Environ 3000 terrains sportifs « de grande dimension » sont fabriqués, en France, à base de granulats issus du recyclage de pneus. Par ailleurs, un nombre non documenté (mais bien plus important) d’aires de jeu font appel à la même technique. Étant principalement destinées aux enfants, celles-ci font naturellement l’objet d’une surveillance particulière. Plusieurs associations et collectivités territoriales ont donc fait appel à l’Anses sur ce sujet, avant même la saisine officielle du gouvernement le 21 février dernier.
L’Anses, dans son étude publiée ce matin, rappelle que les aires de jeu comme les pelouses en gazon synthétique font appel à la même technique : pour une partie d’entre eux, la couche « amortissante » est constituée de granulats de type « SBR » (Styrene-Butadiene rubber), issus de la collecte de pneus usagés. Pour ce qui est des pelouses synthétiques, les brins « d’herbe » en plastique sont noyés dans des granulats SBR. L’Anses rappelle également que les gazons synthétiques sont plus chers à l’installation que les gazons naturels, mais moins chers à l’entretien – et naturellement plus économes en eau : un terrain de foot synthétique permet d’économiser jusqu’à 4 millions de litres d’eau par an.
L’usage de ces matériaux présente-t-il des risques sanitaires ? L’Anses souligne que la médiatisation récente de cette question et l’évocation de « risque de cancers » ont poussé des élus à « geler les marchés publics » liés à l’installation de terrains synthétiques. Du côté des industriels, on n’hésite pas à parler de « psychose collective » et de « désinformation ».
Un risque sanitaire jugé « peu préoccupant »
L’Agence a compilé les données d’une « cinquantaine » d’études internationales sur ce sujet. Des études qui ont notamment tenté de corréler l’exposition à ces substances avec l’apparition de cancers. Bilan : les risques de cancer sont « négligeables ». En revanche, plusieurs études pointent un léger risque « d’irritations oculaires et respiratoires » provoquées par les composés organiques volatils (COV) émis par les granulats, notamment dans les terrains indoor (en salle). L’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) recommande donc d’édicter quelques règles supplémentaires pour faire face à ce risque – comme, tout simplement, le fait de se laver les mains après chaque match.
Plus inquiétant, car moins documenté, est un éventuel risque d’exposition aux nanomatériaux utilisés dans la fabrication de pneus. Le problème rencontré par les chercheurs est le peu de connaissance sur la teneur exacte des pneus en nanomatériaux, « le secret industriel entourant la composition des constituants de pneumatiques », précise l’Anses, qui préconise des études plus poussées dans ce domaine.
Dans l’ensemble, l’Agence conclut donc à un « risque sanitaire négligeable ».
Pour ce qui est des conséquences environnementales en revanche, l’Anses est un peu plus réservée : le « lessivage » des terrains par la pluie (le mot savant est « lixiviation » ) peut provoquer la dissémination dans la nature de produits nocifs pour les écosystèmes. L’Anses estime que les données actuelles sont « insuffisantes » pour caractériser ce risque.
En conclusion, l’Anses estime qu’il sera nécessaire d’acquérir « davantage de données » sur la composition exacte des pneus recyclés, notamment sur les nanoparticules. Elle juge qu’il faudra également travailler à une « méthodologie » permettant d’évaluer les risques environnementaux, cette évaluation devant, idéalement, « être réalisée localement avant toute mise en place de ce type de revêtement ». Elle va maintenant « discuter » de ces propositions avec les ministères concernés.

