Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux
Édition du mardi 10 février 2026
Services publics

Une grande majorité de Français toujours satisfaite des services publics locaux

Si les Français restent très attachés aux services publics locaux et les jugent trop souvent dévalorisés dans le débat public, ils réclament davantage de « proximité physique » et de « réhumanisation », selon une étude. Estimant que ces organismes manquent de moyens, quatre Français sur dix sont même prêts à un retour de la taxe d'habitation.

Par A.W.

Les Français restent attachés à leurs services publics locaux et considèrent qu’ils manquent de moyens. C’est ce que révèle une enquête publiée hier par le Sens du service public, la Casden et la Fondation Jean-Jaurès qui ont voulu connaître les attentes des citoyens vis-à-vis des services publics à l'approche des élections municipales des 15 et 22 mars.

Réalisée avec OpinionWay auprès d’un échantillon de 2 000 personnes, cette étude doit permettre d’offrir aux candidats aux prochaines élections municipales « des leviers clairs pour enrichir leurs campagnes » : « valoriser l’action locale, renforcer la présence humaine et l’accessibilité des services, encourager la participation des citoyens et s’appuyer sur des attentes largement partagées ». 

Ses résultats « dessinent des perspectives résolument positives pour l’avenir »  des services publics locaux qui va « à rebours d’un certain nombre de préjugés de notre débat public », selon les auteurs de ce travail.

Une satisfaction globale, mais des disparités

Les trois quarts des sondés se disent ainsi satisfaits de la qualité des services au sein de leur commune. Et à peine moins (72 %) lorsqu’il s’agit des communes de l’intercommunalité. Des chiffres qui contrastent avec le niveau de satisfaction des services offerts par l’État qui ne contentent qu’un peu plus de la moitié des Français (55 %). « Plus la proximité avec les services publics locaux est forte, plus la satisfaction apparaît élevée », confirment les auteurs de l’étude qui constatent, cependant, des variations géographiques assez notables. 

C’est ainsi dans l’ouest du pays que l’on est le plus satisfait de la qualité des services dans sa commune. Les régions Pays de la Loire et Bretagne en tête avec respectivement 83 % et 79 % de satisfaction locale. À l’inverse, les Bourguignons-Francs-Comtois sont de loin les plus mécontents, bien qu’ils restent majoritairement satisfaits (62 %). Ce sont d’ailleurs les seuls qui ne voient guère de différence avec la qualité des services offerts par l’État (59 %).

Bien que l’enquête révèle aussi des difficultés dans l’accès aux services publics dans l'agglomération parisienne, ce sont bien les habitants des communes rurales qui « apparaissent moins satisfaits que les autres (68 % de satisfaction à l’échelle communale et 48 % à l’échelle de la France) ». Les habitants des campagnes sont aussi plus nombreux à considérer que les services publics locaux manquent de moyens. 

Cette enquête fait également apparaître des disparités générationnelles puisque les 50-64 ans s’avèrent plus critiques (68 % de satisfaction locale) que les 25-34 ans (80 %). De la même manière, les hommes sont plus souvent satisfaits que les femmes, tout comme les actifs par rapport aux inactifs. Et s’il y a une insatisfaction plus marquée chez les sympathisants du RN à l’échelon local (70 %, contre 83 % pour les partisans de la majorité présidentielle), c’est au niveau national que les différences partisanes apparaissent vraiment. Avec un taux de satisfaction qui chute à 46 % pour les sympathisants du RN, alors qu’il se maintient à 78 % pour ceux de la majorité présidentielle.

Des services plus proches, plus humains

Face aux discours de stigmatisation largement répandus dans le pays et au « fonctionnaires bashing », on peut également retenir qu’une forte proportion de sondés (68 %) trouve que les services publics et leurs agents sont trop « dévalorisés ».

