Stratégie nationale de prévention de la délinquance : le ministre de l'Intérieur souligne « le rôle central » des maires
Par Franck Lemarc
La nouvelle Stratégie nationale de prévention de la délinquance (SNPD) pour la période 2026-2030 a été présentée fin avril (lire Maire info du 28 avril). Elle a été élaborée pour répondre, notamment, au phénomène de progression de la violence, en particulier liée au narcotrafic, et à la nécessité de protéger les mineurs face à celle-ci. Une cinquantaine de mesures a été présentée, orientées autour de trois axes : mieux adapter la réponse aux nouvelles formes de délinquance ; garantir un continuum de prévention de l'enfance à l'âge adulte et mieux coordonner et mieux outiller la politique de prévention.
Phénomènes « nouveaux »
Au même moment, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a signé une circulaire aux préfets pour leur présenter cette nouvelle stratégie et ses implications opérationnelles. La circulaire, bien que datant d’un mois, vient seulement d’être publiée au Bulletin officiel du ministère de l’Intérieur.
Le ministre insiste, une nouvelle fois, sur le caractère « collectif » de la prévention contre la délinquance, qui implique « l’État, les collectivités, le monde associatif et les familles ». L’actualisation de la précédente SNPD, poursuit le ministre, a été faite après « des concertations locales » impliquant chacun de ces acteurs, afin d’appréhender « des faits nouveaux ou ayant pris de l’ampleur ces dernières années : « Phénomènes de cyber-délinquance, rajeunissement des publics concernés, recours aux armes blanches, développement des trafics de stupéfiants ».
Il est exigé des préfets qu’ils « veillent à la mise en œuvre opérationnelle » de cette stratégie et qu’ils la diffusent largement notamment auprès des élus, en insistant sur deux points : « la territorialisation des actions », qui doivent être « adaptées aux spécificités locales et aux besoins des territoires » ; et « la souplesse et la flexibilité laissée aux acteurs locaux, confortant ainsi le rôle des maires comme acteurs centraux de la prévention ».
« Déclinaison territoriale »
Les préfets sont appelés à s’appuyer sur « un diagnostic territorial partagé de la délinquance » et à identifier « des priorités départementales » après avoir réuni le CDPD (Conseil départemental de prévention de la délinquance). Au-delà des spécificités locales, les préfets devront mettre l’accent sur les évolutions récentes des phénomènes de délinquance, en particulier « l’entrée précoce » des mineurs dans le narcotrafic, la prévention du port des armes blanches en milieu scolaire, la prévention des violences numériques et de la haine en ligne, les violences sexistes et sexuelles…
La circulaire insiste à plusieurs reprises sur la nécessité de « s’appuyer pleinement sur les maires » et les CL(i)SPD (Conseils locaux et intercommunaux de sécurité et de prévention de la délinquance). Il est demandé d’encourager les maires à « désigner des coordonnateurs dédiés » et à mettre en place « des groupes de travail territoriaux ou thématiques ».
Le ministre demande également de faire connaître aux maires la nouvelle Académie numérique de la prévention. Il s’agit d’une plateforme en ligne qui devrait être accessible à partir de ce mois de juin (c’est la mesure n° 48 de la nouvelle SNPD). Concrètement, ce site « vise à créer une culture commune entre les différents acteurs » et à remplir, peut-on lire dans un dossier de presse du ministère, « un triple objectif » : informer les acteurs de la prévention via un centre de ressources en ligne, synthétisant les politiques publiques, les acteurs, les structures, valorisant les outils et les bonnes pratiques… Deuxièmement, le site offrira des actions de formation en ligne (webinaires, supports…) ; et troisièmement, il permettra de développer la recherche et l’évaluation afin de « mieux appréhender les phénomènes nouveaux ».
On peut supposer que dès l’ouverture de cette « académie numérique », le ministère communiquera pour la faire connaître.
Crédits en baisse
Les maires ne pourront que se féliciter de la volonté ministérielle de les associer en amont dans la politique de prévention de la délinquance… mais la circulaire, en revanche, ne dit pas un mot de la question des moyens. Comme l’avait souligné France urbaine fin avril, les intentions du gouvernement ne semblent pas assorties de moyens à la hauteur, puisque le FIPD (Fonds interministériel de prévention de la délinquance) voit ses crédits fondre comme neige au soleil : alors qu’il était d’un peu plus de 62 millions d’euros en 2024, il passe en 2026 – restrictions budgétaires oblige – à 46 millions d’euros, soit 25 % de baisse en deux ans. Ces coupes dans les crédits « fragilisent les projets portés par les acteurs locaux », soulignait France urbaine, qui demandait que la nouvelle stratégie soit assortie « de moyens à la hauteur, inscrits dans la durée afin de soutenir les actions structurantes ».
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