Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux
Édition du mardi 20 juillet 2021
Biodiversité

Biodiversité : les limites de la politique des petits pas ?

Dans le cadre du Plan de relance, l'État consacre cette année 8 millions d'euros aux porteurs de projets en faveur de la biodiversité : 4 millions pour la restauration des écosystèmes (appel à projets « MobBiodiv'Restauration »), et 4 autres pour les Atlas de la biodiversité communale. Une goutte d'eau au vu des enjeux à court et moyen terme.

Par Ludovic Galtier

La secrétaire d’Etat chargée de la Biodiversité, Bérangère Abba, a révélé, vendredi à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), la liste des 38 lauréats (sur 85 candidats) de l’appel à projets Mob’Biodiv Restauration 2021, « financé par France Relance et mis en œuvre par l’Office français de la biodiversité (OFB) ». La deuxième session a été lancée hier.

Création de refuges pour la biodiversité

Lancé en début d’année, cet AAP, doté d’un peu plus de 4 millions d’euros, avait pour objectif de « soutenir des actions concrètes en faveur de la restauration d’écosystèmes terrestres, de leurs fonctionnalités et du maintien en bon état de conservation de la faune », écrit le ministère dans un communiqué. La commune d’Aulnay-sous-Bois a, par exemple, été sélectionnée pour son projet de « restauration écologique des berges du canal de l’Ourcq », qui « prévoit le remplacement de peupliers et la création de plusieurs strates végétales et autres refuges pour la biodiversité le long du canal ». Il y a urgence de trouver des solutions en la matière : environ 1 million d’espèces animales et végétales sont aujourd’hui menacées d’extinction, notamment au cours des prochaines décennies, alertait, dans un rapport paru en 2019, la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES).

La ministre s’est ensuite rendue à Saint-Prix (Val-d’Oise) pour « rencontrer les partenaires de la forêt domaniale de Montmorency, gérée par l’Office national des forêts (ONF) », dont les relations avec les communes forestières sont en ce moment quelque peu tendues (lire Maire info des 21 juin et 5 juillet). « La forêt de Montmorency subit de plein fouet les impacts du changement climatique, a jugé Bérangère Abba. Aussi, avec l’appui financier de France Relance, et en concertation avec les parties prenantes (associations, élus, parlementaires), l’ONF entreprend un vaste programme de gestion et restauration : diversification des sylvicultures ; préservation de zones à fort enjeu de protection de la biodiversité, gestion des coupes », a-t-elle fait savoir.

Une nouvelle stratégie européenne pour préserver les forêts

Le même jour, une nouvelle stratégie européenne pour préserver les forêts, qui vient compléter le « pack climat »  ou pacte vert, a été présentée à Bruxelles. Cette stratégie, saluée par France nature environnement dans un tweet, vise à « garantir des forêts saines et résilientes qui contribuent à la biodiversité, aux objectifs climatiques et à la sécurité des moyens de subsistance, et qui soutiennent une bioéconomie circulaire ».

« La Commission européenne propose, non seulement de maintenir le puits carbone naturel, c’est-à-dire l’absorption naturelle par les arbres et les sols du CO2, mais de l’étendre pour qu’il puisse absorber 310 mégatonnes de CO2 en 2030 contre 268 aujourd’hui, résume le Réseau Action Climat (RAC) sur son site internet. Cet objectif d’absorption est le bienvenu, reconnait l’organisation, mais il ne doit pas remplacer les efforts de réduction de gaz à effet de serre des différents secteurs d’activité. L'ancien ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot de fixer une échéance dans Ouest-France : « Si l'humanité veut conserver ses chances, c'est maintenant ou jamais qu'il faut changer de modèle [...] J'en appelle au sursaut des consciences ».

« Or, reprend le RAC, l’artificialisation des sols, l’agriculture intensive promue par la Politique agricole commune, l’exploitation forestière notamment pour le bois énergie intensif, les feux de forêts, l’intensification des vagues de chaleur qui abîme la santé de la nature sont autant de facteurs qui réduisent la capacité de nos forêts et sols d’absorber le CO2. »  Ainsi, « l’objectif de zéro artificialisation nette (ZAN) défini par le Plan biodiversité de 2018, même s’il n’a pas encore été assorti d’une échéance, apparaît d’autant plus ambitieux que la France se singularise en Europe occidentale par un rythme élevé de consommation d’espaces non artificialisés », s’inquiétait le Conseil économique, social et environnemental (Cese) dans un avis publié en 2020.

Niveau record des émissions de CO2 attendu en 2023

L’absorption du CO2 s’annonce d’autant plus capitale dans les années à venir qu’avec seulement 2 % de l'argent des plans de soutien et de relance post-pandémie covid-19 dédiés à la transition énergétique (350 milliards de dollars par an, loin des 1000 milliards d’euros attendus par l’AIE), les émissions mondiales de CO2 risquent d'atteindre un niveau record en 2023 et poursuivre leur progression au fil des ans, estime, ce matin, l'Agence internationale de l'énergie. La politique des petits pas a donc ses limites.

« Cela laisserait le monde loin de la voie vers des émissions nettes zéro d'ici 2050 que l'AIE a énoncée dans sa récente feuille de route mondiale », se désole l'institution. Depuis le début de la crise du covid-19, de nombreux gouvernements ont dit combien il était important de mieux reconstruire, pour un avenir plus sain, mais beaucoup doivent encore joindre les actes à la parole », relève le directeur de l'AIE, Fatih Birol. La tendance est particulièrement alarmante dans les pays en développement et émergents, où, par exemple, le rebond de la demande électrique trouve sa réponse dans le charbon plutôt que le solaire ou l'éolien. 

De la même façon, les objectifs fixés en 2010 pour conserver la biodiversité par le biais d’un réseau d’aires protégées en 2020 sont loin d’être atteints, regrettait le CNRS l’an passé. 

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