Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux
Édition du vendredi 13 février 2026
Énergie

La programmation pluriannuelle de l'énergie enfin publiée, le soutien aux énergies renouvelables maintenu

Le gouvernement a publié ce matin un décret au Journal officiel annonçant l'adoption de la programmation pluriannuelle de l'énergie 3 (PPE3). Si la méthode interroge, les professionnels des énergies renouvelables se disent plutôt rassurés.

Par Franck Lemarc

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« La programmation pluriannuelle de l’énergie est adoptée. »  Le décret paru ce matin au Journal officiel est plutôt laconique, et amène une question : « adoptée »  par qui ? Réponse : par le gouvernement et lui seul. Comme on le sait en réalité depuis plusieurs semaines, l’exécutif a décidé d’enjamber le Parlement et, plutôt que d’élaborer une PPE sous forme de loi débattue à l’Assemblée nationale et au Sénat, de la faire passer par décret. 

Rappel des épisodes précédents

Cette méthode, évidemment, est peu appréciée par les parlementaires, qui avaient passé de nombreuses heures, l’an dernier, à débattre de la proposition de loi Grémillet sur la programmation pluriannuelle de l’énergie : faute d’initiative du gouvernement, les sénateurs LR avaient décidé de prendre les choses en main et de présenter leur propre PPE. 

Mais l’examen de ce texte, que le gouvernement avait, dans un premier temps, soutenu, a fini dans la confusion. En juin, les députés de droite et du RN ont fini par réussir à faire adopter un amendement instaurant un moratoire complet sur les énergies renouvelables. Le gouvernement et les députés du bloc central ne pouvant accepter cette issue, ils ont plaidé pour un rejet du texte lors du vote solennel, le 24 juin dernier. Et plutôt que de laisser la navette parlementaire se poursuivre, le gouvernement a alors annoncé que la PPE serait finalement publiée par décret – prévoyant à l’origine de le faire à la fin de l’été 2025. Le renversement du gouvernement Bayrou est ensuite passé par là, puis le feuilleton budgétaire… De retards en retards, il aura donc fallu attendre ce 13 février 2026 pour voir le décret publié. 

Les objectifs

Le décret, et surtout le document de 232 pages constituant la PPE elle-même, sont relativement sans surprises, puisque Sébastien Leconru en avait détaillé le contenu la semaine dernière. L’objectif est confirmé : passer d’un mix énergétique constitué de quelque 60 % d’énergies fossiles, en 2023, à un mix comprenant 60 % d’énergie bas-carbone en 2030.

Pour cela, le gouvernement compte sur un double mouvement : la relance du nucléaire et l’accélération des énergies renouvelables. 
Côté nucléaire, la PPE confirme la poursuite de l’exploitation des réacteurs existants jusqu’à soixante années, « voire au-delà » , et la construction de 6 nouveaux réacteurs EPR2, avec un objectif de mise en service du premier en 2038. 

Concernant les énergies renouvelables, il n’est évidemment pas question de moratoire ni de ralentissement, sauf sur l’éolien terrestre.
En matière de photovoltaïque (PV), le gouvernement prévoit deux appels d’offres par sur le PV au sol, à hauteur d’un gigawatt par période, et trois appels d’offres par an sur le PV sur bâtiment à hauteur de 300 MW par période. Il est précisé que la filière agrivoltaïque sera intégrée dans les deux appels d’offres précités ou fera l’objet d’un appel d’offres à part, « selon la maturité de la filière ». Pour les petites installations enfin, les choses restent très floues : le gouvernement se contente d’indiquer que le soutien continuera de se faire « par arrêtés tarifaires », dont les modalités « pourront évoluer afin que les volumes soutenus soient davantage pilotables ». 

Conformément à ce qu’avait annoncé Sébastien Lecornu en fin de semaine dernière, un coup d’arrêt est en revanche envisagé sur l’installation de nouveaux parcs d’éolien terrestre, dont l’acceptabilité est de plus en plus problématique. Le gouvernement prévoit bien deux appels d’offres de 800 MW par période dès ce début d’année mais confirme que « le renouvellement du parc existant sera privilégié »  : il s’agit de modifier la motorisation des éoliennes déjà installées pour en améliorer le rendement, sans avoir à en installer de nouvelles.

En revanche, l’éolien en mer devrait faire l’objet d’un effort particulier : l’objectif est fixé à 15 GW en 2035 (la production est actuellement inférieure à 1 GW), avec le lancement d’un appel d’offres « de grande capacité »  qui devrait être attribué avant la fin de l’année 2026 et le lancement d’appels d’offres « complémentaires »  à un horizon de 10 ans. 

Le Fonds chaleur maintenu

Le gouvernement souhaite également mettre l’accent sur les réseaux de chaleur et de froid, avec la volonté de tripler la production d’ici 2035. Ce développement sera soutenu par le disposif MaPrimeRénov’, les certificats d’économie d’énergie et le Fonds chaleur, qui devrait être stabilisé à hauteur de 820 millions d’euros. 

Notons enfin que le gouvernement souhaite également accélérer l’usage du biocarburant dans les transports, en le faisant passer de 38 TWh actuellement à 70, voire 90 TWh en 2035. Des investissements sont également prévus dans la filière hydrogène, dont la production est actuellement égale à zéro et qui devrait passer à 8 GW en 2035, notamment à destination de l’industrie.

Renouvelable : les professionnels globalement rassurés

Les professionnels des énergies renouvelables se sont aussitôt réjouis de ces annonces qui mettent fin à leurs craintes sur un éventuel moratoire.
« L’annonce imminente du lancement des appels d’offres (…) constituera le levier opérationnel attendu pour permettre aux filières de relancer concrètement leur activité », se félicite ce matin France renouvelables, qui alerte cependant sur des orientations « contrastées »  : l’éolien en mer « subit un nouveau glissement de calendrier »  et « l’éolien terrestre voit ses objectifs fixés à un niveau insuffisant » , qui « fragilise l’outil industriel et l’emploi ». 

Même réaction du Syndicat des énergies renouvelables (SER), qui salue en outre « la reconnaissance du rôle stratégique de la chaleur et du froid renouvelables » . Le SER constate que l’objectif fixé en matière de photovoltaïque « correspond au ralentissement du marché de ces deux dernières années, mais évite de mettre la filière à l’arrêt ». En revanche, il « regrette »  lui aussi la décision de privilégier le renouvellement de l’éolien terrestre plutôt que les nouvelles implantations : cela ne sera, juge-t-il, « pas suffisant pour atteindre les objectifs fixés ».

France renouvelables comme le SER appellent le gouvernement à revoir les normes et à engager « un plan de simplification et de libération des contraintes »  sur l’éolien terrestre. 

Côté politiques enfin, de nombreuses voix se sont élevées pour regretter le « passage en force »  du gouvernement et sa façon quelque peu cavalière de court-circuiter le débat parlementaire. Au-delà, les clivages habituels se confirment : les écologistes et une partie de la gauche fustigent la décision de lancer de nouveaux chantiers EPR, tandis que la droite et le RN regrettent que l’État ait décidé de continuer de subventionner massivement les énergies renouvelables.  

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