Pour ne rien éluder des perceptions associées au monde rural dans la France de 2018, deux enquêtes simultanées ont été réalisées : l’une auprès du grand public, l’autre auprès des ruraux. Conséquence : les mêmes questions produisent des réponses quelque peu différentes.
L’Ifop retient en effet « un décalage entre les deux échantillons s’agissant de leur perception de la ruralité ». Quand les ruraux associent d’abord la ruralité à la qualité de vie, au calme, à la tranquillité (62% des citations), les Français répondent en premier lieu difficultés socio-économiques, chômage, pauvreté (46 % des citations contre 26 % chez les ruraux). 59 % des Français estiment que le monde rural est « en déclin » contre 43 % des ruraux seulement.
Des difficultés que les ruraux ne minimisent pas pour autant – loin de là. L’enquête démontre que les ruraux comme les Français placent la « France des campagnes » en tête des territoires délaissés, devant la « France des banlieues » ou la « France périurbaine ». « Les ruraux regrettent la disparition progressive de l’État dans leurs territoires et à travers lui la matérialisation de la solidarité nationale ».
Les statistiques ont de quoi interpeller : plus d’un rural sur deux (51 %) estime que le monde rural est « abandonné ». Le chiffre atteint même 64 % auprès de ceux qui déclarent ne pas avoir accès à des services publics locaux. Du fait de « ce sentiment d’abandon », le nombre de pessimistes quant à leur avenir personnel est plus important à la campagne : 56 % contre 49 % des Français.
Portrait en clair-obscur
Les ruraux « attendent en priorité que les pouvoirs publics agissent en milieu rural contre la désertification médicale (51 % des citations), pour la présence de services publics (30 % des citations) et de commerces (28 %). Viennent ensuite l’action en faveur de l’installation d’entreprises (26 %) ou pour l’amélioration de l’accès à internet (24 %). »
« S’ils souhaitent qu’on reconnaisse leurs difficultés, les ruraux se refusent à une rhétorique victimaire à leur encontre », écrivent les auteurs de l’étude. En effet, 93 % des ruraux « sont satisfaits », dont 53% « très satisfaits », de vivre dans le monde rural, qu’ils jugent bien plus dynamique (63 % contre 50 %), moderne (55 % contre 46 %) et attractif (69 % contre 45 %) que l’ensemble des Français. De la même façon, 66% des Français sont satisfaits de leur position dans la société contre 74 % des ruraux, qui « distinguent action publique, interprétations médiatico-politiques et épanouissement personnel ». Preuve en est que seule une minorité (5 %) de ruraux souhaiterait quitter leur environnement.
Des arguments auxquels l’ensemble des Français n’est visiblement pas insensible. Pour 81% d'entre eux « vivre à la campagne représente la vie idéale, rapporte l’Ifop. La qualité de vie, le calme et la nature apparaissent comme les principaux attributs des ruralités qui pourraient conduire les Français à s’installer dans le monde rural, devant le moindre coût de la vie. » Le manque de services publics (70% des citations), une offre d’emploi insuffisante (62% des citations) et une offre de transports insuffisante (54%) freinent toutefois le passage de la parole aux actes.
Les inégalités d’accès aux services essentiels de proximité feront l’objet d’un débat au 101e congrès de l’AMF le mercredi 21 novembre.

