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Édition du jeudi 23 avril 2026
Santé publique

Tri des déchets ménagers : les salariés exposés à des risques sanitaires importants, selon l'Anses

L'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) publie un nouvel avis dans lequel elle alerte sur les dangers sanitaires auxquels sont exposés les personnels des centres de tri des déchets ménagers. Exposition à des micro-organismes ou substances toxiques et conditions de travail difficiles : l'Anses formule des propositions pour améliorer la prévention.

Par Lucile Bonnin

Les conclusions du rapport de l’Anses publié hier sont préoccupantes pour les personnels des centres de tri des déchets ménagers. Ces derniers sont exposés quotidiennement à des risques biologiques, chimiques ou physiques dans les centres de tri, où les déchets sont manipulés manuellement ou mécaniquement.

L’enjeu est important, notamment pour les collectivités qui veillent à la fois à la santé et à la sécurité des agents et à la qualité du service public des déchets. D’autant que l’Anses précise que « les déchets destinés au tri, recyclage, compostage et méthanisation devraient significativement augmenter et le nombre et/ou les capacités des installations territoriales (déchetteries) et industrielles correspondantes devraient croître ». 

Risques biologiques et conditions de travail difficiles 

Dans cette étude, qui s’intéresse particulièrement à l’étape de tri sélectif, les chercheurs constatent que cette activité expose les agents à plusieurs types de risques, dont les risques biologiques sont les plus importants. Ces expositions proviennent de micro-organismes (bactéries, virus, champignons) présents dans les déchets, notamment lorsqu’ils sont organiques ou souillés. Elles se produisent surtout par inhalation de bioaérosols ou par contact, et peuvent entraîner des troubles respiratoires, ORL ou des symptômes de type grippal, même si certains effets restent encore mal identifiés comme le précise l’Anses. 

Ces résidus biologiques dangereux sont présents car « les contenants alimentaires apportent des résidus de nourriture qui permettent, particulièrement en conditions chaudes et humides, la prolifération de micro-organismes ». « Ceci est d’autant plus le cas que les déchets ne sont pas toujours traités rapidement, insistent les acteurs, ils sont d’abord stockés dans les poubelles des particuliers, puis à nouveau lorsqu’ils arrivent dans les centres de tri. »   

L’Anses insiste également sur le fait que l’exposition aux risques biologiques « pourrait augmenter avec le dérèglement climatique et la hausse des températures qui favorise le développement des micro-organismes »  et que par ailleurs les agents des centres de tri sont « plus exposés que la population générale aux maladies transmissibles par les rats, attirés par les centres de tri. » 

D’autres risques ont été identifiés par les chercheurs d’ordre chimique : la présence de produits ménagers, solvants ou substances issues de la dégradation des déchets peut en effet entraîner des irritations ou des expositions directes à des substances potentiellement toxiques. L’Anses observe également que des explosions et des départs de feu surviennent également régulièrement dans les centres de tri « à cause de batteries au lithium, de bonbonnes d’aérosols ou de cartouches de protoxyde d’azote », un sujet que les maires ne connaissent que trop bien. 

Enfin, les auteurs du rapport décrivent des « conditions de travail contraignantes »  dans des centres de tri avec des contraintes de rythme très fortes. L’Anses observe aussi que « la mécanisation du tri induit un besoin croissant de polyvalence de la part des travailleurs »  qui peuvent ainsi « être amenés à réaliser des activités de maintenance et de nettoyage des machines, ce qui s’accompagne de risques nouveaux et spécifiques. » 

Plus largement, la manutention, les gestes répétitifs, les conditions de travail difficiles (bruit, climat, horaires), ainsi que les risques d’accidents (coupures, piqûres) sont des facteurs qui peuvent avoir des conséquences sur la santé des travailleurs dans les centres de tri, même s’il est difficile d’obtenir aujourd’hui des données sur la santé de ces travailleurs en France. 

Des pistes pour les collectivités 

« Chacun d’entre nous peut contribuer à protéger leur santé » , insiste l’Anses qui interpelle les collectivités qui sont en première ligne dans la gestion des déchets qui est un enjeu de santé publique locale.

L’Anses recommande d’abord de « limiter le temps de stockage des déchets et de traiter en priorité ceux arrivés en premier »  et rappelle « aux collectivités en charge de la collecte des ordures que la diminution de la fréquence des collectes augmente le risque de développement des micro-organismes, particulièrement en été ». 

Les auteurs du rapport insistent aussi sur le volet communication et sensibilisation : « Un meilleur tri à la source c’est aussi moins de risques pour les travailleurs », résument les auteurs. L’Anses recommande ainsi au ministère en charge de l’Environnement, à l’Ademe, aux syndicats de traitement des déchets et aux collectivités territoriales d’organiser des campagnes de communication et de sensibilisation régulières à l’attention de la population sur de bons gestes à adopter comme « vider les emballages (sans les rincer) afin de limiter la présence de matière biodégradable » . Il est aussi primordial de rappeler régulièrement « que les poubelles de tri sélectif ne sont pas destinées à recevoir n’importe quelle catégorie de déchets »  et de « faciliter l’accès aux informations sur les types de déchets acceptés dans les différentes poubelles. » 

Le rapport de l’Anses indique enfin que les collectivités disposent d’un levier important via la commande publique pour mieux prévenir les risques sanitaires. L’agence recommande notamment d’intégrer des exigences sanitaires dans les marchés publics en formalisant des obligations comme la mise à disposition d’équipements de protection individuelle adaptés ou la mise en place de formation pour les agents. Le but à terme est de mieux encadrer les pratiques dans un contexte où les niveaux de prévention apparaissent hétérogènes et où les connaissances en matière de risques restent encore incomplètes.

Consulter le rapport. 

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