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Édition du mercredi 3 novembre 2021
galit femmes-hommes

Inégalités salariales femmes-hommes : la fonction publique territoriale moins mauvaise élève

Alors que la lutte pour l'égalité femmes-hommes et la parité sont censées être au cœur de l'action publique, la réalité est moins souriante : l'écart de salaires entre les femmes et les hommes, loin de se résorber, continue de se creuser. La fonction publique n'échappe pas à ce triste constat. 

Par Franck Lemarc

#3novembre9h22. Ce hashtag est partout aujourd’hui : lancé par le collectif féministe Les Glorieuses, il exprime la minute à partir de laquelle « les femmes commenceront à travailler bénévolement » . Il s’agit évidemment d’un calcul symbolique : en prenant en compte l’écart salarial entre femmes et hommes, sur un an, une même paye mensuelle se poursuivrait jusqu’au 31 décembre pour les hommes mais s’arrêterait le 3 novembre pour les femmes. 

En 2021, selon le collectif – qui s’appuie sur des statistiques officielles – le salaire des femmes est inférieur en moyenne de 16,5 % à celui des hommes. C’est un point de plus que l’année dernière, ce qui signifie que malgré les déclarations d’intention, les chartes, les prises de position en tout genre, la situation réelle se dégrade. 

La situation dans la fonction publique

Qu’en est-il dans la fonction publique, et plus particulièrement dans la territoriale ?

Les dernières données disponibles en la matière sont fournies par l’édition 2021 du volumineux Rapport annuel sur l’état de la fonction publique publié par la DGAFP. Ce rapport ne traite que des données 2019. Il indique que cette année-là, le salaire net moyen des femmes « est inférieur de 12,6 % à celui des hommes » . La fonction publique fait donc un peu mieux que le secteur privé, tout en restant loin de la parité salariale. Les femmes occupent, dans la fonction publique, « les postes les moins rémunérateurs » , est-il détaillé dans le rapport : « Parmi les 10 % des salariés les moins rémunérés, 70 % sont des femmes. »  À l’autre extrémité de l’échelle salariale, le rapport s’inverse : les femmes ne sont que 35 % à occuper les 1 % de fonctions les plus rémunérées (alors qu’elles représentent 64 % de l’ensemble des agents de la fonction publique). 

Il faut cependant noter que la fonction publique territoriale est moins mauvaise élève que les autres versants de la fonction en matière d’égalité salariale : le salaire net calculé en équivalent temps plein (ETP) n’est « que », si l’on peut dire, de 8,9 % dans la FTP – alors qu’il atteint 20,6 % dans la fonction publique hospitalière et 13,6 % dans la fonction publique de l’État. Au royaume des aveugles…

Reste que ce calcul sur la base des ETP est trompeur, puisque, dans la fonction publique territoriale comme ailleurs, les femmes sont bien plus souvent à temps partiel que les hommes, ce qui aboutit à une rémunération réelle forcément plus faible. 

Trois propositions concrètes

Le collectif Les Glorieuses a annoncé hier qu’il allait saisir tous les candidats à l’élection présidentielle pour leur demander de se positionner sur les trois mesures qu’il propose en vue de rétablir l’égalité salariale. 

La première proposition est celle de « l’éga-conditionnalité », concept calqué sur celui d’éco-conditionnalité : une entreprise ne pourrait accéder aux marchés publics, aux subventions publiques ou aux prêts garantis par l’État que « si elle respecte l’égalité de rémunération entre les sexes dans leurs organisations » . Cette mesure « permettrait de s’assurer que le budget alloué par les fonds publics n’accentue pas les inégalités » , écrit le collectif.

Deuxième mesure proposée : « Revaloriser les salaires des emplois où les femmes sont les plus nombreuses » . Pour que les femmes soient globalement autant payées que les hommes, il serait indispensable « d’augmenter les salaires des professions à prédominance féminine » , écrivent Les Glorieuses. On peut ajouter que dans la fonction publique territoriale, les fonctions les plus mal payées sont, elles aussi, majoritairement occupées par des femmes – par exemple les secrétaires de mairie, les Atsem ou employées de cantines. 

Enfin, le collectif demande que l’État mette en place un congé parental partagé « sur le modèle suédois », à savoir que le congé parental doit être utilisé, en termes de temps, de façon égale par les deux parents, et pas seulement par la mère. 

Il ne sera pas inintéressant de voir, dans les mois qui viennent, si les candidats à l’élection présidentielle s’emparent, ou pas, de ce sujet essentiel. 


 

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