Maire-info
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Édition du vendredi 5 avril 2024
Littoral

Recul du trait de côte : 500 communes identifiées comme particulièrement menacées

Une partie des zones côtières vont devenir « inhabitables » à cause de l'élévation du niveau de la mer provoquée par le réchauffement climatique, a prévenu hier Christophe Béchu. D'ici 2100, 500 000 bâtiments pourraient être menacés, selon une nouvelle étude du Cerema comprenant des cartes des territoires concernés.

Par A.W.

« Il y aura des zones qui seront inhabitables (sur) des territoires de plus en plus grands. »  Interrogé hier soir, sur TF1, la ministre de la Transition écologique, Christophe Béchu, a confirmé que certaines zones du littoral allaient devenir rapidement inhospitalières face au grignotage par l’océan des terres, en amont de la publication ce matin d’une série de cartes des territoires menacés (où l'on peut rechercher pour chaque commune l'ampleur du phénomène).

Des plans « sur mesure» 

Alors que le Haut Conseil pour le climat (HCC) vient d’avertir, dans un courrier envoyé en début de semaine, le Premier ministre sur la « dérive du calendrier »  de la lutte contre le changement climatique faisant craindre un « recul de l'ambition », Christophe Béchu a annoncé avoir identifié « 500 communes »  particulièrement menacées par le recul du trait de côte. Ces services travaillent ainsi « avec les maires les plus concernés »  à des plans « sur mesure ».

Car une chose est sûre, il n'y aura pas de solution unique nationale pour faire face à ce phénomène qui menace 900 km de côtes, soit 20 % du littoral français, et fait disparaître, chaque semaine, « l’équivalent d’un terrain de football ». 

« Dans certains endroits, on peut mettre des dunes, dans d’autres on peut imaginer des digues, mais dans d’autres aussi, il faut dire qu’il y aura des zones qui seront inhabitables et des territoires qui seront de plus en plus grands », a détaillé l’ancien maire d’Angers qui souhaite « montrer la réalité d’un phénomène qui s'accélère ».

Si « des choses sont certaines à court terme », d’autres peuvent être encore « évitées d’ici la fin du siècle », a-t-il expliqué, en indiquant qu’il travaillait « sur la base de ces cartes »  publiées ce matin pour trouver des solutions, telles que des « dispositifs d’indemnisation », la « possibilité de relogement à l’arrière de la commune »  des personnes frappées par la hausse du niveau des eaux.

Dans tous les cas, un certain nombre de « documents d’urbanisme »  devront être « révisés ». Reste qu'à la question de savoir ce qu'il pouvait dire aux personnes dont l'habitation était impactée, il a renvoyé aux édiles : « Le meilleur conseil que je peux donner à ceux qui se sentent concernés c’est d’aller voir [leur] maire parce que c’est auprès de lui qu’on fait ce travail de dentelles », a-t-il ainsi recommandé sur ce sujet de solidarité nationale, en assurant qu’il « y a des endroits où l’on sait que nous n’aurons pas d’autres solutions que de changer la façon de l’habiter ».

Plus globalement, les conséquences du changement climatique qui entraînent toujours plus de fissures dans les maisons, d’inondations dans les terres ou encore d’érosion du trait de côte, font « exploser le coût des catastrophes naturelles ». Or, cela va « nécessiter que l’on rehausse nos niveaux de solidarité, que l’on paie plus cher nos assurances et qu’on s’interroge sur la part qui doit être prise par les assurances et celle prise par la solidarité nationale », a rappelé le ministre de la Transition écologique, qui en fait l’un des enjeux du budget pour 2025.

Il a d’ailleurs reconnu que le « Fonds Barnier », qui permet d’exproprier et d’indemniser les biens menacés, n’est « pas du tout à la hauteur »  des dégâts constatés et a souhaité le « transformer en fonds d’adaptation pour être capable de mieux tenir compte de l’ampleur des dégâts et de la facture ».

1 000 bâtiments menacés en 2028

C’est donc dans ce contexte qu’a été publiée, ce matin, une étude du Centre d'études et d'expertises sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement (Cerema) sur le nombre de logements qui pourraient disparaître du fait de l'élévation du niveau de la mer.

Selon ses projections, ce sont entre un peu plus d’un millier de bâtiments en 2028 et un demi-million d'ici à 2100 qui seraient potentiellement touchés par l'érosion côtière. 

D’ici 2028, 1 046 bâtiments pourraient ainsi être menacés du fait des catastrophes climatiques et de la hausse du niveau de la mer, pour un coût évalué à 240 millions d’euros. Tous les types de bâtiments sont concernés, que ce soient aussi bien les résidences principales et secondaires que les restaurants, hôtels et campings.

Parmi les départements qui seraient les plus touchés dans l'immédiat, on retrouve la Corse, les Pyrénées-Atlantiques, le Var, le Calvados, la Seine-Maritime, la Somme, la Martinique et la Guadeloupe, selon TF1 qui a obtenu ces données en exclusivité. A cette échéance, « la position du trait de côte dépendra souvent plus de l’effet de tempêtes [...] que de la tendance du recul chronique », avancent les auteurs du rapport.

A l’horizon 2050, selon un scénario « réaliste »  se basant sur une hausse d’un mètre du niveau de la mer et prévoyant le maintien en l'état des 16 000 ouvrages de protection (digues et murs, par exemple), ce sont 5 200 logements - dont près de 2 000 résidences secondaires - et 1 400 bureaux et commerces, 117 campings et 100 bâtiments publics qui pourraient être en sursis. Sans compter l’impact du phénomène sur 15,5 km de routes structurantes. Le Var, la Corse, la Manche, la Guadeloupe et la Vendée seraient particulièrement menacées.

En 2100, les projections dites « défavorables »  du Cerema estiment à potentiellement 450 000 logements et près de 55 000 le nombre de bureaux et commerces concernés, mais aussi 1 000 campings et 10 000 bâtiments publics. Près de 1 800 km de routes et 243 km de voies ferrées seraient également menacées dans ce scénario dit « de l'inaction ». Dans ce cadre, les auteurs du rapport programment une « disparition complète des ouvrages de protection »  et une « inondation progressive de toutes les zones topographiquement basses du littoral ».

Les coûts exploseraient et passeraient d’environ 1,2 milliard d'euros en 2050 à 86 milliards d'euros à l’orée du prochain siècle. « On ne va pas se mentir, il y a un gros aspect budgétaire », comme l’a confirmé, hier, Christophe Béchu.

Consulter les projections du Cerema pour 2028.

Consulter les projections du Cerema pour 2050 et 2100.

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