Mais c’est en Polynésie française où le record est (tristement) battu avec un taux de 230 % pour le centre pénitentiaire de Faa’a Nuutania. La situation devrait cependant s’améliorer avec l’ouverture le mois dernier d’un nouveau centre pénitentiaire prévu pour accueillir 200 condamnés détenus à Faa’a Nuutania.
Cette surpopulation s’explique en partie par le très faible nombre de personnes bénéficiant d’un aménagement de peine. « Les aménagements de peine sont beaucoup plus difficiles à mettre en place qu’en métropole », souligne la CNCDH. A cela plusieurs raisons : absence de toute délocalisation du centre national d’évaluation, manque de juges de l’application de peines, de moyens des services d’insertion et de probation (SPIP) et de structures publiques ou associatives d’accueil, d’insertion et de réinsertion. Sans oublier la mauvaise couverture téléphonique pouvant faire « radicalement obstacle à la surveillance électronique », souligne aussi l’avis.
« La promiscuité créée par la surpopulation carcérale est lourde de conséquences à tous égards et favorise les violences entre détenus ou entre détenus et surveillants », note la CNCDH qui indique que la Guyane et les Antilles sont les « territoires les plus touchés par cette problématique ». En Guadeloupe, un détenu sur deux posséderait une pique artisanale.
Si la surpopulation pénale est « le plus sérieux problème commun aux établissements pénitentiaires d’outre-mer, l’accès au travail et à la formation professionnelle le suit de près », constate également la commission. « La prison est un miroir grossissant des dysfonctionnements d’une société ; rien d’étonnant à ce que l’accès au travail et à la formation professionnelle pose des problèmes d’une acuité particulière dans les établissements pénitentiaires ultra-marins en raison de la situation économique et donc de l’emploi hors les murs de la prison », écrit-elle dans son avis. Les graves problèmes d’accès au travail ou à la formation constatés en métropole se trouvent ainsi décuplés en outre-mer.
En 2016, sur plus de 5 000 détenus, le nombre d’emplois équivalent temps plein en concession (détenus travaillant pour le compte d’entreprises privées ayant installé un atelier en prison) était de 56,8 et de 739 pour le service général (détenus participant à l’entretien et au fonctionnement de la prison).
Dans son avis, la CNCDH pointe enfin le problème posé par la décentralisation de la formation professionnelle. Un problème commun aux établissements pénitentiaires de métropole et d’outre-mer. « Dès lors que l’administration pénitentiaire est une compétence régalienne relevant de la République, les conseils régionaux de métropole et dans les outre-mer rechignent à s’investir dans la formation professionnelle des détenus », constate la commission.

