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Édition du vendredi 29 mai 2026
Religions

En 2025, les actes antisémites se maintiennent à un niveau très élevé et les actes antimusulmans sont en forte hausse

Le ministère de l'Intérieur a publié ce matin son bilan national 2025 des actes antireligieux. Ils se maintiennent « à un niveau particulièrement élevé » et touchent les trois religions monothéistes que sont le christianisme, le judaïsme et l'islam.

Par Franck Lemarc

C’est une étude très complète qu’a publiée ce matin le ministère de l’Intérieur, issue du recensement effectué par la place Beauvau à partir des faits remontés par la police et la gendarmerie (plaintes et mains courantes). Ces actes antireligieux peuvent être des atteintes aux biens (inscriptions, dégradations, incendies, attentats…) qui peuvent toucher des lieux de culte ou des lieux fréquentés par telle ou telle communauté religieuse ; ou des atteintes aux personnes (propos ou gestes menaçants, tracts et courriers, violences physiques).

Le ministère précise que les tendances qu’il dévoile sont « sous-estimées », dans la mesure où de nombreux actes antireligieux ne font pas l’objet de signalement, par « inhibition, banalisation, résignation ou peur des représailles ». Il est probable que ce sont les actes antimusulmans qui sont le plus concernés par ce phénomène de sous-estimation, le contexte politique actuel n’encourageant pas forcément les victimes à se signaler, et le phénomène de « résignation »  étant probablement plus marqué dans cette population. 

Deux pics

L’étude du ministère remonte jusqu’à 2010 et permet de dégager de grandes tendances : les actes antireligieux, toutes religions confondues, ont plus que doublé de 2010 à aujourd’hui, avec deux pics notables : 2015 pour les actes antimusulmans, après les attentats ; et 2023 pour les actes antisémites, après le 7-Octobre et les bombardements sur Gaza qui ont suivi. La part des actes antisémites dans le total est en forte hausse depuis, avec une augmentation de plus de 200 % de ces actes en 2023 et 2025. 
Les actes antisémites représentent aujourd’hui la majorité des actes antireligieux signalés (53 % en 2025). Mais en 2025, cette part diminue, alors que le nombre d’actes antimusulmans repart fortement à la hausse (+ 88 % en un an). 

Atteintes aux biens et aux personnes

Il est à noter que les tendances diffèrent lorsque l’on parle d’atteinte aux biens et d’atteinte aux personnes. En matière d’atteinte aux biens, c’est très majoritairement la religion chrétienne qui est la plus visée : cette religion porte l’écrasante majorité des atteintes aux biens. Ceci peut s’expliquer par un biais statistique : l’étude considère les vols dans les lieux de culte comme un acte antireligieux, y compris « lorsque le motif crapuleux est établi ». Au regard du nombre d’églises en France, infiniment supérieur à celui des mosquées et des synagogues, cette répartition n’est pas surprenante du fait du grand nombre de vols se produisant dans les églises. 

Si l’on considère en revanche les atteintes aux personnes, ce sont en revanche les personnes de religion juive qui sont, de très loin, les plus fréquemment visées : en 2025, il y a près d’un millier de personnes victimes d’actes antisémites contre environ 200 pour les musulmans et une centaine pour les chrétiens. 

Antisémitisme en hausse chez les plus jeunes

Les actes antisémites, bien qu’en baisse en 2025, restent à « un niveau préoccupant », souligne le ministère, avec notamment 890 atteintes aux personnes et 430 atteintes aux biens. Les actes commis contre des synagogues (principalement inscriptions et dégradations) ont été au nombre de 83 en 2025. Pour ce qui concerne les atteintes aux personnes, ce sont les « propos et gestes menaçants »  qui sont les plus nombreux (576 faits recensés), mais 126 faits de violence physique se sont produits. 

Le ministère s’inquiète d’une hausse des actes antisémites chez les plus jeunes, notamment à l’école où 192 faits ont été signalés en 2025, témoignant « d’une généralisation des discours et des comportements violents, notamment depuis le 7 octobre 2023, banalisée par les réseaux sociaux ». 

Géographiquement, les actes antisémites se produisent le plus souvent en ville (seulement 13 % d’entre eux ont eu lieu en zone gendarmerie). La moitié des faits se sont produits en Île-de-France. 

Actes antichrétiens

L’année 2025 a été marquée « par une nouvelle hausse des actes antichrétiens », les catholiques étant beaucoup plus souvent victimes (817 faits) que les protestants (22 faits). Même si, comme on l’a dit, la très grande majorité des faits recensés (84 %) sont des atteintes aux biens, les atteintes aux personnes « ont connu une très forte augmentation »  (+ 70 % en 2025). Les actes de violence physique ont doublé en 2025 (23 faits recensés contre 11 l’année précédente), ainsi que les faits « relatifs à des perturbations d’offices religieux et de menaces envers les fidèles »  (54 faits). 

Ces faits sont majoritairement recensés en Nouvelle-Aquitaine, Île-de-France et Grand est, ce qui s’explique en partie par une série de vols crapuleux d’objets d’art dans les églises commis par des bandes locales. 

Actes antimusulmans

Enfin, les actes antimusulmans sont « en forte hausse »  en 2025, avec 326 faits recensés (+ 88 %) et une hausse de 151 % des atteintes aux personnes. Autre motif de sous-représentation : la frontière fragile entre actes racistes et actes anti-religieux : « Le nombre d’actes antimusulmans doit être mis en perspective avec les actes visant des populations qui sont susceptibles de revêtir une connotation raciste, explique le ministère. Les atteintes à l’encontre de populations supposément musulmanes, si elles sont dépourvues de mobile antireligieux, sont en effet répertoriées en tant que faits racistes et xénophobes. » 

Il est également noté dans l’enquête que la hausse statistique des actes antimusulmans peut s’expliquer, pour partie, par une meilleure remontée des faits, liée à la création, en 2024, de l’Addam (Association de défense contre les discriminations et les actes antimusulmans) qui a mis en place, en collaboration avec le Renseignement territorial, une plateforme de signalement. 

Il est à noter que les actes antimusulmans « sont majoritairement constitués d’atteintes aux personnes »  et sont concentrés, eux aussi, dans les territoires urbains, qui concentrent en général davantage de populations musulmanes. 

Leviers d’action

Le rapport se termine par un point sur les « leviers d’action »  dont disposent l’État et les collectivités dans ce domaine. En particulier, il est rappelé que le « programme K »   du FIPD (Fonds interministériel de prévention de la délinquance) a été, depuis le début de l’année, « disjoint »  de celui-ci et s’intitule désormais « programme de sécurisation des sites cultuels ». Il permet de financer l’installation de caméras, portes blindés ou dispositifs anti-intrusion dans les lieux de culte. Les collectivités locales, lorsqu’elles sont propriétaires d’un lieu de culte, peuvent y avoir recours. Ce programme disposait en 2025 d’un budget de 3,7 millions d’euros (c’est deux fois moins qu’en 2015). Il a bénéficié aux deux tiers, en 2025, aux lieux de cultes juifs. 

Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a commenté ce rapport en déclarant que « les actes antireligieux s’attaquent à la liberté de conscience et de libre exercice du culte.  Ils fragilisent la cohésion nationale. Ils mettent en danger l’équilibre même de notre société ». Son ministère est donc « pleinement et résolument engagé dans la lutte contre ces actes », via la mobilisation de tous ses services. C’est la Direction des libertés publiques et des affaires juridiques (DLPAJ) qui est chargée de coordonner les missions de l’État relatives à la lutte contre les actes antireligieux.

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