Comment expliquer une telle différence ? D’abord, il y aurait eu une sous-estimation des besoins financiers. Le plan n'aurait pas pris en compte les coûts de raccordement final des abonnés à la fibre optique en zone rurale qui entraîneraient un surcoût de 4,5 milliards d'euros, notamment pour les zones d’initiatives privées, soit 24,5 milliards d’euros.
Ensuite, le Plan France très haut débit « comporte en germe des travaux complémentaires qui s’étendront au-delà de 2022 », selon la Cour, car ces 24,5 milliards d’euros ne concernent que les investissements prévus jusqu’en 2022. Or, à cette date, il resterait à équiper les 7 millions de foyers situés en zone d’initiative publique, pour un montant estimé à 10,4 milliards d’euros. « Sous réserve que les coûts ne dérapent pas », précisent les magistrats financiers, le montant de 34,9 milliards d’euros serait donc « plus proche » de la réalité des investissements qui seront à réaliser.
Et les collectivités devraient mettre la main au portefeuille puisque ce déploiement repose notamment sur leur initiative et leur financement. « L'absence de cofinancement privé pour la construction des réseaux d'initiative publique (seulement 1 milliard d'euros des 12 milliards d'investissements engagés, pour 3 milliards attendus) nécessite un concours des collectivités territoriales d'environ 6,5 milliards d'euros jusqu'en 2022, très supérieur aux prévisions », note la Cour. Au-delà de cette échéance et si les projets actuels des collectivités territoriales devaient aller à leur terme, il leur faudrait mobiliser 12 milliards d’euros de financements supplémentaires, selon les magistrats financiers.
La Cour des comptes formule ainsi 11 recommandations à destination de l’État, de l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (Arcep) et des collectivités territoriales. Elles appellent notamment ces dernières à « renforcer » à la fois « le suivi de la performance des réseaux d’initiative publique en calculant leur taux de retour sur investissement » mais aussi le « pilotage du programme en mettant en œuvre un parangonnage contractuel, juridique et financier » et à « regrouper et mutualiser au niveau régional les fonctions à forte valeur ajoutée voire l’ensemble des fonctions des réseaux d’initiative publique ».
Télécharger la synthèse du rapport « réseaux fixes de haut et très haut débit ».

