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Édition du mardi 7 avril 2026
Santé publique

Toujours plus de médecins mais pas moins d'inégalités d'accès aux soins

C'est l'un des enseignements de l'édition 2026 de l'Atlas de la démographie médicale publié par le Conseil national de l'Ordre des médecins 2026 : malgré les bons indicateurs sur le nombre de médecins en activité, les inégalités territoriales persistent, voire s'aggravent selon les spécialités.

Par Emmanuelle Stroesser

« La baisse du nombre de médecins en activité est désormais derrière nous », se réjouit le Conseil national de l’Ordre des médecins (Cnom) dans son état des lieux exhaustif de l’offre médicale en France, publié le 31 mars.

Avec 245 847 médecins en activité au 1er janvier 2026, tous modes d’exercice confondus, salariés et libéraux, la hausse est de 1,9 % par rapport à 2025. Les prévisions sont au beau fixe sur les dix prochaines années, avec une progression du nombre de médecins qui laisse entrevoir, « à l’horizon de 2040 », une hausse « de l’ordre de 40 % des médecins » . Cela se ressent sur l’âge moyen des médecins, qui passe « sous la barre des 50 ans » , le signe d’un « rajeunissement durable de la profession », une évolution très nette si l’on se réfère à 2010.  

Les tendances se confirment

De bon augure, mais cela ne suffit pas à voir l’avenir en rose. « La progression des formes d’activité non régulières, le recours croissant au cumul emploi-retraite et les transformations profondes des modes d’exercice invitent à une lecture plus fine et nuancée des chiffres, indispensable pour éviter toute interprétation hâtive » , met ainsi en garde le docteur Jean-Marcel Mourgues en introduction du premier tome de cet Atlas. 

Plusieurs tendances se confirment. La part de médecins salariés continue de progresser au point de devenir le « premier mode d’exercice des médecins en activité »  (47 % des effectifs, contre 41,6% des médecins en exercice libéral exclusif et 11,4% en activité mixte). Seuls les généralistes continuent d’être plus largement libéraux que salariés. 

La féminisation de la profession s’accentue dans les jeunes générations de médecins, les femmes médecins sont désormais plus nombreuses que leurs collègues masculins. Les médecins à diplômes étrangers (14,2 % des praticiens) jouent quant à eux « un rôle croissant dans l’équilibre démographique de certains territoires et spécialités ». 

Enfin, si la proportion des spécialistes (45,8 % des médecins en activité) et chirurgiens (12,3%) augmente, celles des généralistes diminue. Ces derniers représentent moins d’un médecin en activité sur deux au 1er janvier 2026 (41,8 %). 

La géographie des inégalités s’installe

En conséquence, et malgré le nombre élevé de médecins inscrits au tableau de l’Ordre, les inégalités territoriales, elles, persistent. Ce constat est net s’agissant de la médecine générale, « et plus encore »  concernant l’accès aux spécialistes médicaux et chirurgicaux.

Les différentes données de l’Atlas démontrent que la « densité médicale »  (1) est « fracturée »  suivant les régions : avec une variation de un à deux points entre les régions les mieux dotées en médecins en activité (Provence-Alpes-Côte-d’Azur, La Réunion et l’Île-de-France, entre 432 et 396 médecins en activité pour 100 000 habitants) et celles les moins bien dotées (Centre-Val-de-Loire, Guyane et Hauts-de-France, entre 266 et 313 médecins pour 100 000 habitants). 

Si l’on prend en compte le type d’activité, ce classement bouge. Ainsi, l’Île-de-France reste l’une des régions les mieux dotées en spécialistes et chirurgiens, « mais compte parmi les plus faibles densités chez les généralistes », tandis que la Bretagne se distingue avec la plus forte densité de généralistes à l’échelle métropolitaine. 

Ces densités varient encore lorsque le prisme est celui des départements. « Les départements situés au centre de la métropole et autour du Bassin parisien sont les moins dotés. Parmi eux, l’Ain (175,2), l’Eure (176,3) et la Mayenne (192,5). À l’inverse, les départements abritant les grandes villes de France, ainsi que ceux situés sur les littoraux ou aux frontières présentent les densités les plus fortes à l’instar de Paris (917,8), les Hautes-Alpes (561,8) et les Alpes-Maritimes (483,5) ».

Lorsque la donnée combine département et activité, il ressort que la densité des généralistes baisse dans 70 départements (et le plus fortement en Eure-et-Loir, en Essonne ou dans les Yvelines), tandis qu’une vingtaine d’autres en gagnent (particulièrement dans les Hautes-Alpes, le Morbihan et la Savoie).

Le rajeunissement ne touche pas de la même façon les départements. C’est même la double peine pour certains. Ainsi, « les départements comptant les plus fortes proportions de jeunes médecins en activité, de moins de 40 ans, sont les Hautes-Alpes, le Finistère et le Maine-et-Loire. Les départements présentant les proportions de médecins en activité les plus âgés, de 60 ans et plus, sont le Lot, la Lozère et l’Yonne ». 

Une autre donnée est intéressante « pour appréhender l’offre de soins et les inégalités qui en découlent » : celle des densités rapportées uniquement à la population des 65 ans et plus, autrement dit « celle qui est la plus consommatrice de soins ».  Là encore les départements parmi les plus « vieux »  sont loin d'être les mieux dotés. 

Débats à ouvrir

En conclusion, le Cnom estime que « les bassins de vie les plus fragiles sur la période 2016-2023 – cumulant faibles densités médicales et dégradation de l’accessibilité aux soins – apparaissent particulièrement exposés à un risque d’aggravation de ces déséquilibres dans les années à venir ». Autre conclusion, « les territoires déjà attractifs concentrent les installations, les formes d’exercice les plus recherchées et les coopérations professionnelles, tandis que les territoires fragiles cumulent faible attractivité, dégradation de l’accessibilité et vieillissement de leur population médicale ». 

La question des inégalités d’accès aux soins reste donc préoccupante. Le Cnom promet d’y répondre au travers d’un Livre blanc, annoncé pour octobre, dans la perspective des débats nécessaires sur ce sujet lors des prochaines élections (législatives et présidentielle). 

(1) Au 1er janvier 2026, la densité médicale en France est de 362,8 médecins en activité pour 100 000 habitants.

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