Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux
Édition du mercredi 4 février 2026
Logement

Mal-logement : face à une nouvelle « année noire », les candidats aux municipales interpellés

Plus d'un million de personnes ne disposent pas de logement personnel et plus de 12 millions sont fragilisées par la crise, selon la Fondation pour le logement des défavorisés qui a lancé un « appel solennel » aux futurs maires. Et cela dans un contexte de progression des expulsions locatives, de croissance ralentie du parc immobilier, mais aussi de surcoûts de la construction et de raréfaction du foncier.

Par A.W.

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« L’année 2025 a encore été une année noire pour le logement », un secteur « engagé dans une spirale inquiétante ». C’est ce que dénonce la Fondation pour le logement des défavorisés, dans son nouveau rapport annuel publié hier. 

Alors que la crise perdure, l’ancienne Fondation Abbé-Pierre constate que le mal-logement s'est encore aggravé en France l’an passé, avec plus d'un million de personnes ne disposant pas d'un logement personnel. Dans un contexte où « tous les indicateurs se dégradent »  et sont désormais passés « au rouge », l’organisation pointe une réponse politique « loin d'être à la hauteur ». 

Face à l'instabilité politique actuelle, cette dernière a décidé de mobiliser les candidats aux élections municipales, l’action locale étant selon elle « la plus à même d’apporter des réponses adaptées ». D’autant que, selon un sondage Odoxa récent, sept Français sur dix estiment désormais qu'il est difficile de se loger dans leur commune, ceux-ci demandant dorénavant « à leurs maires et futurs maires d’augmenter l’offre de logements sur leurs communes ».

350 000 personnes sans domicile

Selon les estimations du rapport, plus d’un million de personnes ne disposent pas de logement personnel. Parmi elles, 350 000 personnes n’ont pas de domicile (contre 143 000 en 2012) et sont hébergées de façon précaire en centre d’hébergement ou à l’hôtel. En parallèle, près de 600 000 personnes sont « hébergées chez des tiers de manière contrainte », un phénomène « invisible »  mis en avant dans ce rapport. 

La Fondation rappelle également que « le décompte des enfants à la rue réalisé à la fin du mois d’août dernier a révélé qu’ils étaient 2 159 à ne pas avoir obtenu de solution d’hébergement après un appel au 115, dont 503 de moins de trois ans et 171 bébés de moins d’un an. Soit une augmentation de 30 % depuis 2022 ».

Plus globalement, ce sont 4,2 millions de personnes qui sont sans logement ou mal-logées dans le pays, auxquels s'ajoutent 12,3 millions de personnes fragilisées par la crise du logement. Ce sont des locataires en impayé de loyer, des personnes en précarité énergétique ou encore des ménages à qui il manque une pièce ou un logement adapté à leur handicap.

À cela, on peut ajouter que le nombre de demandeurs de logement social n’a jamais été aussi élevé avec près de 2,9 millions de personnes en attente et que seule une demande sur dix formulée au cours de l’année obtient une réponse favorable, comme le relatait l’Agence nationale de contrôle du logement social (Ancols)  dans son dernier panaroma sur la question. Le parc d’hébergement généraliste ne serait, quant à lui, « pas à la hauteur »  puisqu’il « stagne à 203 000 places depuis quatre ans, malgré les besoins ».

« On n'avait jamais connu à la Fondation de telles tensions sur le front de la lutte contre le mal-logement et de la pauvreté », a assuré Christophe Robert, délégué général de l’organisation, face aux mauvais chiffres qui s'accumulent.

« Toutes les communes concernées » 

Or « les décisions et actions des derniers gouvernements, dans la droite ligne de leurs prédécesseurs, ont plutôt conduit à d’importants reculs en matière de production, d’accès au logement ou de soutien en direction des publics fragiles », déplore la présidente de la fondation, Marie-Hélène Le Nédic, dans la préface du rapport.

L’organisation a donc décidé de s’en remettre aux maires et aux candidats au poste alors que les élections municipales approchent. Un « moment-clé »  dans la lutte contre le mal-logement, selon celle-ci. Souhaitant « remettre la lutte contre les exclusions au cœur de l'action publique », Christophe Robert a ainsi lancé un « appel solennel aux candidats aux élections municipales, [mais aussi] aux responsables politiques, au gouvernement comme aux parlementaires ». 

