Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux

Édition du jeudi 20 juillet 2023
Violences urbaines

Après les émeutes, l'APVF formule ses propositions face aux fractures territoriales

L'Association des petites villes de France (APVF) a publié hier « 15 propositions pour résorber les fractures des quartiers populaires ». Elle insiste sur la nécessité d'une politique « transversale » : « Il faut sortir ces quartiers de la nasse dans laquelle ils ont été trop souvent relégués pour en faire des sas vers un avenir désirable. » 

Par Franck Lemarc

L’APVF note que les violences urbaines de début juillet ne se sont pas cantonnées aux métropoles mais ont touché « l’ensemble de nos quartiers populaires y compris dans les petites villes ». L’association commence par se démarquer très clairement de « ceux qui disent que rien n’a été fait jusqu’à ce jour »  dans les quartiers pauvres. Et, à l’inverse, elle récuse la vision qui oppose « une ruralité, abandonnée et délaissée, aux banlieues, au sein desquelles des milliards d’euros auraient été déversés, comme s’il s’agissait de mettre en concurrence la souffrance territoriale ». La réalité est « bien plus complexe », souligne l’APVF : « Nombre de petites villes, de communes rurales comme de communes de banlieue, subissent la désindustrialisation, la diminution de l’offre de services publics, (…) la désertification médicale ». 

L’association présidée par Christophe Bouillon, tout en regrettant « l’absence de mise en œuvre du Plan Borloo en 2018 », ne réclame pas « un nouveau plan spécifique pour les politiques de la ville » : elle demande au contraire des politiques « transversales, s’attaquant résolument aux fractures territoriales et aux problèmes des habitants ». 

Désenclaver et protéger

C’est dans cet objectif que l’association présente ses 15 propositions, autour de 5 axes (sécurité, désenclavement des quartiers, l’ascenseur social, le vivre-ensemble, la promesse républicaine). 

En matière de sécurité, l’APVF plaide pour le retour de la police de proximité, la prévention et les relations police-population. Elle pose la question de « l’équilibre des effectifs des forces de l’ordre »  sur le territoire et appelle à « lutter contre la concurrence entre collectivités dans le recrutement et la fidélisation des effectifs de police municipale ». 

Sur la question du désenclavement, les transports sont évidemment le problème numéro un : l’APVF demande que des solutions de transport « jusqu’à dernier kilomètre »  soient enfin mises en œuvre dans les quartiers populaires, en améliorant le maillage des transports en commun, et espère que les futurs RER métropolitains n’oublieront pas de desservir ces quartiers. Mais le désenclavement passe aussi par la lutte contre la pauvreté : l’association souhaite que les habitants des quartiers populaires continuent d’être « protégés des effets de l’inflation », notamment sur l’énergie, avec le « maintien du bouclier tarifaire ». Sur ce sujet au moins, on sait que le gouvernement, qui vient d’annoncer une hausse surprise de 10 % des prix de l’électricité et ne compte apparemment pas s’arrêter là, n’est pas prêt à suivre. 

L’APVF compte sur l’école pour « redémarrer l’ascenseur social », dès le plus jeune âge. Comme l’AMF, elle demande de réels moyens financiers donnés aux communes qui vont devoir assurer la nouvelle compétence d’autorité organisatrice de l’accueil du jeune enfant, et « de ne pas opposer les territoires dans les politiques prioritaires éducatives », par exemple en rapprochant les dispositifs tels que les REP+ et les Territoires éducatifs ruraux. 

Moratoire

Des « initiatives d’urgence »  sont réclamées en matière d’accès aux soins, à commencer par « le déploiement d’urgence de manière transitoire, des médecins salariés dans les zones les plus sinistrées par la désertification médicale ». L’APVF demande aussi un moratoire immédiat sur la fermeture des services publics dans les quartiers populaires. 

Enfin, plus généralement, l’association – là encore en accord avec l’AMF – demande que soit revu le zonage des quartiers politique de la ville, afin de « mieux prendre en compte les réalités locales », et que les préfets fassent preuve de « souplesse »  dans le renouvellement des contrats de ville. Pour dégager « des marges de manœuvre financières », elle demande l’indexation de la DGF sur l’inflation et « le soutien de l’investissement local en renforçant les dispositifs de péréquation verticale et horizontale, notamment à travers la contribution de 1% des recettes fiscales des métropoles vers les petites villes avoisinantes ». 

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