Maire-info
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Édition du jeudi 17 juin 2021
Sports

David Lazarus, élu vice-président de l'ANS, « plaide pour un dossier unique » pour les demandes de subvention des collectivités

Le maire de Chambly (Oise), David Lazarus, a été élu, mardi, vice-président de l'Agence nationale du sport (ANS). Le co-président du groupe de travail « sport » à l'AMF succède ainsi à Jean-Paul Omeyer, vice-président de la région Grand-Est qui représentait le collège des collectivités depuis les débuts de l'ANS en 2019. Il dévoile à Maire info sa ligne conductrice et le sens qu'il entend donner à son action. Entretien.

Par Ludovic Galtier

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© Mairie de Chambly

Dans quel état d’esprit prenez-vous vos fonctions de vice-président de l’Agence nationale du sport (ANS) ?

Avec la volonté de faire vivre, plus encore, le collège des collectivités. Nous concerter entre élus pour parler d’une seule voix est, en effet, une priorité. 
J’arrive, en outre, à un moment où Frédéric Sanaur [directeur général de l’ANS, ndlr] envisage de faire évoluer et muscler le rôle des vice-présidents afin, notamment, qu’ils incarnent l’ANS dans les territoires. 

Qu’allez-vous apporter en tant que porte-parole des collectivités ?

Je vais poursuivre, c’est l’objet de ma seconde priorité, notre dialogue renforcé et exigeant avec l’ANS. Il est important que les territoires se fassent encore mieux entendre, l’ANS doit être une structure tournée davantage vers l’opérationnel. On pourra, par exemple, réfléchir ensemble à la façon dont on peut réduire le coût des équipements sportifs et l'excès de normes qui l'accompagne. 

Que préconisez-vous ?

Aujourd’hui, les élus locaux sont toujours aussi perdus quand il s’agit de postuler à un programme de financement. Dès qu’il s’agit de subventions ou de dispositifs dédiés aux équipements, des partenaires extérieurs à l’agence viennent imposer leurs règles. Je plaide donc pour le dossier unique pour simplifier les procédures. 

« Les élus locaux sont toujours aussi perdus pour postuler à un programme de financement » 

Je m’explique : un même équipement peut, dans certains cas, répondre à quatre ou cinq dispositifs de financement de l’ANS. Seulement, ces dispositifs n’ont soit pas les mêmes critères, soit des calendriers différents… Les élus locaux, en plus de construire et de porter un projet, ne savent souvent pas quel programme choisir et sont donc contraints de réfléchir à une stratégie de dépôt de ce dossier pour maximiser ses chances d’être financés. C’est une perte de temps et d’énergie pour les élus comme pour les services de l’ANS.
Après, l’ANS devra évidemment faire des choix. Les porteurs de projets écartés, par manque de moyens de l’ANS, seront frustrés, on peut le comprendre. Non seulement cette frustration existe déjà dans la situation actuelle, elle peut être couplée, en plus, des regrets qu’un porteur de projet pourrait nourrir au cas où il se serait trompé de stratégie. 

Où en sont les installations des conférences régionales du sport ?

Les conférences régionales du sport (CRS) sont à présent presque toutes installées. Les installations ont malheureusement souffert d’un délai très important : les décrets étaient prêts à l’été 2019 mais ne sont sortis qu’en septembre 2020. La déclinaison territoriale a donc débuté dans un contexte sanitaire complexe et, avec en ligne de mire, le renouvellement des conseils départementaux et régionaux. 
Les CRS ont deux missions essentielles : la première est d’établir une réflexion globale autour du sport dans le périmètre régional, qui intègre sept ou huit items prévus par la loi. Naîtra de ces réflexions un projet sportif territorial, accompagné d’un schéma indicatif de structuration des équipements.

Quand est-ce que fonctionnera le couple CRS-conférences des financeurs ?

Quand les CRS seront suffisamment avancées, j’imagine en 2022 ! Aujourd’hui, les préfets de région, en tant que délégués territoriaux de l’ANS, attribuent la part territoriale nécessaire au déclenchement des investissements. Il n’y a donc pas de trou dans le dispositif. 

