correctrices seront prises. « Ce n’est pas un problème qu’on va résoudre en quelques années »  mais ces nouvelles mesures « vont dans le bon sens », espère la préfecture.

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