Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux

Édition du jeudi 13 juillet 2023
Sécurité

14-Juillet : un dispositif de sécurité « inédit » pour « éviter la résurgence des violences » 

Quelque 130 000 policiers, gendarmes et sapeurs-pompiers vont être déployés aujourd'hui et demain, sur tout le territoire. Alors que des communes ont d'ores et déjà décidé de renoncer à leurs festivités, le ministre de l'Intérieur a assuré que, « à chaque fois qu'un maire voudra [en] organiser, nous l'accompagnerons ».

Par A.W.

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© Pixabay

Le dispositif mis en place durant les récentes émeutes urbaines sera « reproduit à l’identique », les 13 et 14 juillet, à l’occasion de la fête nationale, avec même « une augmentation de force », a annoncé, hier, lors d’une conférence de presse, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin.

Ce dispositif de sécurité doit permettre de déployer jusqu’à samedi matin 130 000 policiers, gendarmes et sapeurs-pompiers, mais aussi des unités d'élite et des blindés afin de tenter de contenir les traditionnels incidents des festivités du 14-Juillet, qui, cette année, se tiendront « dans un contexte particulier, celui de plusieurs nuits d’extrême violence »  qui ont embrasé le pays à la suite du décès de Nahel M., tué par le tir d'un policier, le 27 juin, lors d'un contrôle routier à Nanterre.

Chaque soir, 45 000 policiers et gendarmes

« Ce que nous cherchons à éviter, c’est la résurgence de ces épisodes de violence », a ainsi expliqué l’ancien maire de Tourcoing. Pour cela, un « dispositif exceptionnel »  et « inédit »  de 45 000 policiers et gendarmes sera déployé chaque soir, ceux-ci seront « spécialement équipés et organisés pour lutter contre les violences urbaines, selon le même modus operandi que durant les quatre jours d’émeutes ». 

Ils seront ainsi accompagnés, pour la première fois un 14-Juillet, par des forces spéciales du Raid (Recherche, assistance, intervention, dissuasion), de la Brigade de recherche et d’intervention (BRI) et du Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN), ainsi que par des hélicoptères et des véhicules blindés de la gendarmerie (mais aussi de drones) qui seront « prépositionnés »  dans les communes « qui sont apparemment les plus touchées ». En outre, 34 000 sapeurs-pompiers seront aussi mobilisés. 

En parallèle, les bus et les tramways s’arrêteront à 22 heures, avec des exceptions possibles d’interruption plus tôt à la demande des préfets. « Métros et RER continueront de circuler jusqu’à très tard, y compris plus tard que l’heure habituelle », a souligné Gérald Darmanin.

Ce dispositif sera le même sur tout le territoire, sans « singularité »  particulière à Paris ou en Île-de-France, a précisé, de son côté, le préfet de police de Paris, Laurent Nuñez. « On ne sera pas très loin des 10 000 »  agents déployés dans la région francilienne.

Aucune cible en particulier n’a été relevée par les services de renseignements qui « ne donnent aucune indication particulière, qu’elles soient des forces de l’ordre, qu’elles soient des bâtiments publics, des commerces ou des moments de festivités », a détaillé le locataire de la place Beauvau.

Plus de 150 000 mortiers saisis

Outre la « présence renforcée »  des policiers et des gendarmes dans les rues, le gouvernement a également misé sur la lutte contre les mortiers d’artifice, qui, détournés de leur usage habituel, « peuvent causer des blessures graves »  et ont été « souvent la cause d’incendie »  lors de la flambée de violences de la semaine du 26 juin.  

Depuis un décret de la Première ministre publié le 8 juillet, « la vente, le port, le transport et l’utilisation d’articles pyrotechniques et d’artifices »  sont ainsi interdits pour les particuliers « sur l’ensemble du territoire jusqu’au 15 juillet inclus »  et une force spéciale constituée de policiers, de gendarmes et de douaniers surveille désormais leur vente sur Internet. 

Ainsi, depuis le 27 juin, ce sont « plus de 150 000 mortiers et artifices »  illégalement détenus qui ont été saisis par les forces de l’ordre et « plusieurs commerces illicites »  qui ont été fermés administrativement. 

Reste que des filières illégales continuent d’en faire le commerce. Ce dont se sont émus les professionnels de l’artifice qui estiment que cette « prohibition aveugle favorise un marché noir »  qui ignore les règles de sécurité et dénoncent le fait que « des produits encore plus dangereux et de mauvaise qualité envahiront le marché ». Ceux-ci ont d’ailleurs déposé une requête devant le Conseil d’Etat pour suspendre cette interdiction, la décision devant être rendue aujourd’hui.

Annulations en cascade de feux d’artifice

« Aucune festivité ne sera annulée sur demande du ministère de l’Intérieur », a toutefois assuré le locataire de la place Beauvau qui a fait « le choix du maintien de l’ensemble des festivités lié au 14-Juillet, y compris les concerts et les feux d’artifice ». 

« Libre aux communes de pouvoir les organiser », a-t-il rappelé alors que plusieurs d’entre elles -celles qui ont notamment été particulièrement frappées par les violences urbaines - ont déjà décidé d’annuler les événements qui étaient programmés.

C’est le cas de Nanterre, par exemple, mais aussi de Bagnolet, Rosny-sous-Bois, Clichy-sous-bois, Savigny-sur-Orge ou encore Maisons-Alfort, Gennevilliers et Draveil en région parisienne. Strasbourg, Montargis, Roubaix, Mons-en-Baroeul ou Jouy-le-Moutier, pour ne citer qu’elles, ont également décidé d’y renoncer.

Sur France inter, le président de l’AMF David Lisnard a déploré « le recul que cela représente que de ne pas assumer la fête nationale ». « Je comprends les maires qui sont face à des situations inextricables en termes d'ordre public », mais « c'est un signe de plus d'un malaise très profond dans la société française », a-t-il regretté.

Reste que le ministre de l’Intérieur a assuré que, « à chaque fois qu’un maire voudra organiser des festivités, que ce soit des bals des sapeurs-pompiers, des fêtes républicaines ou des feux d’artifice et des concerts, nous l’accompagnerons. Aucune consigne, aucune indication n’a été donnée pour l’annulation ».

Par ailleurs, « si les maires veulent prendre des arrêtés d’interdiction de sorties de mineurs après une certaine heure de la nuit, notamment, ou pouvoir accompagner telle ou telle lutte d’insécurité dans certains quartiers ou lieux de transports qu’ils connaissent, nous les accompagneront également ».

Des manifestations interdites jusqu’au 15 juillet

A noter également que « les manifestations en lien avec les violences urbaines [...] doivent être interdites »  et « être proposées à d’autres dates, ultérieures au 15 juillet inclus », a annoncé Gérald Darmanin.

La nouvelle manifestation prévue samedi, à Paris, par le Comité Adama Traoré sera ainsi interdite par la préfecture de police. Et, « par souci d'équilibre », le ministre de l'Intérieur a indiqué qu'une autre manifestation, de policiers cette fois, a été également interdite. Ils « souhaitaient manifester en soutien à leur collègue de Nanterre. Ils ont accepté la demande du préfet de police de ne pas se réunir et n'ont pas attaqué l'acte positif pris par le préfet de police », a précisé le ministre de l'Intérieur.

En 2022, 807 personnes avaient été interpellées à la suite des incidents survenus lors des festivités du 14-Juillet, 749 véhicules brûlés et 55 membres des forces de l'ordre blessés, a-t-il rappelé.
 

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