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Édition du mercredi 10 juin 2026
Jeunesse

Logement : au-delà du mythe du « Tanguy », ce qui empêche vraiment les jeunes de partir de chez leurs parents

L'Institut national de la jeunesse et de l'éducation populaire (Injep) vient de publier une étude intitulée « Pourquoi un quart des jeunes vivent toujours chez leurs parents à 23 ans ? » Les obstacles à l'autonomie résidentielle sont nombreux pour ces jeunes.

Par Lucile Bonnin

En France, un jeune sur deux quitte le domicile parental pour la première fois avant 19 ans, mais un quart n'est jamais parti avant 23 ans. C’est ce que pointe la nouvelle étude de l’Injep qui s’appuie à la fois sur une enquête qualitative (34 entretiens en 2025) et sur une enquête statistique de l’Insee portant sur 35 000 jeunes entrés en classe de sixième en 2007.

Il apparaît pour les auteurs que, contrairement au stéréotype du « Tanguy »  (1), c’est-à-dire un jeune qui reste par plaisir chez ses parents notamment pour le confort, l'étude identifie trois principales raisons pour lesquelles certains jeunes ont du mal à avoir leur propre logement. 

Précarité de l’emploi 

Le principal obstacle à l'autonomie résidentielle, qui touche d’ailleurs en priorité les jeunes des classes populaires, est celui de la précarité économique et professionnelle. 

« 26 % des jeunes de 23 ans n’ayant jamais décohabité ne sont ni en emploi ni en formation », pointent les auteurs de l’étude tandis qu’ils sont seulement 14 % chez ceux ayant déjà quitté le foyer. Parmi eux, 7 sur 10 ne seront toujours pas partis à 25 ans – ce sont « le plus souvent de jeunes hommes, peu diplômés et issus des classes populaires ». 

Notons au passage que la notion de « classe populaire »  n’est pas explicitement détaillée par les auteurs de l’étude. Cependant des exemples concrets y sont présentés. Le cas de Christopher mis en avant illustre par exemple une accumulation de fragilités, « emblématique de ces situations » : absence de bac, emplois courts et peu rémunérés, logement social familial à 700 euros par mois pour 1 000 euros de ressources totales familiales et impossibilité d'obtenir des garanties locatives en région parisienne.

Poursuite des études et facteur territorial 

Surtout, l’étude montre que 25 % des jeunes de 23 ans qui résident encore au domicile des parents sont des étudiants. Ces jeunes restent principalement pour deux raisons : la proximité géographique entre le foyer familial et leur établissement d'enseignement, et les difficultés d'accès au logement étudiant (saturation du marché, loyers élevés, offre de logements abordables insuffisante).

Dans ce cas précis, « les conditions de logement diffèrent aussi fortement ». En effet, certains « disposent de leur propre chambre et d’un environnement calme pour étudier, alors que d’autres sont confrontés à des espaces contraints et bruyants ».

Il faut souligner que le lieu où vivent les parents joue un rôle important. Les jeunes qui grandissent en zone urbaine partent plus tard que ceux des zones rurales, car il y a plus d’écoles proches et le logement y coûte beaucoup plus cher. Les difficultés sont particulièrement fortes en Île-de-France et dans les grandes villes. On y trouve à la fois des loyers élevés, un marché du logement tendu et des exigences plus strictes de la part des propriétaires.

Des jeunes aidants 

La troisième raison est particulièrement intéressante puisqu’elle est relativement invisibilisée et peu connue. Parmi les 34 jeunes interrogés à l’occasion de l’étude qualitative, 8 sont en situation d'aidance, dont 4 vivent encore chez leurs parents ou n'ont quitté le foyer qu'après 23 ans.

« Ces situations sont diversifiées »  et peuvent « prendre la forme d’aides dans la vie domestique, avec un soutien financier ou la charge des courses, ou encore l’accompagnement de parents en situation d’illettrisme ou d’illectronisme dans les démarches administratives et quotidiennes ». Il y a aussi « le cas pour les aides liées à la perte d’autonomie d’un parent ou d’un grand-parent, ce qui peut aller jusqu’à la prise en charge quotidienne d’un proche gravement malade ». 

Ce rôle d’aidant est surtout assumé par des jeunes femmes et leur départ n’est possible que lors d’un changement important, comme une mutation ou encore le décès de la personne aidée. « Pour certaines jeunes femmes, les formes d’aidance se reconfigurent à distance après le départ de chez leurs parents : elles continuent alors de gérer l’administratif, la prise de rendez-vous médicaux ou reversent de l’argent », détaillent les auteurs de l’étude. 

(1) « La figure du Tanguy renvoie au film éponyme d’Étienne Chatiliez sorti en 2001, qui met en scène de manière humoristique les efforts de deux parents pour inciter leur fils de 28 ans et toujours en études à quitter le foyer familial. » 

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