Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux

Édition du vendredi 19 juin 2026
Climat

Écoles, trains, Fête de la musique : les premières conséquences concrètes de la vague de chaleur

La canicule qui touche le pays met en lumière une fois de plus l'urgence absolue à adapter le pays aux événements climatiques extrêmes. Mais dans les communes, les moyens manquent. 

Par Franck Lemarc

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53 départements sont en vigilance orange canicule aujourd’hui, la plupart des autres étant en vigilance jaune, à l’exception de la Bretagne, du Cotentin, de la Corse et des départements de l’arc méditerranéen. Et cela va durer : a minima, la canicule va se prolonger jusqu’au début de la semaine prochaine, et peut-être davantage, avec un pic attendu dimanche 21 juin.

Hier, les températures ont dépassé les 40 °C dans la Vienne, ce qui n’était jamais arrivé au mois de juin. À Paris, avec 37 °C, il n’avait jamais fait aussi chaud en juin depuis 1947. 

Fête de la musique

Cette situation a déjà des conséquences concrètes. Dans certaines académies, les épreuves orales du bac prévues lundi et mardi prochains ont été « reportées »  d’une semaine, face aux 40 °C attendus. De nombreuses communes ont annoncé hier la fermeture des écoles, soit l’après-midi soit toute la journée, notamment en Île-de-France, en Haute-Garonne et en Haute-Vienne, dans le Lot, l’Yonne, la Gironde… Rappelons qu’avant-hier, la ministre de la Transition écologique Monique Barbut a rejeté toute « mesure nationale », expliquant qu’il revient à « chaque maire (de) prendre sa décision ». Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a toutefois précisé à l’attention des maires : « Si vous avez un bâtiment qui ne dispose d’aucun espace rafraîchi et qu’il fait toute la journée 35 ou 37 °C dans la classe, vous fermez l’école pour la journée ou la demi-journée. » 

Autre victime collatérale de cette vague de chaleur inhabituellement précoce : la Fête de la musique, qui doit avoir lieu dimanche. Un certain nombre de communes ont d’ores et déjà annoncé l’annulation pure et simple des festivités : c’est le cas notamment, à cette heure, de Brive-la-Gaillarde, Claye-Souilly, Nanterre, Le Teich… Dans certaines communes, comme Angers, la Fête de la musique aura bien lieu mais certains concerts sont annulés, lorsqu’ils sont prévus sur des places qui ne disposent pas d’ombre. 

Trains obsolètes

Les transports sont également affectés par la canicule, en particulier le train – des avions ont également subi de gros retards, hier, en région parisienne, mais c’était en raison des orages. 

Comme à chaque vague de chaleur, la SNCF est assez lourdement touchée, entre retards et annulations pures et simples de trains. Certains retards sont, d’après les experts, inévitables : la dilatation des rails et des caténaires, du fait de la chaleur, oblige l’opérateur à réduire la vitesse des trains. 

En revanche, d’autres problèmes sont liés au sous-investissement chronique constaté depuis des décennies : c’est le cas en particulier sur la ligne Polt (Paris-Orléans-Limoges-Toulouse) où les vieilles rames Corail risquent de tomber en panne de climatisation dès que la température dépasse les 33 °C. La SNCF a donc hier annoncé l’annulation de 71 trains, d’ici lundi, sur les lignes Polt, Paris-Clermont-Ferrand et Bordeaux-Toulouse-Montpellier-Marseille. 

Les rames Corail, entrées en service en 1975, devraient commencer à être remplacées en 2027. 

Fonds vert en chute libre

Avant même le début de l’été, on en est donc au deuxième épisode de canicule. L’accélération du réchauffement climatique est patente. Un chiffre circule beaucoup ces derniers jours, livré par Météo-France : sur les 51 vagues de chaleur recensées en France depuis 1947, 34 se sont produites depuis 2000 et 26 depuis 2011. 

Face à cette situation, on pourrait attendre du gouvernement une mobilisation pleine et entière, notamment sur le terrain financier. Selon les ministres, cette mobilisation est bien au rendez-vous : avant-hier, le 17 juin, la ministre de la Transition écologique a présenté à la presse le premier bilan du Pnacc (Plan national d’adaptation au changement climatique), et pour elle le bilan est très satisfaisant, ce plan ayant déjà « changé concrètement la vie des gens et des collectivités ». Selon la ministre, « 85 % »  des actions prévues dans le plan sont « engagées ». 

Mais derrière cet exercice d’autosatisfaction, la réalité est beaucoup moins riante. Tous les rapports qui ont été publiés ces deux dernières années sur le sujet pointent, au contraire, des investissements insuffisants dans l’adaptation au changement climatique, qu’il s’agisse de ceux du Haut Conseil pour le climat, du groupe de réflexion I4CE (Institut de l’économie pour le climat), de l’Assemblée nationale ou du Sénat. 

Alors que les communes, en particulier, sont au cœur de cette problématique, parce qu’elles pourraient disposer de nombreux leviers pour s’adapter, elles sont encore et toujours confrontées au manque de moyens. Les soutiens de l’État pour aider les communes à s’adapter au changement climatique sont en très forte baisse, à commencer par le Fonds vert, qui est passé en deux ans de 2,4 milliards d’euros en 2024 à 837 millions aujourd’hui… et devrait diminuer encore, puisque les annulations de crédit à venir dans les jours prochains ne vont pas l’épargner – plus de 160 millions d’euros devraient encore disparaître. 

Rappelons que le groupe de réflexion I4CE chiffrait, en 2024, à 11 milliards d’euros par an les investissements que les collectivités territoriales devraient engager, jusqu’en 2030, pour atténuer les émissions de gaz à effet de serre, notamment pour adapter les bâtiments. Pendant ce temps, le gouvernement ferme le robinet des crédits alloués aux collectivités pour s’adapter au changement climatique, et continue inlassablement d’exhorter celles-ci à « moins dépenser ». 

Pour aller plus loin : accéder au site Plus fraîche ma ville, créé par l'AMF et l'Ademe, qui recense notamment des bonnes pratiques pour faire diminuer la température dans les villes; 

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