Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux
Édition du mercredi 18 février 2026
Mobilité durable

Des élus de grandes villes prennent la plume pour valoriser l'autopartage

Dans une tribune parue dans Libération en fin de semaine dernière, 27 maires ou adjoints au maire exhortent leurs collègues, à la veille des municipales, à s'emparer du sujet « autopartage ». 

Par Franck Lemarc

Toulouse, Nantes, Strasbourg, Bordeaux, Grenoble, mais aussi Albi, Talence, Cahors, Meylan, Barberaz… Ce sont des élus de grandes villes, mais aussi de villes moyennes et de quelques petites villes qui ont co-signé une tribune parue le 15 février dans Libération, dans le but de vanter l’autopartage, « une solution de mobilité pratique, économique et durable ». 

Covoiturage et autopartage

La question se pose à tous les élus : quels sont les meilleurs choix à faire pour diminuer la part de l’utilisation de la voiture. Si le développement des transports collectifs et des aménagements cyclables sont, en général, les premières solutions auxquelles on pense, les élus signataires de la tribune invitent leurs collègues à ne pas oublier l’autopartage. 

Attention, même si les mots sont sémantiquement très proches, il ne faut pas confondre le co-voiturage et l’autopartage, deux notions tout à fait différentes. Le co-voiturage consiste à partager sa voiture pour transporter d’autres passagers sur un trajet, et ainsi éviter « l’autosolisme »  (soit le fait d’être tout seul dans une voiture de 5 places) et de réduire d’autant les émissions de gaz à effet de serre. L’autopartage, lui, est la mise à disposition des habitants d’un parc collectif de voitures utilisable à la demande : c’est l’équivalent, pour l’automobile, du vélo en libre-service (type Vélib). 

En résumé : le covoiturage permet à plusieurs personnes d’utiliser la même voiture sur un trajet, tandis que l’autopartage permet à plusieurs personnes d’utiliser une même voiture (qui ne leur appartient pas) sur des trajets différents.

Libérer de l’espace public

Les élus signataires de la tribune rappellent que la voiture est « le deuxième poste de dépense des Français derrière le logement », mais, paradoxalement, « reste stationnée près de 95 % du temps »  pour la plupart des ménages.

La question n’est donc pas de combattre à tout prix la voiture, qui reste « indispensable pour certains déplacements », mais d’en réguler l’usage, notamment pour les utilisateurs occasionnels. C’est ce que permet l’autopartage, qui consiste à « mettre à disposition des véhicules en libre-service, accessibles pour une durée flexible, d’une heure à plusieurs jours », avec une tarification à l’heure et un accès possible « 7 jours 7 et 24 h sur 24 ». Cette solution s’adresse, poursuivent les élus, à toute personne « n’ayant pas besoin d’une voiture chaque jour ». 

Le développement de l’autopartage permet de diminuer le nombre de voitures en circulation et de « rendre disponible de l’espace public, puisqu’une voiture partagée remplace de cinq à huit voitures particulières et libère des places de stationnement pour d’autres usages ou de la végétalisation ».

Cette solution favorise par ailleurs les déplacements multimodaux (par exemple en installant une station devant la gare), et « encourage donc les usagers à adopter une mobilité plus durable », car « pouvoir recourir ponctuellement à une voiture rassure les usagers ». 

Enfin, l’autopartage présente des avantages en matière de pouvoir d’achat : les élus rappellent qu’une voiture coûte « en moyenne 5 900 euros par an »  et que le prix moyen d’une voiture neuve est passé en 10 ans « de 24 000 à 36 000 euros ». 

Rendre l’autopartage « évident » 

Les élus qui signent cette tribune ont développé l’autopartage dans leur commune parfois de « plus de 20 ans », et l’affirment : « Ça marche. »  Le système est porté « par des structures qui visent avant tout la pérennité du service, (…) pour l’intérêt général ». Sous-entendu : le dispositif fonctionne à partir du moment où il n’est pas porté par une entreprise qui cherche à en tirer bénéfice. Une façon de répondre, entre les lignes, à l’épisode catastrophique en termes d’image de l’expérience « Autolib »  à Paris, dans les années 2010. Le contrat conclu avec le groupe Bolloré avait été résilié avec fracas par la Ville de Paris en 2018… et avait coûté fort cher à la capitale.

Les signataires de la tribune estiment que l’autopartage peut être mis en œuvre « sur tous les types de territoires », y compris les territoires « moins denses »  que les grandes agglomérations. Et ils rappellent que dans des pays voisins, comme l’Allemagne ou la Suisse, le système fonctionne très bien (il y a un service d’autopartage dans « toutes les villes de plus de 10 000 habitants »  en Suisse).

Pour que l’autopartage « devienne une évidence pour les Français », concluent-ils, il faut qu’il devienne « visible », c’est-à-dire que le nombre de stations se multiplie. Pour cela – et alors que le gouvernement a annoncé une « feuille de route »  pour le développement de l’autopartage au niveau national – les signataires invitent « les élus et candidats aux élections municipales à se saisir de ce service innovant de mobilité et à le prendre en compte dans leurs programmes pour accélérer son déploiement dès 2026 ». 

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