Les délais d'accès aux soins s'aggravent, alerte la Fédération hospitalière de France
Par Lucile Bonnin
Les résultats du dernier Baromètre de la Fédération hospitalière de France (FHF) sont préoccupants. La question de l’accès aux soins est devenue, à mesure que les déserts médicaux se sont installés en France, la préoccupation majeure des citoyens (lire Maire info du 24 novembre). En 2026, la crise de l’accès aux soins s’est amplifiée, selon les résultats dévoilés cette semaine.
Le renoncement aux soins progresse dangereusement
« Depuis 2019 », la FHF observe une nette dégradation de l’accès aux soins et, in fine, « un renoncement aux soins qui progresse ». « Aujourd’hui, près des trois quarts des Français – 73 % – déclarent avoir déjà renoncé à au moins un acte de soin au cours des cinq dernières années, contre 63 % en 2024. Cette hausse de 10 points représente près de 7 millions de personnes supplémentaires. »
Ces renoncements sont la conséquence de plusieurs autres maux : des délais trop longs notamment pour la consultation chez un spécialiste, des coûts trop élevés (médicaments, dépassements d’honoraires) et la distance pour aller consulter.
59 % des Français ont renoncé à consulter un médecin pour des raisons liées aux délais d’obtention de rendez-vous, 40 % d'entre eux pour des raisons de budget et 38 % à cause de la distance.
Pour ce qui est des délais, la FHF précise que « le temps d’attente déclaré pour obtenir un rendez-vous continue d’augmenter de façon alarmante ». En effet, « par rapport à 2019, il faut attendre 3 fois plus longtemps pour consulter un médecin généraliste et 2 fois plus longtemps pour un ORL, un cardiologue et un dermatologue ». Le temps d’attente moyen pour un rendez-vous chez un médecin généraliste est estimé à 12 jours et peut aller jusqu’à deux mois pour un gynécologue, trois mois et deux jours pour un cardiologue et pas moins de quatre mois et deux semaines pour un dermatologue…
Accès aux soins : un enjeu territorial majeur
Le Baromètre met « en évidence une situation tendue sur l’ensemble du territoire mais également des fractures territoriales importantes sur certaines spécialités ». Ainsi, « les inégalités d’accès aux différents professionnels de santé sont réelles » et « seule la région Ile-de-France se distingue positivement, même si là aussi, les délais d’accès déclarés à un cardiologue ou à un dermatologue sont de plus de 8 semaines ».
Les régions Centre-Val de Loire et Grand-Est cumulent trois délais parmi ceux les plus élevés. En Centre-Val de Loire il faut attendre en moyenne 23 semaines pour consulter un dermatologue, 18 semaines pour un cardiologue et 12 pour un psychiatre. Le Grand-Est cumule des scores d’attente plus haut que la moyenne pour trois spécialistes : ophtalmologistes (15 semaines), gynécologues (11 semaines) et psychiatres (15 semaines). Un record est aussi souligné en Normandie avec un délais d’attente de 24 semaines pour consulter un dermatologue.
D’autres chiffres territoriaux sont préoccupants comme un temps d’attente moyen affiché à six semaines pour la consultation d’un pédiatre en Bourgogne-Franche-Comté ou une attente de 13 semaines en moyenne en Auvergne-Rhône-Alpes pour consulter un ORL.
Effet domino sur l’hôpital public
« Cette situation dégradée accroît par ailleurs les tensions du système de santé. Car lorsque les patients ne trouvent pas de solution ailleurs, ils se tournent naturellement vers l’hôpital public », indiquent les auteurs du baromètre.
Aujourd’hui, 49 % des Français se sont déjà rendus dans un service d’urgence pour des raisons qui ne relevaient pas d'une urgence médicale. Ce sont avant tout les moins de 35 ans qui sont 57 % à s’être déjà trouvés dans cette situation.
Les citoyens se rendent aux urgences souvent par méconnaissance des alternatives ou par manque d’accès à la médecine de ville. 29 % des Français qui se sont rendus aux urgences déclarent ne pas savoir à qui s’adresser en dehors du service d’urgence de l’hôpital et 27 % déclarent qu’il était impossible d’obtenir un rendez-vous chez un médecin généraliste ou spécialiste de ville dans un délai acceptable dans leur zone.
« Les difficultés que rencontrent les services d’urgences publiques ces dernières années sont donc, en large partie, la résultante de la dégradation de l’accès aux soins en dehors des murs de l’hôpital », avance la FHF. Elle alerte enfin sur la fragilisation de l’hôpital public, indiquant que le déficit cumulé « s’établit encore, en 2025, à un niveau difficilement soutenable de 2,7 milliards d’euros (contre 2,9 milliards en 2024) » et que « la situation devrait se dégrader de nouveau au vu de la conjoncture actuelle ».
Consulter le Baromètre 2026.
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