« Les conférences des financeurs donneront une visibilité budgétaire aux élus locaux » 

L’intérêt avec la conférence des financeurs, c’est qu’ils se prononceront tous en même temps, pas dans des phases différentes comme cela peut être le cas aujourd’hui. Cela donnera de la visibilité aux élus, c’est important pour nos programmations budgétaires pluriannuelles. Surtout, dès le dispositif sera rôdé, le temps de construction des équipements sportifs sera réduit.

Vous siégez au sein de la conférence régionale du sport des Hauts-de-France. Avez-vous en tête ce à quoi son projet sportif territorial pourrait ressembler ?

Les discussions autour du PST sont en cours, la prochaine réunion est prévue le 9 juillet. Ce que l’on sait c’est que dans chaque région nous devons répondre à plusieurs problématiques. Toutes ne pourront d’ailleurs pas être réglées. 
La problématique d’accès aux équipements sportifs n’est, par exemple, pas la même en Île-de-France, qui bénéficie d’un réseau de transport concentré, que dans les Hauts-de-France, mix de départements urbains et ruraux. Ce n’est pas non plus la même chose d’avoir des ligues sportives régionales dont la taille correspond à celle des anciennes régions ou au contraire a doublé de surface (en fusionnant). Les pratiques sportives dominantes ne sont pas les mêmes d’une région à une autre… Tout cela, ce sont des éléments que chaque région va devoir prendre en compte pour dessiner son PST : le diagnostic est essentiel pour identifier et répondre à un maximum de défis.

La reprise du sport va, justement, être l’un des « défis »  de la rentrée. Êtes-vous inquiet ?

Veiller à ce que les cellules de base, qui sont les clubs sportifs, ne disparaissent pas, est une préoccupation du quotidien. Je suis obligé de reconnaître que l’État a été au rendez-vous avec des financements conséquents, des soutiens et des aides notamment à destination des clubs avec salariés.
Pour autant, l’épuisement de certains bénévoles, notamment les plus âgés après 18 mois d’arrêt, est une préoccupation au même titre que la question du retour des licenciés en septembre.
On estime que 25 % à 35 % de licenciés ne reviendront pas. L’an passé, énormément de familles ont payé une licence annuelle pour leurs enfants qui aura été valide seulement trois semaines. Il y a donc un risque majeur que l'on perde les familles. Les communes ne peuvent pas se substituer aux clubs pour rembourser mais si les clubs décidaient de rembourser les familles, il vaut mieux que ce soit sous forme d'avoirs. 

« Ce n'est pas le Pass'sport dont nous rêvions » 

En tant qu’élus, on s’investit, par ailleurs, dans le déploiement du Pass’sport [50 euros versés par le gouvernement aux jeunes de 6 à 18 ans bénéficiaires de l’allocation de rentrée scolaire, de l’allocation d’éducation de l’enfant handicapé ou de l’allocation aux adultes handicapés pour les inciter s’inscrire dans un club sportif, pour une enveloppe totale de 100 millions d’euros, ndlr]. Mais ce n’est pas le Pass’sport dont nous rêvions, nous l’avions pensé au niveau départemental, plus souple et plus universel. C’est une première étape mais les clubs dont le public ne répond pas à ces critères sociaux vont, par exemple, toujours autant être en difficulté. C’est une première étape. Une campagne nationale de retour au sport aura lieu, en parallèle, fin août.

En 2017, Emmanuel Macron souhaitait faire de la France une nation de sportifs avec l’idée de convertir 3 millions de Français supplémentaires à la pratique régulière du sport. Est-ce un objectif tenable, au vu des politiques publiques mises en place ?

Je crois que même sans la crise sanitaire, nous n’étions pas dans la bonne trajectoire. J’espère qu’ensemble, on corrigera cette trajectoire. Nous avons souvent constaté un décalage entre un discours volontariste du président de la République et l’absence de traduction de moyens notamment dans le précédent gouvernement. Je regrette que l’on ne soit pas à la hauteur de nos ambitions pour l’accueil des personnes handicapées. Je salue néanmoins le fait que le gouvernement en place ait accordé 30 millions d’euros supplémentaires pour les équipements sportifs situés dans les QPV : vous ne pouvez pas avoir plus de sportifs sans les équipements de proximité. 

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