Édition du mardi 28 février 2017


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Deux sénatrices dénoncent « le business de la déradicalisation »

Les dispositifs de prise en charge de la radicalisation par les services de l’Etat sont loin d’avoir atteint leur but, estiment les sénatrices Esther Benbassa et Catherine Troendlé à qui la commission des lois du Sénat avait confié au printemps 2016 une mission d’information sur le « désendoctrinement, le désenbrigadement et la résinsertion des djihadistes en France et en Europe ». Dans leur rapport d’étape rendu public la semaine dernière, les deux sénatrices soulignent la « hâte » avec laquelle ces programmes de radicalisation ont été conçus. « Les premières actions en faveur de la lutte contre la radicalisation djihadiste se sont reposées sur des acteurs associatifs dont l’expérience en matière de prévention et de traitement de la radicalisation n’est pas toujours ou encore avérée », écrivent Esther Benbassa et Catherine Troendlé dans leur rapport d’étape. « Malgré leur bonne volonté, plusieurs associations, recherchant des financements publics en préiode de pénurie budgétaire », se sont ainsi tournées vers ce secteur. Un effet d’aubaine financière qui a donné lieu à un « business de la déradicalisation », dénoncent-elles.
Toutes les personnes « radicalisées » ne sont pas placées sous main de justice, ni poursuivies pour des faits en lien avec la radicalisation, rappelle le rapport sénatorial. La prise en charge de ces personnes, généralement considérées comme le « bas du spectre », devrait relever essentiellement de l’échelon communal, intercommunal ou départemental en raison de ses compétences sociales et de prévention de la délinquance, estiment les sénatrices qui citent en exemple « la démarche volontariste du bourgmestre de Vilvorde », en Belgique. Ce rôle que peuvent jouer les collectivités territoriales dans la prévention de la radicalisation fait du reste l’objet d’un travail spécifique conduit par la délégation sénatoriale aux collectivités territoriales et à la décentralisation, rappelent les deux sénatrices. Les deux rapporteurs, Jean-Marie Bockel et Luc Carvounas, devraient rendre leurs conclusions dans les prochains jours. Auditionnée par la mission sénatoriale, l'AMF avait témoigné du fait que « l’information des maires sur les cas de radicalisation détectés dans leur commune ne se faisait pas ou restait perfectible dans bon nombre de départements ». Pour les maires, cette information « constitue un préalable à une prise en charge et un accompagnement des personnes radicalisées et de leur famille par les communes », avait indiqué l'association aux deux rapporteurs.
Pour sa part, le rapport des deux sénatrices met également à mal l’expérience menée à Pontourny, un centre ayant vocation à constituer un moyen terme entre le milieu ouvert et le milieu carcéral. « Ouvert à l’automne 2016 pour une capacité maximale de 25 places, ce centre expérimental n’a accueilli, au plus fort de son activité, que 9 pensionnaires », pointent Esther Benbassa et Catherine Troendlé, qui y voient « l’échec d’une politique de prise en charge de la radicalisation fondée uniquement sur le volontariat de personnes ne faisant pas l’objet d’une procédure judiciaire ».
Les sénatrices devraient rendre leur rapport définitif en juillet.
C.N.

Consulter le rapport d’étape.
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