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Édition du mardi 28 avril 2026
Sécurité

Stratégie nationale de prévention de la délinquance 2026-2030 : beaucoup d'attentes envers les maires mais des moyens incertains

La nouvelle stratégie nationale de prévention de la délinquance pour la période 2026-2030 a été publiée par le ministère de l'Intérieur. Si une cinquantaine de mesures – dont beaucoup concernent les maires – y est présentée, les moyens financiers associés à cette stratégie sont en baisse.

Par Lucile Bonnin

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« Cette stratégie est le fruit d’une vaste consultation initiée en 2024 avec les maires, les préfets et tous les acteurs de la prévention » , a expliqué Marie-Pierre Vedrenne, ministre déléguée en charge de la Citoyenneté, dans une interview accordée à La Gazette des communes. « Un diagnostic précis de la criminalité dans nos territoires a été dressé avant de faire des propositions d’actions. » 

Cette nouvelle stratégie, qui était attendue depuis deux ans, prend en compte deux mutations liées à la délinquance : la progression des violences dans la société – qu’elles soient physiques, sexuelles ou liées aux trafics de stupéfiants – et surtout l’implication grandissante des mineurs dans des faits de délinquance et la nécessité de les protéger face aux violences ; les mineurs représentant aujourd’hui « la majorité des victimes de violences sexuelles (58 %) ». 

Les cinquante mesures qui composent cette nouvelle stratégie sont organisées en trois axes :  mieux adapter la réponse aux nouvelles formes de délinquance ; garantir un continuum de prévention de l'enfance à l'âge adulte et mieux coordonner et mieux outiller la politique de prévention. Les maires jouent un rôle de premier plan dans l’application de ces dispositions. 

Organiser, coordonner et agir : les maires au cœur de la stratégie 

Dans le document publié par le ministère de l’Intérieur qui résume en une soixantaine de pages le cadre de la nouvelle stratégie, les « maires »  sont cités une trentaine de fois – preuve de l’importance de leur implication, et ce dans les trois axes portés par la stratégie. 

Le gouvernement prévoit dans un premier temps, concernant la coordination et le pilotage local, que les maires puissent « s’appuyer sur des dispositifs comme les CLSPD/CISPD »  (conseils locaux/intercommunaux de sécurité et de prévention) tout en leur laissant une souplesse d’adaptation aux réalités locales. Le gouvernement estime que ces structures sont « des instances de travail privilégiées pour assurer en proximité le suivi individualisé des mineurs en risque de rupture de parcours ». 

Pour un meilleur suivi des jeunes et des familles, la stratégie encourage la mobilisation d’une autre instance pilotée par les maires : les conseils des droits et devoirs des familles (CDDF). Le gouvernement entend « mieux outiller les maires dans la création et l’animation d’un CDDF »  et « favoriser la mise en place du CDDF selon les formats territoriaux pertinents, en expertisant et expérimentant un format intercommunal ». « Le CDDF permet ainsi d’agir en direction des familles mais également des jeunes (en situation de décrochage scolaire, de violences en milieu scolaire, ou au domicile, d’addictions, de difficultés des parents dans l’exercice de leurs rôles de parents par exemple) et d’apporter une réponse partenariale, individualisée et coordonnée. »  La stratégie encourage également le renforcement du dialogue avec les parents via des actions locales en lien avec les établissements scolaires. 

Concernant la sécurité et la tranquillité publiques, les élus sont invités à déployer ou renforcer la police municipale ainsi qu’à développer la vidéoprotection dans le respect du cadre légal. Les maires sont plus largement invités à mettre en place des dispositifs de médiation sociale dans l’espace public ou à construire des actions mobilisatrices à destination des jeunes pour prévenir notamment les violences collectives. 

La stratégie encourage le renforcement de la justice de proximité pour la « petite délinquance ». « Plusieurs initiatives locales déployées dans le cadre de la justice de proximité montrent que le développement et l’approfondissement des relations partenariales entre les parquets et les maires sont efficaces pour lutter contre la délinquance de proximité », peut-on lire dans la stratégie qui entend « favoriser l’appropriation des mesures de rappel à l’ordre par les maires en proposant des temps de présentation et sensibilisation à l’échelle intercommunale avec l’appui des délégués du procureur ». 

Enfin, en termes de politique de prévention, il a été annoncé que les maires et les élus allaient être accompagnés dans la mission de prévention de la délinquance, ce qui passera notamment par la réalisation localement de « diagnostics de gouvernance, dans le cadre du Conseils départementaux de prévention de la délinquance (CDPD) par exemple, pour évoquer les pistes d’amélioration du fonctionnement des enceintes locales ». La stratégie prévoit aussi de « rapprocher les gouvernances de la politique de la ville et de la politique de prévention de la délinquance, dont le pilotage est parfois éloigné. » 

La stratégie prend en compte des phénomènes de délinquances émergents comme la cyber-délinquance qui touche fortement les collectivités, l’usage de nouvelles drogues comme le protoxyde d’azote ou la montée de violences poussées par de nouvelles idéologies comme le masculinisme par exemple.

Des ambitions sans moyens 

Si les mesures sont nombreuses et les ambitions élevées, il reste que le document de présentation de la stratégie contourne la question des financements alloués à cette dernière. Un point qui n’a pas échappé aux associations d’élus. 

Dans un communiqué de presse diffusé hier, France urbaine « prend acte de la volonté (…) de mieux coordonner l’action publique »  mais exprime de « fortes inquiétudes » « quant aux moyens financiers associés à cette stratégie ». »  Les élus des grandes villes alertent sur le recul préoccupant du fonds interministériel de prévention de la délinquance (FIPD), dont les crédits sont annoncés par la ministre déléguée à « 46 millions d’euros en 2026, contre 52,7 millions en 2025 et 62,4 millions en 2024, soit 25 % de réduction des crédits », peut-on lire dans le communiqué. Pour France urbaine, « cette baisse fragilise les projets portés par les acteurs locaux ». Pour mémoire, ce fonds vise à soutenir les actions menées par les communes et intercommunalités, en ciblant prioritairement celles qui répondent à trois critères : des problèmes de délinquance importants, des moyens financiers « faibles »  et une « volonté »  des élus de résoudre ces problèmes « exprimés à travers la création d’un conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance ». 

C’est aussi dans un contexte budgétaire très tendu pour les collectivités que cette stratégie confie aux maires des missions diverses sans en assurer les moyens financiers ni les ressources humaines. Avec le risque, comme le souligne l'AMF depuis des mois, d'un transfert de compétence à bas bruit des missions régaliennes de l'État vers les collectivités locales.

Selon France urbaine, pour assurer la mise en place de cette stratégie, cette dernière doit « bénéficier des moyens à la hauteur, inscrits dans la durée afin de soutenir les actions structurantes. »  Sans cela, difficile pour les élus d’agir à la fois sur le volet prévention sociale et sur le volet sécuritaire qui sont pourtant, comme le soutient le gouvernement, deux variables indispensables dans la lutte contre la délinquance.  

Consulter la stratégie nationale. 

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