Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux
Édition du lundi 18 juillet 2022
Catastrophes

Incendies en Gironde : solidarité des maires et critiques sur le manque de moyens de lutte contre l'incendie

En Gironde, où de terribles feux de forêt font rage depuis mardi dernier, la situation ne s'améliore pas malgré les efforts exceptionnels des pompiers. Alors que les maires font jouer à plein la solidarité, des voix s'élèvent pour dénoncer le manque de moyens de la sécurité civile. 

Par Franck Lemarc

Avec 14 000 hectares de forêt déjà détruits, les deux incendies qui ravagent une partie de la Gironde autour de Landiras et de La Teste-de-Buch depuis mardi dernier s’annoncent déjà comme faisant partie des plus graves que le pays ait connu. Il suffit, pour le réaliser, de savoir que ces deux incendies ont déjà détruit une surface supérieure à celle qui brûle, en moyenne, sur l’ensemble du pays chaque année (11 000 ha). 

Incendies majeurs

Hier, alors que la situation semblait maîtrisée, les feux ont très violemment repris sous l’effet du vent, et ce sont quelque 2 000 hectares qui sont partis en fumée en seulement une heure et demie autour de La Teste-de-Buch. Ces images rappellent le dramatique incendie de 1949, à Saucats au sud de Bordeaux, à ce jour le plus meurtrier des feux de forêt qu’ait connu le pays : 50 000 hectares avaient été détruits et plus de 80 personnes avaient trouvé la mort. 

Si les incendies actuels en Gironde n’ont, pour l’instant, pas fait de victime, la plus grande inquiétude reste de mise en particulier pour la journée d’aujourd’hui, où la chaleur écrasante (on attend des pointes à 42 ° C) va s’accompagner de vents à 60 km/h. La journée de ce lundi est donc présentée comme la plus « à risque ». 

Autour de La Teste-de-Buch, tout près d’Arcachon, ce sont 4 200 ha qui ont déjà brûlé, et plus de 10 000 personnes ont dû être évacuées. Plus à l’est, autour de Landiras,  9 800 ha sont partis en fumée, annonce la préfecture ce matin, et 6 000 personnes ont été évacuées pour échapper à un incendie de 40 km de circonférence. Les moyens déployés pour lutter contre ces deux feux sont exceptionnels : 2 400 pompiers de la Gironde sont à la lutte, et 1 400 hommes supplémentaires, venus des quatre coins du pays, les épaulent. Le ministère de l’Intérieur, hier matin, a annoncé que « compte tenu de l’évolution défavorable des conditions climatiques prévue demain en Gironde et de l’imprévisibilité des feux due à des vents à 360 ° », trois avions supplémentaires seraient envoyés pour appuyer « les six déjà engagés », ainsi que 200 hommes supplémentaires avec onze camions lourds. 

« Élan de solidarité »  chez les maires

Cette situation est évidemment suivie de très près à l’association départementale des maires de Gironde, dont le président, Bernard Lauret (maire de Saint-Émilion), a répondu ce matin aux questions de Maire info. Autour des foyers, les maires ont à gérer les évacuations – « évacuations des campings autour de La Teste et de villages entiers autour de Landiras », explique Bernard Lauret. « Il faut également gérer la logistique des centaines de pompiers et secouristes supplémentaires », poursuit l’élu, qui salue « l’immense élan de solidarité »  des maires du département. « Nous sommes en contact permanent avec le cabinet de la préfète, qui nous a par exemple demandé de faire un appel aux dons sur les bouteilles d’eau. Très vite, le maire de la commune chargée de réceptionner les packs d’eau a dû dire ‘’stop’’, parce qu’il n’avait plus de place pour stocker ! ». Les communes ont également fourni des lits picots (lits de camp), et même « des camions frigos pour stocker les denrées destinées aux pompiers », salue Bernard Lauret, qui tient à remercier ses collègues pour cet élan de solidarité. « Comme toujours dans ces situations, les maires sont un relais extraordinaire ». 

Des moyens jugés insuffisants

Mais la solidarité qui se déploie n’empêche pas la polémique de monter sur les moyens disponibles en matière de sécurité civile. Dès samedi, le président du département, Jean-Luc Gleyze, dénonçait « une flotte de Canadair insuffisante »  et un problème « d’implantation ». Gérald Darmanin a également été interpellé, ce matin, par le maire de Biganos, Bruno Lafon, sur les antennes de France bleu Gironde, qui reproche à l’État l’absence de Canadair à demeure sur l’aéroport de Bordeaux-Mérignac. Un point de vue « totalement partagé »  par le président des maires de la Gironde : « Nous avons le plus grand massif forestier d’Europe… et les Canadair sont basés à Nîmes ! Il faut se rendre compte que tous les jours, les avions font la navette entre la Gironde et Nîmes où ils sont entretenus, ce n’est tout de même pas normal, alors que nous avons à proximité l’aéroport de Bordeaux-Mérignac et un certain nombre de bases aériennes militaires. » 

Au-delà des maires, d’autres voix s’élèvent contre « le manque de moyens humains et techniques »  de la sécurité civile, comme celle du Syndicat national du personnel navigant de l’aviation civile (SNPNAC), dont un porte-parole dénonce, ce matin, le fait que des avions, par manque d’entretien, sont « garés au parking et ne peuvent pas voler ». Le SNPNAC, il y a un an, avait déjà interpellé le gouvernement sur le manque de moyens aériens, dénonçant « une catastrophe annoncée » : fermeture de bases, non-remplacement d’appareils perdus en mission de secours, « flotte vieillissante », « intolérables immobilisations au sol d’appareils », « manque de pièces détachées » … « Notre incompréhension est totale face à la discordance voire même l’antinomie entre les discours et les actes par le manque de stratégie et d’anticipation des besoins et des moyens », écrivait en mai 2021 le syndicat.

Dans un communiqué diffusé vendredi, l’AMF a appelé l’État à « entendre la parole des maires qui appellent au nécessaire renfort des moyens aériens permanents sur place ». Plus largement, l’association estime que « ces incendies violents doivent aussi nous conduire au niveau national à nous interroger sur notre organisation de défense contre l’incendie et les moyens qui y sont consacrés ». C’est aussi le point de vue de Bernard Lauret : « Oui, il va falloir écouter les maires, qui ont les mains dans le cambouis, sur la question des moyens comme sur celle de l’entretien des forêts. »  Le maire de Saint-Émilion a rencontré, hier, le président du Sénat, Gérard Larcher, qui s’est déplacé en Gironde, et lui a décrit la situation. Gérard Larcher s’est engagé à organiser au Sénat, dès que possible, une réflexion sur ces questions, par exemple sous la forme de tables rondes « dont les maires seront partie prenantes ». « Il faut gérer la catastrophe au présent, conclut Bernard Lauret, mais ensuite, il faudra en tirer les conséquences. Une situation pareille, on la vit une fois, mais on ne peut pas la vivre deux fois. » 

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