Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux
Édition du lundi 16 février 2026
Transition écologique

Les collectivités ont tout intérêt à poursuivre la réduction de leurs dépenses « brunes », selon une étude

La réduction des investissement défavorables au climat pourrait dégager près de 3,6 milliards d'euros par an d'économies « directes » d'ici à 2035 pour les collectivités, selon une étude de l'I4CE. L'institut rappelle, toutefois, que cela ne sera pas suffisant pour atteindre les objectifs climatiques et s'inquiète d'un renversement de tendance en 2024.

Par A.W.

Alors que la loi de finances pour 2026 contraint toujours davantage les budgets des collectivités, la réduction de leurs investissements « non verts »  pourrait être l’un des leviers majeurs des nouveaux exécutifs locaux pour « dégager des économies et financer leurs investissements climat », explique l’Institut de l'économie pour le climat (I4CE), dans une nouvelle étude publiée vendredi.

Et si l’année en cours sera « décisive »  avec les élections municipales, il rappelle que « la transition ne se jouera pas seulement dans les investissements à réaliser, mais aussi dans ce que nous choisirons, collectivement, de ne plus financer ».

Des dépenses « brunes »  en baisse de 25 %

Première bonne nouvelle, les collectivités locales ont « déjà amorcé une dynamique de redirection des dépenses défavorables »  au climat puisque ces dernières – couramment appelées dépenses « brunes »  – ont baissé de 25 % en volume depuis 2014, pour atteindre les 5,6 milliards d’euros en 2024, la dernière année étudiée par l’I4CE. Si les auteurs de l’étude constatent ainsi un « infléchissement réel des choix d’investissement sur la période », ils remarquent aussi que « la hausse des prix a partiellement atténué cette baisse ».

Une diminution qui s’explique d’abord par une réduction des acquisitions de bus, cars et véhicules légers thermiques, les régions ayant notamment « quasiment réduit à zéro leurs investissements dans le matériel roulant TER fonctionnant au diesel ces dernières années ». En outre, les collectivités locales ont contenu « de manière significative »  l’augmentation de leurs dépenses énergétiques fossiles grâce à « des actions de réduction des consommations »  (et ce, malgré la hausse des prix). En revanche, certaines dépenses « brunes »  – comme l’acquisition de véhicules utilitaires thermiques ou la construction neuve artificialisante – restent toujours aussi « dynamiques ». Au total, sur la période, la réduction de la part des investissements bruns a ainsi « permis d’éviter environ 1,2 milliard d’euros par an d’investissement », selon l’I4CE.

Dans le même temps, les collectivités ont aussi augmenté leurs investissements en faveur du climat en les faisant progresser de 20 % en volume, à hauteur de près de 8 milliards d’euros en 2024. Les données ne permettent, toutefois, pas « d’affirmer une causalité directe et systématique entre elles » : « Si la hausse des investissements climat a parfois été directement financée grâce à la réduction de certaines dépenses défavorables, dans d’autres cas ces évolutions ont eu lieu de manière indépendante dans les processus décisionnels et budgétaires des collectivités », précisent les auteurs de l’étude.

Selon eux, quatre facteurs cumulés ont favorisé la dynamique de redirection, avec comme « moteur principal »  la recherche d’efficacité budgétaire « notamment dans le cadre de la crise énergétique ». Ont aussi joué un rôle important, la réglementation avec ses « obligations de verdissement »  et « les exigences environnementales des financeurs »  des collectivités (tels que l’État, les banques, mais aussi les collectivités entre elles). Enfin, « le volontarisme des élus et des services »  ont aussi joué « un rôle déterminant dans l’orientation des projets ».

Un rythme largement insuffisant

Si la tendance est bonne, les hypothèses de la stratégie nationale bas carbone (SNBC) prévoient que les collectivités devront « réduire de 74 % leurs investissements défavorables à l'horizon 2035 ». Ce qui permettrait de dégager en théorie « près de 3,6 milliards d’euros d’économies directes par an »  qui pourraient être redirigées vers des investissements favorables à la transition. « Le rythme de réduction estimé au cours des dix prochaines années est ainsi trois fois plus élevé que celui de la décennie passée », expliquent les auteurs de l’étude, ceux-ci assurant qu’un « changement d’échelle »  est désormais « nécessaire ». Si ce n’est « une rupture pour certaines dépenses ».

« La rupture la plus marquée concerne les investissements dans les véhicules utilitaires thermiques [qui] devraient quasiment disparaître des budgets des collectivités à horizon 2035 […], alors qu’ils ont légèrement augmenté ces dix dernières années », souligne l’I4CE. De la même manière, les investissements dans les chaudières fossiles devraient « réduire de près de 50 % »  (alors qu’ils ont été stables ces dix dernières années) et ceux dans la construction neuve artificialisante « baisser de près de 80 % »  (alors qu’ils ont tendance à augmenter ces dix dernières années). 

Des évolutions qui impliqueront rapidement un « accès à des alternatives décarbonées compétitives financièrement et techniquement », mais aussi « un changement profond et soudain dans les pratiques d’aménagement du territoire ». 

Toutefois, ce rythme reste encore insuffisant et en deçà des besoins puisque les collectivités vont devoir doubler leurs investissements climatiques d’ici 2030 pour répondre aux objectifs de neutralité carbone. Ce qui représente quelque 19 milliards d’euros par an... à un moment où, rappelons-le, l'État ne cesse d'exiger des collectivités qu'elles dépensent moins. 

Un renversement de tendance en 2024 ? 

Seulement, les derniers résultats de l’année 2024 inquiètent les auteurs de l’étude qui s’interrogent sur un possible « renversement de tendance »  en cours. Cette année-là, les dépenses d’investissement « brunes »  des collectivités ont augmenté de 3 % tandis que ceux consacrés au climat laissent apparaître « une stagnation voire une diminution dans certains secteurs ». Une première depuis dix ans.

Et la situation ne devrait pas s’arranger puisque l’enveloppe du Fonds vert n’a cessé de se réduire depuis, au profit du redressement des comptes publics. Destiné aux projets des collectivités, son budget est ainsi passé de 2,5 milliards d’euros en 2024 à 1,15 milliard d’euros en 2025 pour finalement tomber à près de 840 millions en 2026. 

Sur ce point, les préconisations de l’I4CE en septembre dernier pour le budget 2026 n’ont pas été suivies puisqu’il réclamait d’« au moins stabiliser en 2026 les autorisations d’engagement du Fonds vert ». De la même manière, le gouvernement n’a pas accédé à ses demandes d’augmenter les crédits du Fonds Barnier et de créer un Fonds érosion côtière

« Compte tenu des fortes contraintes budgétaires pesant sur les collectivités, [celles-ci] devront d’une part s’appuyer sur la réduction d’autres dépenses, en particulier les dépenses incompatibles avec les objectifs d’émission de gaz à effet de serre, au-delà des seules dépenses défavorables (exemple : les investissements dans la construction neuve performante ou l’entretien des routes) », estiment les auteurs de l’étude, ceux-ci jugeant qu’elles « devront également être en mesure de recourir à d’autres leviers de financement, qu’ils soient publics ou privés ». 
 

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