La canicule de fin juin a fait plus de 5 700 morts, selon un bilan encore provisoire
Par Franck Lemarc

Du 17 juin au 2 juillet, la France a été touchée par une canicule – la deuxième de l’année après celle de fin mai – qui a frappé 92 départements, soit 98,5 % de la population hexagonale. L’intensité de cet épisode a été plus élevée qu’en 2003, selon Météo-France : les 24 et 25 juin, la température moyenne sur 24 heures a dépassé les 30 °C pour la première fois depuis que les mesures nationales existent. Dans d’innombrables communes, les records historiques de chaleur ont été battus, avec par exemple 42,5 °C à Bordeaux, 40,1 °C à Paris, 42,7 °C à Niort, 43 °C à Brive, 43,8 °C à Saintes.
Mortalité « toutes causes »
Il ne faisait hélas aucun doute que cette canicule exceptionnelle par son intensité comme par sa durée allait faire de nombreuses victimes. Santé publique France (SpF) en a dressé, hier, un premier bilan. Si les chiffres sont heureusement moindres qu’en 2003 (où il y avait eu au minimum 15 000 morts), il apparaît que cette deuxième canicule de l’année 2026 a été la plus mortelle depuis 2003.
L’agence s’appuie sur une méthodologie éprouvée : elle dispose – grâce à un modèle statistique aujourd’hui adopté par l’ensemble des pays de l’Union européenne – d’un nombre « attendu » de décès jour par jour et département par département, établi à partir de la moyenne du nombre de décès sur les six dernières années. Il suffit donc de comparer le nombre réel de décès survenus, obtenu à partir de la remontée des services d’état civil des communes vers l’Insee, au nombre de décès attendus à la même date, pour faire apparaître une éventuelle surmortalité.
Les chiffres diffusés hier par SpF sont provisoires, dans la mesure où toutes les données de décès ne sont pas forcément encore remontées à l’Insee. L’agence publiera à la fin de l’été des données consolidées. Autre point à noter : les causes de décès ne sont pas prises en compte : on parle ici de « mortalité toutes causes ». Les seules données dont dispose l’agence sont l’âge de la victime et le lieu du décès (domicile, hôpital, ehpad, etc.). Autrement dit, on ne sait pas de quoi sont mortes les personnes mais on se contente de mesurer un excès de mortalité sur une période donnée. Lorsque cette période coïncide très exactement avec un pic de canicule, il ne fait guère de doute que c’est bien celle-ci qui est en cause dans la majorité des cas.
Surmortalité de 36,2 %
Le 20 juillet, il a été établi que pendant la période allant du 17 juin au 2 juillet, 5 764 décès en plus ont été constatés par rapport aux décès « attendus » : en s’appuyant sur la moyenne des six dernières années, il aurait dû y avoir 15 910 décès pendant cette période ; il y en a eu 21 674, ce qui représente une surmortalité de 36,2 %.
Fait notable : toutes les classes d’âge, à l’exception des 0-14 ans, sont concernées par cette surmortalité. Chez les 15-44 ans, il y a eu 118 décès de plus (soit une variation à la hausse de presque 30 %). La variation la plus forte, par rapport à la moyenne des dernières années, concerne la tranche d’âge 45-64 ans : + 55,4 % de mortalité, avec 979 décès supplémentaires.
Mais sans surprise, ce sont les personnes âgées qui ont payé le plus lourd tribut à la canicule : il y a eu 3 719 décès de plus dans la seule catégorie des 75 ans et plus.
Du point de vue géographique, les chiffres de la surmortalité se superposent très exactement avec la carte des régions les plus touchées par la canicule : les régions les plus touchées par celle-ci sont celles où la surmortalité a été la plus forte, tandis qu’en Corse, Occitanie ou dans l’arc méditerranéen, aucune surmortalité n’a été constatée.
En revanche, en région parisienne, Centre-Val-de-Loire et Pays-de-la-Loire, la surmortalité dépasse les 50 %. C’est la région parisienne – en particulier du fait de la concentration de la population – qui a été la plus durement touchée, avec une surmortalité de 81,2 % et 1 999 décès en excès. Suivent le Centre-Val-de-Loire (62,6 % de surmortalité et 511 décès en excès) et les Pays-de-la-Loire (55,2 %, 553).
Le pic de mortalité, dans toutes les régions, a été atteint le 26 juin, soit le lendemain des deux jours les plus chauds que la France ait jamais connus.
Explosion des décès à domicile
Autre enseignement important de cette étude : contrairement à 2003, ce n’est pas en ehpad que le nombre de décès a été le plus important : seulement 16 % des décès se sont produits en ehpad (ou maison de retraite), contre 34 % à domicile et 46 % à l’hôpital.
Mais les graphiques publiés par SpF montrent qu’en termes de variation, ce sont les décès à domicile qui ont le plus augmenté pendant cette période – ils ont presque triplé, passant de 500 à presque 1 500. Il faut néanmoins « rester prudent sur l’interprétation » de ces chiffres, souligne SpF, dans la mesure où, par exemple, un décès peut survenir à l’hôpital « après une exposition [à la canicule] au domicile ou en ehpad ».
Reste que le nombre relativement contenu de décès en ehpad est sans doute le résultat des mesures prises après la canicule de 2003, après laquelle il est devenu obligatoire d’installer au moins une pièce rafraîchie dans tous les établissements.
Ces chiffres sur la mortalité à domicile montrent – ce qui ne faisait guère de doute – que c’est bien l’adaptation des logements à ces vagues de chaleur de plus en plus fréquentes et violentes qui sera l’enjeu majeur des années à venir.
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