Les cités éducatives ont rempli, « au moins partiellement », leur objectif de transformation
Par A.W.
Après le rapport de la Cour des comptes publié il y a deux mois, au tour du Réseau national des centres de ressources de la politique de la ville (RNCRPV) en collaboration avec l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT) de faire paraître une étude sur les cités éducatives.
Lancé en 2019, le programme des cités éducatives vise à améliorer la prise en charge des jeunes de 0 à 25 ans dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV), en réponse aux difficultés scolaires et d’insertion professionnelle. Avec la labellisation de 40 nouvelles cités éducatives au printemps dernier, ce programme bénéficie dorénavant à quelque 260 communes et 600 QPV.
Pour mémoire, ces cités éducatives reposent sur une gouvernance tripartite dite « troïka » (la préfecture, l’Education nationale et la commune) chargée de coordonner et d’assurer la continuité entre temps scolaire, périscolaire et extrascolaire. Concrètement, elles consistent en une grande alliance des acteurs éducatifs dans ces quartiers : parents, services de l’État, des collectivités, associations et habitants.
Différents stades de « maturation »
Si le Réseau national des centres de ressources politique de la ville estime, en préambule de l’étude, que les cités éducatives ont « rempli, au moins partiellement, leur objectif de transformation et peuvent constituer un modèle pour l’action publique dans les quartiers prioritaires », ils reconnaissent que des « défis demeurent ». Notamment le « renforcement des coopérations, l’association des parents et des enfants, la réflexion sur le temps libre extrascolaire, la place de la sphère numérique de co-éducation, etc. »
Réalisée sur la base d’entretiens menés auprès de 34 cités éducatives et de l'exploitation de données visant 208 cités éducatives, l’enquête indique que les instances de pilotage (comités techniques, comités de pilotage) jouent « un rôle clé » dans la structuration des alliances éducatives alors que « l’Éducation nationale est l’institution la plus représentée dans ces instances (42 %), suivie des villes (33 %) et des préfectures (15 %) ».
Malgré « des tensions [qui] subsistent entre les cultures institutionnelles » et des « turn-over fréquents », l’organisation et le fonctionnement des instances de gouvernance et de pilotage des cités éducatives produisent « des effets structurants », expliquent les auteurs de ce travail.
Rappelant qu’il existe « trois stades de maturation » des coopérations qui les caractérisent, ces derniers constatent que « 15 % des 208 cités répondantes » en sont au premier stade, celui de la « communication et de l’entraide », qui se distingue par des « échanges informels et actions ponctuelles ».
Près de la moitié d’entre elles (47 %) sont parvenues au deuxième stade, celui de « la coordination », qui permet un « ajustement systématique des actions et des projets », tandis que les autres (38 %) ont atteint le dernier stade, celui de « la coopération et de l'intégration », qui se caractérise par « des stratégies communes, une mutualisation des ressources et une gouvernance partagée et fusionnée ».
Effets « significatifs » sur l’école
Mais quels effets a eu le label sur les différentes sphères éducatives ? Alors que 29 des 34 cités éducatives interrogées affirment que leur territoire a été « labellisé dans un contexte d’urgence à agir », les auteurs de l’étude notent, d’abord, que leur travail « ne permet pas de déterminer si des effets majeurs sont constatés sur les quartiers », bien qu’il y ait notamment « un effet en termes de regards et de représentations ».
En revanche, elle assure que le label Cités éducatives produit « des effets significatifs » sur la sphère scolaire, en « favorisant un rapprochement entre le premier et le second degré et contribuant à une meilleure continuité des parcours éducatifs ». Celui-ci encourage notamment « la structuration de réseaux de compétences entre enseignants et partenaires associatifs, la perméabilité des sphères professionnelles et l’émergence d’alliances éducatives renforçant le dialogue entre familles et école », tandis que « des effets positifs » sont observés sur « la motivation des élèves ».
S’agissant des effets sur la sphère de la famille, les cités éducatives tendent à « favoriser une prise en compte progressive de la parole parentale, perçue comme légitime et indispensable, bien que son intégration dans les instances de gouvernance demeure limitée ». Cependant, « des attentes persistent », telles qu’un « meilleur soutien parental dans l’accès aux soins » ou « une approche éducative plus cohérente et partagée ».
À noter également que, à l’heure du numérique, certaines de ces cités intègrent désormais les enjeux de santé mentale des jeunes en lien avec ces usages (cyberharcèlement, addictions, influence des réseaux).
« Remunicipalisation » des questions éducatives
En parallèle, le label a entraîné « des transformations organisationnelles et structurelles sur certains territoires, affectant les collectivités locales, l’Éducation nationale et les institutions partenaires », constatent les auteurs de l’étude.
Des changements qui « incluent la réorganisation des services enfance jeunesse, la création de pôles transversaux (culture, éducation, jeunesse, sports/loisirs) et le repositionnement de métiers, dans l’objectif de favoriser la coopération interne et externe et d’améliorer la lisibilité des dispositifs ».
Reste que, selon le périmètre des cités éducatives, l’étude observe que « le label a éloigné les intercommunalités des enjeux éducatifs ». Ainsi, il est constaté qu'« un effet de remunicipalisation des questions éducatives » dans certains contextes, alors que dans d’autres il est observé « un portage qui s’est diversifié ».
Les auteurs de l’étude notent au passage que « la fonction de Chef de projet opérationnel (CPO) est centrale, articulant la coopération interinstitutionnelle et la mise en œuvre d’actions éducatives, tout en étant appuyée par de nouveaux postes spécialisés (référents emploi, parentalité, médiateurs) ».
Et si le label tend à « favoriser la valorisation de l’éducation populaire, la diffusion de méthodologies de projet et la co-construction de réponses aux besoins des enfants et des jeunes », certains effets attendus restent néanmoins « partiellement atteints ». C’est notamment le cas de la « reconnaissance des associations sur leur contribution à l’atteinte des trois objectifs nationaux du label », « le renforcement de l’engagement bénévole » et « la généralisation de la participation des associations aux instances d’évaluation ».
Éviter un « label de façade », prévient la Cour des comptes
Selon l’étude, la pérennisation des transformations repose ainsi sur « plusieurs conditions » : « l’inscription du label sur le temps long, la continuité de l’accompagnement national et régional, un financement suffisant, la valorisation des dépenses d’ingénierie et la reconnaissance institutionnelle des temps dédiés à la coopération et à la coordination interprofessionnelle ».
Fin décembre, la Cour des comptes a toutefois publié un rapport qui pointe les limites de ce programme qui a été déployé à marche forcée. Si « les cités éducatives favorisent la coopération locale et l’intégration de l’éducation nationale », reconnaissaient les magistrats financiers, ces derniers soulignaient que « leur succès dépend du contexte local ». Selon eux, « le programme repose fortement sur l’engagement des agents locaux, avec des ressources centrales insuffisamment mobilisées ».
D’ailleurs, l’extension du dispositif aurait dû « tirer toutes les leçons des facteurs de réussite, comme des constats d’échec, de certaines cités éducatives ». À ce titre, ils estimaient plus « sage » d’éviter un déploiement d’un « label de façade » dans le cadre d’une généralisation « à tout prix ».
« Les évolutions que connaîtront les cités éducatives localement, à l’issue des prochaines élections municipales et dans le contexte de la généralisation annoncée, seront un test important de la résilience du programme comme de son efficacité à bâtir des coopérations locales durables, au-delà de la question de sa pérennisation au niveau national », concluait la Cour des comptes.
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