Ville et banlieue veut remettre la politique de la ville « sur le haut de la pile »
Par Emmanuelle Stroesser
Cette enquête a été menée à l’échelle nationale (1) pour dresser un constat des « pratiques et perspectives en matière de la politique de la ville » . De cette enquête, l’association Ville et Banlieue tire quatre enseignements clés, commentés mercredi 18 février par plusieurs représentants de l’association lors d’un point presse.
Les acquis et faiblesses des contrats de ville
Au coeur de cette politique, le contrat de ville, revu et modifié par la loi Lamy de 2014, est aujourd’hui un « modèle stabilisé ». La grande majorité des EPCI (auxquels la compétence a été transférée) ont une direction dédiée, tandis que les communes ont gardé un service avec du personnel. La coordination s’opère globalement bien mais les contraintes sont réelles, s’agissant des moyens humains.
Le contrat de ville répond également « partiellement ou en totalité aux attentes » . Il s’améliore globalement, sauf sur la participation des habitants, qui reste insuffisante, voire « un vœu pieu » , dans plus d’un contrat sur deux. Une critique pondérée par le maire d’Épinay-sous-Sénart Damien Allouch, qui souligne l’implication bénévole des habitants dans de multiples actions conduites dans les quartiers, comme les brigades de solidarité mises en place dans sa ville en faveur des plus âgés.
Près de six villes sur dix disent avoir monté des actions en dehors de dispositifs nationaux (quartiers d’été, adultes relais, cités éducatives), autrement dit la créativité est réelle, soutenue par une « volonté politique locale » et avec une priorité sur l’éducation et la jeunesse, comme la cohésion sociale.
Les partenariats avec les préfets sont plutôt bons, le regard est plus critique sur les conseils régionaux et départements, en retrait, tout comme les ARS et CAF jugées peu intéressées, à la différence des bailleurs, « impliqués » et « constructifs ». Catherine Arenou, maire de Chanteloup-les-Vignes, estime cependant qu'il y a des nuances, citant la réussite des cités éducatives (nées de l’initiative des villes) autour du trio État-ville-Éducation nationale : « Cette démarche a aidé à impliquer davantage les CAF, les départements (via collèges) autour d’un portage de projet en commun. Nous avons vu un avant et un après ».
Le problème du droit commun
Ces contrats sont en revanche toujours « sous tension de capacité ». Traduction : « La capacité d’entrainement réelle vers le droit commun » ne suit toujours pas. Plus des trois quarts des répondants à l’enquête le soulignent. Les élus et techniciens appellent à plus d’équité avant la mobilisation de dispositifs spécifiques.
« On le répète : la politique de la ville n’est efficace que si le droit commun est engagé dans le territoire ! » , insiste Gilles Leproust, président de l’association. « Changer d’échelle dans la mobilisation du droit commun » , cela reste donc le principal enjeu pour l’avenir. « Les quartiers ont des capacités à innover comme le souligne l’enquête » , reprend Gilles Leproust, citant l’exemple des classes orchestres sur sa commune d’Allonnes. « Mais on ne peut pas dire que le ministère de la Culture soit d’une efficacité diabolique pour nous aider à les inscrire dans la durée ! ».
« Le droit commun c’est un mot valise qui pose la question de la République dans les quartiers » , enchérit Damien Allouch : « On est un certain nombre à considérer qu’on doit effectivement inventer des dispositifs pour répondre à des besoins, mais le rôle d’un État fort est d’être présent de la même manière où que l’on se trouve dans le pays. Or les services publics sont moins présents dans nos quartiers, c’est un sujet commun avec les territoires ruraux ! »
Catherine Arenou se dit outrée que l’Éducation nationale vienne de lui demander de s’occuper de collégiens exclus cinq jours sous prétexte que la ville a un programme de réussite éducative. « Pourquoi pas ? Il y a de la place dans mon bureau ! », ajoute t-elle.
L’attente d’une orientation nationale forte
Les élus espèrent bien présenter ces résultats au ministre de la Ville et du Logement. En tous cas, « nous avons fait la demande d’un rendez-vous », glisse Gilles Leproust. Le dialogue ministériel s’est largement distendu depuis le dernier gouvernement Bayrou… reléguant aux oubliettes le suivi des « maigres » intentions affichées lors du comité interministériel des villes de juin 2025. Un comité de suivi national devait assurer le suivi trimestriel de ces mesures, de même que dans les départements. Se sont-ils tenus ? Cette question de Maire info.déclenche quelques rires étouffés chez les élus. « Non ! » répond Catherine Arenou. « La structuration politique n’existe pas autour des quartiers depuis de nombreuses années, c’est ce qui explique qu’il n’y a pas de continuité ! S’il y avait une vraie pensée et une doctrine, on ne se poserait pas de question sur la continuité, même si le ministre change tous les 15 jours », regrette Damien Allouch. Un autre message que les élus ont l’intention de transmettre au ministre, lorsqu'ils auront l’occasion de le croiser…
(1) Enquête réalisée du 19 novembre au 15 janvier 2026, par questionnaire en ligne. Avec 108 premières réponses, dont 88 % de communes (en majorité des petites), 30 % d’élus.
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