Parmi les différents enseignements de l’étude, on peut noter les fortes attentes sur des domaines relevant de l’État. « En mars prochain, au moment de choisir une liste à élire pour le prochain mandat municipal, deux domaines feront la différence : la sécurité (43 %) et la santé (40 %) », assurent les auteurs de l’enquête, largement devant les transports (22 %), l’environnement (21 %), le logement (20 %),  l’éducation (18 %) ou encore le développement économique (16 %). 

D’ailleurs, parmi les nouveaux services de proximité dont ils souhaitent l'émergence, les Français réclament un centre de santé (38 %), une police municipale armée (23 %) et une mutuelle de santé municipale ainsi qu’un service d'aide aux aidants (21 %). Seule la demande de création d’un service d’alimentation de qualité abordable (qui ne relève pas de la sécurité ni directement de la santé) arrive à se faufiler parmi leurs cinq priorités.

Mais ce qu’attendent « avant tout »  les Français, c’est la mise en place de services publics locaux « plus proches, plus humains, personnalisés et adaptés à leurs contraintes », et surtout pas la numérisation des démarches administratives. Le regroupement « en un seul et même lieu physique facilement accessible »  des services publics (locaux, de l’État et de la « Sécu » ) sur le modèle des Maisons France services est ainsi la mesure prioritaire identifiée par les sondés (40 %) pour améliorer le fonctionnement de ces derniers. Viennent ensuite l’ouverture de nouveaux guichets de proximité, une meilleure information, des horaires d’accueil revus… 

Manque de moyens

Le développement de la numérisation des démarches administratives n’arrive qu’en septième position des priorités des sondés (21 %), alors que l’accompagnement numérique (10 %) et la généralisation de l’intelligence artificielle (4 %) sont largement laissés de côté. Des intentions conformes au désir de « proximité physique »  et de « réhumanisation »  des services publics locaux. C’est le signe que « la relation et la qualité du contact comptent autant que l’efficacité, voire sont la condition de l’efficacité de l’action publique », expliquent ainsi les auteurs de l'enquête.

À noter toutefois que « l'attente de regroupement des services publics locaux s'exprime aussi par le soutien à la mutualisation entre communes ». En cela, 23 % des Français sont favorables à la fusion de communes pour disposer de moyens supplémentaires.

Dans un contexte où le gouvernement va encore ponctionner les collectivités dans le budget pour 2026, ils ont d’ailleurs bien compris que les rentrées d’argent étaient le nerf de la guerre. Pour une très large majorité d’entre eux (73 %), les services publics locaux manquent de moyens par rapport aux besoins de la population, ceux-ci jugeant au passage que l’État délègue trop de missions aux communes et intercommunalités qui ne relèvent pas de leurs compétences (69 %). 

« Se dessinent en creux à la fois une perception partagée des dysfonctionnements de l’État mais aussi un désir d’intervention renforcée de sa part, quelle que soit la zone géographique concernée », soulignent ainsi les auteurs de l’étude.

Taxe d’habitation : un retour envisagé

Sur la question financière, et « contrairement aux idées reçues, les Français ne rejettent pas massivement le principe d’une restauration d’une contribution fiscale ». 

Le retour de la taxe d’habitation – supprimée progressivement durant le mandat d’Emmanuel Macron – est même souhaité par quatre Français sur dix. À la condition, toutefois, que cela « permett[e] l’amélioration des services publics locaux ». Même les partisans de la majorité présidentielle sont près de quatre sur dix à réclamer son rétablissement…

Autre « manifestation tangible de l’esprit de civisme et d’engagement citoyen », un Français sur deux serait prêt à participer à des missions d’intérêt général, dans le cadre d’un engagement bénévole pour la commune. Dans le domaine du soutien scolaire ou des opérations de nettoyage surtout. 

Enfin, près de huit Français sur dix sont demandeurs d'un développement des dispositifs de démocratie participative. « L’expression d’un sens civique est le signe d’un attachement concret au territoire et à la solidarité locale. Loin des clichés qui en sont véhiculés, les jeunes se déclarent prêts à s’investir, pour peu qu’on leur en offre le cadre, les conditions et les clés de compréhension », expliquent les auteurs de l’étude.

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