Pass'Sport : un dispositif instable victime des contraintes budgétaires et d'une absence de stratégie
Par Lucile Bonnin
Depuis sa création en 2021, le Pass’Sport a fait l’objet de nombreux ajustements et s’est retrouvé bien souvent sous le feu des critiques. Pensé comme un dispositif de soutien au Sport après la crise sanitaire, le Pass’Sport n’a jamais véritablement rencontré un succès fulgurant. En cause notamment : un manque de visibilité initial sur la soutenabilité du dispositif qui a conduit à un changement de contours quasiment chaque année, rendant le Pass’Sport de moins en moins lisible et identifiable pour le grand public.
Dans un chapitre de son rapport annuel consacré au budget de l'État en 2025, la Cour des comptes dresse un bilan de ce dispositif de soutien au sport qui, s’il est chaque année renouvelé, peine toujours à trouver son public.
Absence de stratégie et recentrage contraint
La Cour dénonce avant tout un manque de stratégie dès son lancement, qui mène à une gestion chaotique du dispositif. Les magistrats estiment que le Pass’Sport a été mis en œuvre « dans l’urgence ». Résultat : le Pass’Sport est aujourd’hui un dispositif instable dont, en plus, les moyens n’ont cessé d’être rabotés d’année en année.
Difficile en effet de suivre ce dispositif girouette depuis 2021 qui est passé d’une « aide à l’adhésion ou à la prise de licence d’un montant forfaitaire de 50 euros » pour les jeunes de 6 à 30 ans sous conditions, à une extension aux étudiants boursiers en 2022, à un élargissement des structures éligibles en 2023 pour connaître enfin un coup de frein à partir de 2024 où « l’enveloppe budgétaire a été abaissée en loi de finances initiale (LFI) pour tenir compte de la réalité du dispositif et de la dynamique constatée sur les exercices précédents ».
L’enveloppe budgétaire est passée en 2024 à 85,4 millions d’euros et « la Cour constatait en 2022 et 2023 qu’en dépit d’une large sous-consommation des crédits, la budgétisation avait été reconduite » pour 100 millions d’euros par an. Et les crédits n’ont pas cessé de varier, passant même à 75 millions d’euros pour l’année 2025. Le Pass’Sport a d’ailleurs subi des annulations et réductions de crédits en cours d’année 2025 : « La consommation de crédits en 2025 a atteint 36,89 millions d’euros en AE et 36,7 millions d’euros en CP soit une baisse de 53,9 % par rapport à l’exécution de CP en 2024. »
Tout cela donne une impression d’improvisation en lieu et place d’une politique d’inclusion sportive durable ce qui se fait surtout sentir en 2025 (lire Maire info du 15 juillet 2025) lorsque « le dispositif a été recentré sur les publics plus âgés identifiés comme les plus éloignés de la pratique sportive régulière. » En effet, pour la saison 2025-2026, « le dispositif a été redéfini avec une revalorisation du montant forfaitaire à 70 euros et de nouveaux critères d’éligibilité des bénéficiaires » excluant désormais les 6-13 ans. Cette décision avait été largement critiquée, alors que plusieurs acteurs – notamment l’AMF – souhaitaient que tous les jeunes puissent être éligibles au Pass’Sport.
Pour les magistrats, ce recentrage est contraint car il est directement lié à une régulation budgétaire significative : ce recentrage « s’est fondé sur le constat d’un décrochage de la pratique à l’adolescence » mais « il n’en demeure pas moins qu’il s’est opéré dans un contexte de fortes contraintes budgétaires ». « Fin 2025, le ministère chargé des sports reconnaissait une alerte sur les prises de licences dans la tranche d’âge des 6- 13 ans et s’interrogeait sur une évolution du format en 2026, avec un potentiel rétablissement de l’accès à cette tranche d’âge. Ce nouveau changement de format confirme le manque de lisibilité et l’absence de pilotage dans la durée, dont l’évaluation annoncée en 2025, a été repoussée en 2026. »
Il semblerait que la redéfinition du Pass’Sport soit définitivement un marronnier à chaque rentrée, au gré des ajustements budgétaires et des évolutions de ciblage du dispositif.
Une critique sous-jacente plus large des dispositifs de l’État
La Cour estime par ailleurs que le Pass’Sport peine à trouver son public. Il favorise en effet « un nombre réduit d’acteurs concentrant 51 % des pass activés : cinq fédérations sportives (football, basketball, tennis, Judo et disciplines associées et handball) et le secteur du loisir sportif marchand » et son taux de recours reste bas depuis 2021 (avec un taux maximum de 26 % en 2024, passé à 16,3 % en 2025).
Ce bilan rappelle celui que la Cour des comptes avait fait en 2024 sur le Pass’Culture. La Cour des comptes avait présenté un bilan sévère du dispositif, fustigeant une mauvaise gestion, un coût non maitrisé, et des promesses non tenues sur cette politique qualifiée de « gouffre financier » qui ratait largement sa cible. En 2026, le Pass’Culture a finalement été réformé pour devenir un dispositif plus restreint, ciblé et orienté vers la médiation culturelle. Ce changement de cap, moins progressif que celui entamé par le Pass’Sport, met en lumière une fois encore une absence de pilotage et de vision à long terme.
La note de la Cour mentionne aussi l’extinction du SNU – une décision très représentative du manque d’anticipation du pilotage stratégique et budgétaire de l’État. En 2025, le SNU a été maintenu temporairement avec moins de participants que prévu (32 000 contre 66 000) et deux fois moins de dépenses qu’en 2024. Tout au long de son déploiement, le SNU a été critiqué pour sa gestion instable avec un fort écart entre les objectifs affichés et leur réalisation… Reste à espérer que le Pass’Sport ne connaisse pas le même destin funeste que le SNU car malgré son organisation critiquable, il reste un outil essentiel de démocratisation de la pratique sportive dans les territoires.
Consulter le rapport de la Cour des comptes
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