Le gouvernement va désigner « 100 territoires d'électrification »
Par Franck Lemarc

La guerre au Moyen-Orient et l’explosion brutale des prix des carburants, depuis le début du mois de mars, et du gaz, prévue en mai, rend le dossier crucial : pour échapper aux soubresauts des prix des hydrocarbures, il faut accélérer l’électrification des usages. C’est ce que le gouvernement ne cesse de répéter depuis le début de cette guerre : la hausse des prix du pétrole grève l’économie tout entière et frappe les ménages au portefeuille. Pour mémoire, les importations de pétrole et de gaz coûtent chaque année près de 60 milliards d’euros au pays. Cette situation apparaît d’autant plus problématique que la France a des capacités de production d’électricité (nucléaire, hydroélectrique, renouvelables) considérables, qui excèdent largement la consommation intérieure : le pays exporte environ 90 TWh d’électricité par an.
Autrement dit, ce ne sont pas les capacités de production qui posent problème mais les modes de consommation : en 2023, 58 % de la consommation énergétique finale était issue d’énergies fossiles et 27 % de l’électricité ; en 2030, le gouvernement veut faire passer la part des énergies fossiles à 40 %, puis à 29 % en 2035. Ce qui suppose une large modification des usages, en particulier dans deux domaines : les transports et le chauffage.
« Territoires d’électrification »
Il est donc temps, explique Bercy, « d’électrifier massivement l’économie » , afin de concilier « souveraineté, décarbonation et pouvoir d’achat des ménages » . Ce plan d’électrification doit se déployer dans quatre grands domaines : les transports, le bâtiment, l’industrie et le numérique. Pour réussir, cette petite révolution culturelle doit être « accompagnée et relayée par tous » , et le gouvernement insiste notamment sur le rôle des élus locaux, qui sont « des relais clés pour faire vivre l’électrification dans les territoires ».
Les collectivités territoriales peuvent en effet, d’une part, électrifier au maximum leurs propres usages (bâtiment publics, transports en commun, réseaux de chaleur) – à condition qu’elles en aient les moyens. Elles peuvent, d’autre part, « animer leur territoire et créer des dynamiques collectives ».
C’est la raison pour laquelle le gouvernement va, dès l’été prochain, sélectionner « 100 territoires d’électrification » dans lesquels « toutes les mesures du plan qui peuvent être mises en œuvre le seront ». En particulier : l’électrification des transports et le développement des bornes de recharge et l’accompagnement des ménages pour la sortie du fioul et du gaz. Ces territoires (communes ou EPCI) seront sélectionnés sur la base du volontariat et seront « accompagnés » par l’État. Mais attention : il ressort assez clairement du document de Bercy qu’il ne faut pas s’attendre à un accompagnement financier. Aucun budget n’est prévu pour cette mesure, et « l’accompagnement » prévu se fera sur « l’ingénierie » et « la communication ». Ce n’est évidemment pas rien, mais cela risque de ne pas être suffisant, lorsque l’on connaît le prix de l’électrification d’une flotte de bus, par exemple.
Cette annonce, qui ne représente que quelques lignes dans les 25 pages du plan, fera sans doute l’objet de précisions ultérieures, lorsque l’appel à projets ou l’appel à manifestation d’intérêt sera lancé.
Interdiction du gaz dans les bâtiments neufs
L’un des enjeux essentiels du plan sera de traiter la question de la voiture et du chauffage. Autrement dit, d’accélérer le développement des véhicules électriques et le remplacement des chaudières au fioul et autres chauffage ou chauffe-eau au gaz par des systèmes électriques, notamment les pompes à chaleur (PAC). Avec un premier écueil majeur : le prix. Le gouvernement multiplie, dans son dossier de presse, les tableaux et graphiques pour expliquer le « gain de pouvoir d’achat » que représente l’usage d’une voiture électrique ou d’une PAC, et ces gains sont notables. Mais cela ne change rien au problème de fond : de très nombreux ménages sont dans l’incapacité financière d’investir 30 000 ou 40 000 euros pour acheter une voiture électrique, ou les 10 000 à 20 000 euros que coûte dans la plupart des cas une pompe à chaleur.
La seule façon d’accélérer réellement l’usage de ces technologies sera donc de faire baisser les prix, d’une manière ou d’une autre – sous peine de voir les intentions se résumer à des vœux pieux.
Là encore, le gouvernement, toujours contraint par la situation budgétaire, n’a pas décidé de sortir l’artillerie lourde pour soutenir l’achat de pompes à chaleur ou de voitures électriques. En matière de chauffage, il va se contenter « d’orienter » les aides vers des usages électriques, avec une mesure choc annoncée hier : à partir du 1er septembre prochain, les rénovations d’ampleur soutenues par MaPrimeRenov ne permettront plus l’installation d’une chaudière à gaz. Il sera donc obligatoire d’installer une PAC pour pouvoir bénéficier du dispositif – ce qui pourrait, hélas, être contreproductif, vu le prix des pompes à chaleur. Dans ce cas, si des ménages renoncent à des travaux de rénovation du fait de cette décision, on pourra dire que le gouvernement a manqué sa cible.
