Édition du vendredi 26 juin 2020


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Fibre : les ambitions sur le très haut débit en 2022 revues à la baisse par les industriels

 

Cette fois, c’est clair ! L’objectif présidentiel de raccorder à la fibre 80 % des Français en 2022 est « inatteignable » sans un accompagnement financier de l’État et des collectivités, selon l’Observatoire du très haut débit 2020, dont les résultats ont été présentés hier par InfraNum, la Banque des territoires et l’Association des villes et collectivités pour les communications électroniques et l’audiovisuel (Avicca), qui a dévoilé, il y a quelques jours, un plan de résilience numérique.

1,5 million de lignes en suspens
Le retard accumulé pendant le confinement serait tel qu’il serait aujourd’hui inenvisageable d’équiper les foyers prévus à temps. D’après les estimations, 1,5 million de lignes - 1 million sur les 5,3 millions en 2020 et 500 000 en 2021 - ne pourront pas être déployées d’ici 2022. Autant de foyers qui resteront « dans le noir », selon l’expression d’Hervé Rasclard, délégué général d’InfraNum. 
Sous l’effet de la crise sanitaire, qui a passablement ralenti les travaux (30 % d’activité au plus bas fin avril, 80-85 % d’activité en juin), mais aussi « du parc client en augmentation » (référentiel de 42,4 millions de foyers en 2025), qui n’est toutefois selon l’Avicca « pas une surprise » (lire Maire info du 23 avril), l’objectif de 80 % serait donc ramené à 79 % fin 2022. A cette date, 7,6 millions de prises resteraient à déployer entre 2022 et 2025 pour couvrir toute la zone Rip (réseaux d’initiative publique), où les prises sont plus difficiles à construire qu’en zone privée (Amii).

De 80 % à 79 %
Un petit point qui pourrait vouloir dire beaucoup et sur lequel Julien Denormandie, ministre chargé du suivi de la couverture numérique, ne souhaite pas transiger. « L'objectif reste fixé. Il ne doit pas être décalé, en dépit des difficultés de 2020 et 2021 », a-t-il assuré, se disant dans le même temps, prêt à « soutenir les entreprises en difficulté » avec des « avances sur subvention ». 
Toujours est-il que le régulateur se montrera inflexible et « ne tolèrera pas de remise en cause du calendrier sans justification valable », a répété Sébastien Soriano, président de l’Arcep. Sur ce point, il a été invité par le sénateur de l’Ain et le président de l’Avicca, Patrick Chaize, à « sanctionner sans états d’âme » les opérateurs qui ne respecteraient pas les engagements de couverture fibre pris en « zones Amii et en zones Amel » (lire Maire info du 5 novembre 2019) et à aller vers le « 100 % Ftth, c’est-à-dire le même accès pour tous et sur tous les territoires. » Le « mix technologique », c’est-à-dire le satellite (Konnect par Eutelsat), le THD Radio (qui concerne au moins 16 départements en 2020) ou la 4G fixe, ne saurait, selon le parlementaire, être autre chose que des solutions provisoires. « Aucune alternative n’est envisageable, d’autant que certains départements ont déjà prouvé que c’est possible (Ain, Oise, Val-de-Marne) ».

3 millions de prises non financées pour 2025
Pour résoudre l’équation permettant d’atteindre le 100 % Ftth en 2025, objectif poursuivi par le gouvernement, InfraNum a sorti la calculatrice. Trois millions de prises, sur les 41,1 millions que la filière estime pourvoir déployer, restent aujourd’hui non financées en zone Rip (25 à 27 départements). Il en coûterait 5,3 milliards d’euros : 3 milliards proviendraient d’investissements privés et un investissement de 2,3 milliards d’euros, parmi lesquels 680 millions d’euros seraient assumés par l’État, est à prévoir par des fonds publics. Problème : le gouvernement n’a, pour l’instant, mis au pot commun « que » 280 millions d’euros (140 millions en 2020, auxquels s’ajoutent 140 millions d’euros d’ici 2025) par le biais du Fonds pour une société numérique (FSN), rouvert début 2020 (lire Maire info du 27 février). C’est donc 400 millions d’euros supplémentaires qui sont nécessaires « pour généraliser la fibre », a alerté le président d’InfraNum, Etienne Dugas. Cet appel au gouvernement sera-t-il entendu ? La réponse interviendra sans doute en septembre, au moment où le gouvernement présentera un plan de relance, qui comprendra un volet très haut débit. La Banque des territoires, « déjà fortement mobilisée sur le financement des réseaux Rip (60 %) », a d’ores et déjà annoncé, par la voix de son directeur de l’investissement Antoine Troesch, qu’elle prendrait sa part en apportant « le financement nécessaire pour aller à l'objectif du 100 % de THD ».

Ludovic Galtier

Télécharger l’Observatoire du très haut débit 2020.

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