« L’enjeu est de taille car, si toutes les communes ne sont pas touchées de la même manière par le mal-logement, toutes sont concernées », expliquent ainsi les auteurs du rapport. Si les zones tendues sont « évidemment en première ligne »  - avec « un développement du nombre de personnes sans domicile », « un surpeuplement particulièrement fort », « des taux d’effort accrus »  et « des files d’attente qui s’allongent pour accéder au logement social »  - , les zones peu tendues connaissent aussi leur lot de problèmes persistants au travers de la « désertification des centres-villes », la « dégradation d’un bâti ancien éloigné des services publics », mais aussi l’« inadaptation des logements au vieillissement »  ou encore l’« absence de marché locatif et de parc social », indique le rapport. 

Dans ce contexte, « l’action locale est la plus à même d’apporter des réponses adaptées », selon la Fondation. Et Marie-Hélène Le Nédic d’expliquer que « les communes qui ont été audacieuses sur le front du logement ont montré qu’une action volontariste porte ses fruits, que ce soit grâce à l’encadrement des loyers, ou en adoptant une politique de construction équilibrée et ambitieuse. C’est donc possible, autant que c’est nécessaire ».

Des pistes pour les élus locaux

Si la Fondation reconnaît que « les futurs élus de mars 2026 auront fort à faire dans un contexte dégradé, marqué par la pénurie de foncier, la hausse des coûts de l’énergie et la rigueur budgétaire »  ainsi qu’une « opinion publique locale qui voit parfois d’un mauvais œil les nouveaux projets de construction »  et reste « potentiellement hostile à l’accueil de personnes en difficulté », celle-ci propose « des pistes d’actions concrètes »  et « des idées pour accueillir dignement dans sa ville les plus exclus », dans un chapitre dédié aux élections municipales. 

Dans un rapport paru en novembre dernier et intitulé « Élus locaux : comment faire face aux surcoûts de la construction publique ? », des sénateurs rappelaient également que les collectivités doivent faire face, depuis 2020, à « des dépenses de construction qui progressent nettement plus vite que leurs recettes ». 

Jugée « préoccupante », cette situation explique « qu'au fil des années les collectivités territoriales ont vu leurs marges de manœuvre se réduire dans le domaine de la construction, sous le poids à la fois des règles contraignantes de la commande publique et de normes qui paraissent souvent disproportionnées », notait la Délégation sénatoriale aux collectivités territoriales et à la décentralisation.

Parmi leurs recommandations, les rapporteurs proposaient d’« évaluer systématiquement l’impact de toute norme de construction sur les finances locales », d’« alléger certaines normes de construction […] disproportionnées », mais aussi de « simplifier les outils de la commande publique »  ou encore de « dispenser les acheteurs publics de l’obligation de recourir à un architecte pour les constructions de faible importance » 

Reste un autre problème majeur sur lequel ont mis le doigt les sénateurs : « Les collectivités territoriales sont fortement mises à contribution »  et « sommées de contribuer à l'effort de redressement des finances publiques »  depuis plusieurs années. Et l’année 2026 n’y échappera pas avec une nouvelle ponction de 2 milliards d’euros décidée par le gouvernement, mais déjà évaluée à 5 milliards d’euros par l’AMF.

Plusieurs mesures ont, toutefois, été adoptées pour tenter de remédier à la crise du logement. Parmi elles, un nouveau dispositif fiscal va voir le jour afin d’inciter les Français à investir dans un logement pour le louer. En parallèle, la ponction (la RLS) imposée aux bailleurs sociaux a été réduite de 400 millions d’euros. En outre, le gouvernement a abandonné l'idée d'une « année blanche »  des prestations sociales et les aides personnalisées au logement (APL) en 2026 (en revanche, il a bien intégré au texte la suppression des APL pour les étudiants étrangers hors Union européenne non boursiers à partir de la prochaine rentrée). 

« Quand les indicateurs du mal-logement se dégradent tous, que la pauvreté et les inégalités atteignent des sommets, des mesures ponctuelles et marginales ne suffiront pas à résoudre la crise du logement », a cependant prévenu la Fondation pour le logement des défavorisés. 
 

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