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Édition du lundi 11 mai 2026
Santé publique

Hantavirus : le gouvernement prend des mesures strictes mais se veut rassurant

L'une des passagères du navire MV Hondius rapatriée en France hier a été dépistée positive à l'hantavirus Andes. Le gouvernement a publié, hier, un décret prescrivant des mesures très strictes afin de « briser la chaîne de transmission du virus ». 

Par Franck Lemarc

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© Institut Pasteur

Le gouvernement français, tout comme l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le répète depuis plusieurs jours : la situation liée à la diffusion d’un virus potentiellement mortel sur un navire de croisière n’a rien à voir avec l’épidémie de covid-19 survenue en 2020. Néanmoins, le gouvernement joue à plein le principe de précaution et a prononcé par voie réglementaire des mesures d’isolement très strictes pour les patients atteints et les cas contact.

Qu’est-ce qu’un hantavirus ?

La famille des « hantavirus »  a été identifiée pour la première fois en Corée, dans les années 1950, au bord du fleuve Hantaan qui lui a donné son nom. Dans la plupart des cas, ce virus est transmis à l’homme par des rongeurs (rats ou souris). Il n’existe qu’une seule souche qui se transmet directement entre humains : c’est la souche Andes, présente en Amérique du sud, notamment en Argentine. Il est maintenant établi que le virus apparu sur le navire de croisière MV Hondius, parti du sud de l’Argentine, appartient hélas à cette souche. 

S’ils sont assez rares, les hantavirus sont bien connus des autorités sanitaires et des cas apparaissent régulièrement y compris en France. En 2021 par exemple, sept cas ont été détectés dans le Jura – touchant des personnes ayant été en contact avec des rongeurs infectés en forêt. En règle générale, ces infections ne présentent pas de danger épidémique, puisque le virus ne se transmet pas d’un humain à l’autre… sauf dans le cas de la souche des Andes. 

Ce type de virus peut avoir deux conséquences graves : une fièvre hémorragique rénale, qui peut être mortelle dans 15 % des cas ; ou une infection pulmonaire sévère, pour laquelle le taux de létalité peut atteindre 60 %. 

Comme l’indique l’Inserm sur une page dédiée à ces virus https://anrs.fr/recherche/maladies-pathogenes/hantavirus/, il n’existe « aucun traitement spécifique ni vaccin »  contre les hantavirus.

Passagers et cas contacts

C’est le 3 mai que l’OMS a alerté sur une possible infection à hantavirus sur un navire de croisière reliant Ushuaïa (Argentine) au Cap-Vert, avec environ 150 passagers de 20 nationalités différentes à bord. Trois jours plus tard, il a été confirmé que le virus présent sur le navire était de type Andes, donc transmissible d’humain à humain. Plusieurs États ont refusé d’accueillir le bâtiment, jusqu’à ce que l’Espagne donne son feu vert pour permettre l’évacuation des passagers via une ile des Canaries, avec des mesures de sécurité très strictes. Les ressortissants des différents pays ont ensuite été évacués, depuis hier, vers leur pays d’origine, en avion sanitaire. 

Parmi les passagers, 5 Français étaient présents et ont été rapatriés hier. Tous semblaient en bonne santé au moment du départ, mais une d’entre elles a développé des symptômes durant le voyage en avion. Son état s’est « dégradé »  la nuit dernière et elle a été testée positive au virus. 

La première urgence a donc été d’isoler ces cinq voyageurs, considérés comme « à haut risque », comme le font du reste tous les pays dont des ressortissants se trouvaient à bord du navire. La deuxième est d’identifier des cas contact : il s’agit notamment de personnes s’étant trouvé dans le même avion que des passagers du navire. Les autorités sanitaires considèrent donc comme cas contact toutes les personnes présentes sur « le vol n° 4Z132 du 25 avril 2026 reliant le territoire britannique de Sainte-Hélène à Johannesburg (Afrique du Sud) »  et « le vol n° KL592 du 25 avril 2026 reliant Johannesburg à Amsterdam (Pays-Bas) ».  Selon le gouvernement, 22 Français sont dans ce cas et doivent donc être surveillés. 

Un arrêté et un décret

Dès le samedi 9 mai, le gouvernement a pris un premier arrêté pour prescrire « des mesures d’urgence nécessaires à la gestion du risque d’infection à hantavirus Andes ».  Cet arrêté dispose que les passagers rapatriés du MV Hondius devaient subir « une évaluation médicale et épidémiologique »  et être placées en quarantaine dans un établissement de santé. À l’issue de cette évaluation, le préfet « territorialement compétent »  peut décider de prolonger la quarantaine de 14 à 42 jours, « soit au domicile de la personne soit dans un lieu d’hébergement dédié ». 

Dès le lendemain, soit dimanche 10 mai, le gouvernement a pris un second texte, un décret cette fois, pour permettre la mise en quarantaine, si nécessaire, de toutes « les personnes ayant été en contact avec un passager du navire MV Hondius ou avec toute personne ayant été infectée ou présentant un risque sérieux d'infection par l'hantavirus de souche Andes ». 

Le décret impose également à toute personne ayant emprunté l’un des deux vols mentionnés plus haut de « se signaler sans délai »  et d’observer « une mesure de quarantaine à domicile »  en attendant de voir leur état de santé évalué. 

Mesures « très strictes » 

Ces mesures vont être encore durcies du fait de la confirmation de l’infection d’une passagère par le virus, ce matin. Les quatre autres passagers, qui ne devaient rester à l’hôpital parisien Bichat que 72 heures, y resteront finalement « au moins 15 jours », a indiqué ce matin la ministre de la Santé, Stéphanie Rist. 

L’une des difficultés qui va se poser est que la période d’incubation de ce virus peut atteindre 6 semaines, ce qui va obliger les cas contacts à des périodes d’isolement très longues avant d’être officiellement déclarées indemnes. 

SI la situation semble pour l’instant sous contrôle, le gouvernement assume prendre des mesures « très strictes »  afin de « briser les chaînes de transmission », dans la mesure où la létalité de ce virus est extrêmement élevée – comparable, explique un infectiologue ce matin dans les médias, à celle du virus Ebola. Pour mémoire, le taux de létalité du covid-19 était compris, selon les classes d’âge, entre 0,1 % et 0,5 %. On parle ici, avec l’hantavirus Andes, d’un taux de létalité compris entre « 40 et 60 % ». On comprend, dans ces conditions, que les gouvernements prennent au plus vite des mesures particulièrement strictes pour isoler malades et cas contacts et ne pas laisser le virus s’échapper. De l’Australie à l’Espagne en passant par les États-Unis, tous les États concernés annoncent ce matin des mesures similaires d’isolement pour plusieurs semaines des passagers du navire, qu’ils présentent des symptômes ou pas. 

En France, la ministre Stéphanie Rist a assuré ce matin – encore un écho de la situation connue en 2020 – que le pays dispose de réserves suffisantes de masques, de tests et « de médicaments d’usage symptomatique ». Une nouvelle réunion pour faire un « point de situation »  aura lieu cet après-midi à Matignon autour du Premier ministre.

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