Suppression des conseils départementaux : faudra-t-il réviser la Constitution ?
Au lendemain des propos de François Hollande marquant sa volonté d'accélérer la réforme territoriale et de le faire avant les prochaines élections régionales et cantonales (lire Maire info du 6 mai), « beaucoup d'interrogations tournent maintenant autour de la nécessité ou pas d'une révision constitutionnelle préalable à la suppression des départements » et, « à mes yeux, la réponse est positive », écrit-il sur son blog. En effet, souligne ce spécialiste de droit public, « l'article 72 de la Constitution dispose en son alinéa 1 que les collectivités territoriales de la République sont les communes, les départements, les régions, [...]. Toute autre collectivité territoriale est créée par la loi, le cas échéant en lieu et place d'une ou de plusieurs collectivités mentionnées au présent alinéa ».
A l'appui de sa position, le président de la commission des Lois invoque aussi la jurisprudence du Conseil constitutionnel, qui « écarte, par exemple, l'idée selon laquelle on pourrait sans supprimer le département en tant que tel faire seulement disparaître son instance élective ».
« Conserver la circonscription administrative départementale - le ressort des préfectures, en substance - en maintenant une assemblée départementale dénuée de toutes attributions effectives serait contraire à l'article 72 tel qu'interprété par le Conseil constitutionnel », selon Jean-Jacques Urvoas. Idem « si l'on supprimait purement et simplement les conseils départementaux », ajoute le président de la commission des Lois.
L’ex-Premier ministre, Alain Juppé, a également jugé « assez clair » que le gouvernement devra modifier la Constitution pour mener à bien sa réforme territoriale « Il faudra avoir l’avis des constitutionnalistes sur ce point mais pour l’instant c’est assez clair : la Constitution prévoit que les départements s’administrent lirement par les conseils d’élus et que donc si on les supprime, il faut modifier la Constitution », a-t-il déclaré hier lors du Grand juy RTL-LCi-Le Figaro. Un tel scénario imposerait au gouvernement d’obtenir une majorité des 3/5 e au Congrès (assemblée qui réunit députés et sénateurs).
La disparition annoncée des conseils généraux semble en revanche bien perçue par une majorité de Français (55 %) selon un sondage Ifop pour le Journal du Dimanche publié hier. Interrogés sur une possible suppression des conseils départementaux, qui fusionneraient avec les régions, 44% des sondés se disent opposés et 1% ne se prononcent pas. 55% y sont favorables. Les résultats de ce sondage font aussi apparaître que 61% des Français ne connaissent pas le nom du président de leur département, un pourcentage qui monte à 76% chez les moins de 35 ans.
Ils sont une large majorité à savoir que le conseil général s'occupe de l'entretien des routes départementales et des axes locaux : 88% pensent à juste titre que le conseil général s'en charge, 11% pensent l'inverse. De même sont connues ses compétences en matière de construction et entretien des collèges (86% contre 12%) ainsi qu'en matière d'aide sociale (80% contre 19%).