Par ailleurs, le gouvernement annonce que l’usage du gaz (pour le chauffage) va être tout simplement interdit dans tous les bâtiments neufs à compter du 1er janvier prochain pour le logement et au plus tard en 2030 pour les bâtiments tertiaires. Il est bien précisé que cette disposition concerne également les bâtiments appartenant aux collectivités locales. Elle va amener un surcoût pour les chantiers à venir, qui pour l’instant ne semble faire l’objet d’aucune aide ou compensation.
Leasing social et « « gros rouleurs »
Les transports sont l’autre enjeu majeur du plan d’électrification. On savait déjà que le gouvernement va relancer le « leasing social » ) partir de juillet prochain, avec une offre de 50 000 véhicules dont la location ne devra pas excéder « 200 euros par mois ». Cette aide est évidemment bienvenue mais elle reste dérisoire : rappelons qu’il y a environ 40 millions de voitures individuelles en France. Ce dispositif permettra donc de renouveler au mieux 0,1 % du parc.
Une autre aide va être apportée aux « gros rouleurs » appartenant aux « classes moyennes », écrit le gouvernement. Concrètement, une aide à l’achat d’un véhicule électrique, allant jusqu’à 7 700 euros, sera ouverte aux personnes parcourant au moins 12 000 km par an (pour raisons professionnelles) et dont les revenus sont compris entre le « 6e et le 8e décile » . En se référant aux chiffres de l’Insee, cela veut dire des revenus compris entre 30 000 et 35 000 euros par an. Cette mesure devrait permettre, espère le gouvernement, 50 000 achats supplémentaires.
Bercy annonce également des aides pour l’électrification des flottes professionnelles, du véhicule utilitaire au poids lourd. Mais rien de nouveau, en revanche, n’est prévu pour aider les collectivités à électrifier leur parc de transports collectifs.
Saturation du réseau
Le plan comprend de nombreuses autres mesures, allant de l’interdiction de toute publicité pour des énergies fossiles à un plan de soutien à l’électrification de l’industrie.
Mais il n’aborde qu’à la marge un autre problème qui pourrait constituer un frein crucial à ces projets : celui de la saturation des réseaux. Certes, les capacités de production d’électricité en France sont suffisantes pour faire face à une hausse importante de la consommation. Mais les réseaux de transport d’électricité, eux, le sont-ils ? C’est un problème qui touche de plein fouet la Belgique et les Pays-Bas depuis quelques mois, où non seulement des milliers d’entreprises sont en attente de raccordement, sans l’obtenir, mais où les particuliers eux-mêmes sont victimes de problèmes de sous-tension : le réseau qui arrive à leur domicile n’est pas en mesure de fournir assez d’électricité pour tous les usages.
Ce problème pourrait toucher la France – et c’est par exemple ce que craint la Capeb (Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment). Si une maison doit disposer d’électricité à la fois pour la cuisson, le chauffage, l’eau chaude, le rechargement de véhicules électriques, sans compter tous les autres usages, il va bien souvent y avoir un problème d’alimentation, qu’un porte-parole de la Capeb résumait hier par cette image : « Le tuyau n’est tout simplement pas assez gros ».
Cette question est étrangement quasiment absente du dossier de presse de Bercy. La seule mention de ce sujet concerne les entreprises : le gouvernement évoque la question de la « file d’attente », c’est-à-dire des projets industriels qui sont bloqués par l’incapacité de RTE de raccorder le site au réseau électrique à temps. Dans l’immédiat (dès ce mois-ci), le gouvernement prévoit de modifier la réglementation pour permettre le « piquage », c’est-à-dire la possibilité pour une entreprise grosse consommatrice d’électricité (notamment les data centers) de se raccorder provisoirement directement sur le réseau très haute tension (400 kV), en attendant la création d’un poste dédié. D’autres mesures sont à l’étude et devraient aboutir d’ici la fin de l’année, afin « d’améliorer l’attractivité de la France pour les projets industriels consommateurs d’électricité » . Ce qui ne règlera pas le problème de l’alimentation individuelle, du côté des particuliers. On ignore, à cette heure, ce que le gouvernement prévoit sur ce sujet, qui pourrait représenter un chantier d’une ampleur considérable.
Suivez Maire info sur Twitter : @Maireinfo2
Violences dans le sport : 872 signalements émis en 2025 sur Signal-Sports
Des PFAS détectés dans trois sources d'eau minérale en Ardèche et dans la Loire
Recyclage et réemploi des vêtements : le gouvernement donne de nouvelles orientations






