Un été 2026 marqué par les vols de données et les cyberattaques
Par Lucile Bonnin
Voilà plusieurs mois que l'on parle dans la presse d'une « série noire pour les administrations françaises » en matière de cybersécurité et pour cause… Déjà en avril 2026, l'ANTS (Agence nationale des titres sécurisés), récemment rebaptisée France Titres, a été victime d'un piratage. Selon le ministère de l'Intérieur, 11,7 millions de comptes ont été compromis.
Cet été, la pression cyber-malveillante est encore montée d'un cran, mettant une fois encore en lumière la nécessité pour toutes les administrations – et notamment pour les systèmes d'information de l'État – de mieux protéger leurs données.
La rentrée perturbée par une cyberattaque
À la fin du mois de juillet, le ministère de l'Éducation nationale a déclaré via un communiqué avoir « été victime d'une intrusion frauduleuse dans l'un de ses systèmes d'information » . Durant le mois d'août, « par mesure de sécurité, l'ensemble des accès aux services et aux applications a été réinitialisé ».
Cette cyberattaque menée contre le ministère de l'Éducation nationale a exposé les données personnelles d'environ 1,22 million d'élèves et de milliers de personnels. À ce jour, le ministère n'a pas encore donné de chiffrage officiel du nombre de données volées.
Les conséquences de cette attaque ont été multiples. D'abord, les services numériques ont été rétablis très progressivement et certaines académies comme celle de Toulouse ont été forcées de faire leur rentrée sans accès aux applications et messageries. Dans l'académie de Nantes, « seul un accès partiel aux messageries » est aujourd'hui possible. Le ministère reconnaît que la « situation est très préjudiciable aux personnels chargés d'organiser la rentrée, mobilisés sans relâche depuis plusieurs jours ».
Rappelons que c'est le troisième incident cyber que connaît l'Éducation nationale en 2026 après une première fuite de données en mars via le portail RH Compas et une autre liée à l'application ÉduConnect en avril. Trois attaques qui ont en commun le fait que le point d'entrée ne s'explique pas par une faille technique mais plutôt par la compromission de comptes obtenus par vol d'identifiants ou d'autres techniques malveillantes comme le phishing (hameçonnage).
Vols de données de la DGFiP : plus d'une centaine de collectivités concernées
Les 12 et 13 août, « un acteur malveillant a revendiqué des accès illégitimes au système d'information de la Direction générale des Finances publiques (DGFiP) ». Comme Maire info l'indiquait dans son édition d'hier, « cette attaque de grande ampleur a concerné près de 680 000 particuliers et professionnels dont les données ont été dérobées, mais pas seulement : 191 collectivités, 25 communautés de communes, six départements et une région en ont également été victimes. » Les équipes de la DGFiP ont précisé que les données volées des collectivités sont des données non sensibles, comme le numéro Siren, la dénomination, l'adresse, la liste des messages échangés avec la DGFiP via la messagerie impots.gouv.fr…
Tout a commencé à la fin du mois de juin lorsque la DGFiP repère une compromission sur le compte d'un agent, sans pour autant identifier de vol de données à ce moment. En juillet, le même type d'attaque est repéré, « reposant sur des usurpations d'identifiants d'un agent de la DGFiP et d'un tiers habilité » . Cependant, à cause de la « sophistication » de ces deux attaques, « les contrôles (…) n'ont pas permis de détecter que ces intrusions avaient conduit à des vols de données. » C'est alors la revendication du cyberattaquant, qui se fait appeler ZeroBytes, ainsi que l'alerte de l'Anssi, qui ont confirmé le vol massif de ces données. Le même cybercriminel revendique un second vol de données portant sur environ 252 000 lignes de données cadastrales issues du Serveur professionnel de données cadastrales (SPDC).
Dès le 17 août, la DGFiP a informé les personnes dont les données sensibles ont pu être consultées, comme l'identifiant fiscal ou l'état civil par exemple, afin qu'elles puissent être méfiantes face à de « possibles tentatives d'escroqueries » ou « des tentatives d'usurpation d'identité » . Une FAQ est en ligne sur le site du gouvernement pour guider les potentielles victimes.
Un autre hacker a sévi cet été, choisissant pour cible les Services départementaux d'incendie et de secours (SDIS), notamment ceux des Bouches-du-Rhône, de la Moselle, du Bas-Rhin, des Vosges ou encore du Gard, compromettant les données personnelles de milliers de pompiers. En 2026, une dizaine de SDIS ont été cyberattaqués. La vulnérabilité de ces systèmes est particulièrement inquiétante face à la multiplication des feux de forêt et des épisodes climatiques extrêmes (lire Maire info d'hier)…
« Arrêtons de découvrir la lune à chaque cyberattaque »
Après une cellule de crise interministérielle réunie le 17 août par le Premier ministre, le gouvernement a détaillé plusieurs mesures techniques concrètes qui vont être mises en place pour mieux sécuriser les systèmes de la DGFiP. Au-delà de cette affaire, la Direction interministérielle du numérique (DINUM) doit rendre opérationnels dès septembre 2026 ces nouveaux outils d'intelligence artificielle pour soumettre les systèmes de l'État à des simulations d'auto-attaques.
« Arrêtons de découvrir la lune à chaque cyberattaque », a lancé mi-août le Premier ministre Sébastien Lecornu sur son compte X, estimant que la menace est connue et appelant à une meilleure « discipline » au sein des services. Il faut rappeler en effet que la cause de ces cyberattaques estivales relève le plus souvent de comptes compromis que de failles techniques.
Mais pour monter en compétences cyber, encore faut-il s'en donner les moyens… Rappelons que le projet de loi relatif à la résilience des infrastructures critiques et au renforcement de la cybersécurité, qui transpose notamment la directive européenne NIS2, n'est toujours pas passé en séance publique à l'Assemblée nationale. La directive devait être transposée fin 2024, et ainsi, le 8 juillet 2026, la Commission européenne a saisi la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) contre la France pour ce retard. Reste à voir si l'examen de ce texte structurant pour renforcer la cybersécurité des structures privées et publiques sera bel et bien inscrit à l'ordre du jour de cette rentrée parlementaire.
Suivez Maire info sur Twitter : @Maireinfo2
Acte III de la loi Montagne : ce que doivent retenir les maires





