C’est de bonne guerre : le chiffre que les porte-parole du gouvernement ont choisi de mettre en avant est celui de la baisse de 60 000 personnes en un mois inscrites à Pôle emploi en catégorie A, c’est-à-dire n’ayant aucune activité. Pour la ministre du Travail, Myriam El Khomri, cette baisse marque « une évolution positive » due, selon elle, aux effets du Pacte de responsabilité. La ministre salue en outre « la première baisse trimestrielle significative (du chômage) depuis le dernier épisode de reprise de 2010 ». La Dares (direction chargée des études et des statistiques au ministère du Travail) relève que cette baisse de 60 000 chômeurs de catégorie est « la plus importante en valeur absolue depuis septembre 2000 ».
Moins réjouissant : le nombre de chômeurs de catégorie B (moins de 78 heures travaillées dans le mois) et C (plus de 78 heures), a lui nettement augmenté, respectivement de 13 800 et 37 500. La baisse « réelle » du chômage est donc nettement moins importante, puisque, dixit la Dares, les trois catégories confondues, elle est de 8 700 personnes.
Il n’y a évidemment pas de « vases communicants » directs entre les différentes catégories, mais ces chiffres laissent tout de même à penser qu’un certain nombre de chômeurs sont passés de la catégorie A aux catégories B et C, c’est-à-dire qu’au lieu d’être sans aucune activité, ils ont exercé un « petit boulot » ou un emploi précaire ou intérimaire. Toutes les études montrent une explosion du travail précaire ces derniers mois, et vont dans ce sens.
Autre sujet préoccupant, dont on trouve le détail dans les très complets tableaux fournis par la Dares : le nombre sans cesse croissant de radiations et de « cessations d’inscriptions » à Pôle emploi. Il ne faut pas croire en effet que la baisse du nombre de chômeurs est forcément synonyme d’emplois retrouvés. Pôle emploi et la Dares raisonnent en effet en termes « d’entrées et de sorties ». La « sortie » des statistiques du chômage peut avoir pour cause : un reprise d’emploi, une entrée en stage, un « arrêt de recherche », une « cessation d’inscription pour défaut d’actualisation » et enfin « une radiation administrative ». Sur le premier trimestre, si quelque 100 000 salariés sont « sortis » grâce à une reprise d’emploi, ce sont 225 000 « cessations d’inscriptions pour défaut d’actualisation » qui ont été enregistrées (+ 8,3 %), et presque 44 000 radiations (+2,3 %). La Dares précise que presque la moitié des sorties (44 %) sont dues à de telles cessations d’inscription, qui sont le plus souvent dues au fait qu’un chômeur n’est pas venu « pointer » à Pôle emploi chaque mois, comme ils y sont obligés.
Les chiffres publiés hier sont donc en demi-teinte. Il y a encore du chemin à parcourir pour qu’on puisse être réellement sûrs d’avoir affaire à « l’inversion de la courbe » tant attendue. En tout état de cause, le nombre de chômeurs reste, en France, à des niveaux reccords – et jamais vus dans l’histoire du pays – avec, toutes catégories confondues, 5 756 700 chômeurs.

