Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux
Édition du vendredi 20 mars 2026
Guerre au Moyen-Orient

Prix de l'énergie : le gouvernement choisit d'attendre

Rien n'est finalement sorti des réunions qui ont eu lieu hier entre les membres du gouvernement et à l'échelle européenne, en dehors d'un engagement du gouvernement à être « attentif » à l'évolution de la situation. Au vu de ses marges budgétaires extrêmement réduites, l'exécutif choisit donc d'attendre.

Par Franck Lemarc

Alors que le prix du pétrole brut et celui du gaz continuent leur inexorable hausse, et que les Bourses mondiales montrent une grande inquiétude des marchés, le gouvernement français – tout comme l’Union européenne – semble paralysé.

« Choc gazier » 

 Au fil des heures, les conséquences des frappes iraniennes sur la plus grande usine de traitement du gaz au monde, au Qatar, apparaissent de plus en plus graves : hier, les autorités qataries reconnaissaient que les dégâts sont si importants que la production ne pourrait reprendre avant plusieurs mois voire « plusieurs années ». Or cette usine fournit directement l’Union européenne, et de manière plus importante encore depuis la fermeture des approvisionnements russes. Si le gouvernement veut se montrer rassurant en rappelant que le principal fournisseur de gaz, pour la France, est la Norvège, les motifs d’inquiétude n’en sont pas moins grands pour autant : si le gaz qatari venait à durablement manquer, la Chine, qui se fournit en gaz essentiellement dans le Golfe persique, risque demain de se tourner elle aussi vers la Norvège, ce qui aura pour effet mécanique, par le jeu de l’offre et de la demande, de faire monter les prix.

C’est donc bien un véritable « choc gazier », plutôt qu’un choc pétrolier, que craignent désormais les experts, davantage du fait de la destruction de certaines infrastructures que du fait du blocage du détroit d’Ormuz : en effet, si ce détroit est débloqué dans les semaines à venir d’une façon ou d’une autre, la circulation pourra y reprendre normalement assez rapidement. En revanche, si des infrastructures industrielles continuent d’être tout ou partie détruites, les conséquences se feront sentir sur plusieurs années.

« Stabiliser les prix » 

Dans ce contexte, le Premier ministre a réuni hier plusieurs membres de son gouvernement pour un « point d’étape »  sur le prix de l’énergie. On pouvait se demander s’il sortirait de cette réunion de premières mesures de protection, réclamées tant par les professionnels que par plusieurs syndicats et associations. Il n’en a rien été. 

Maud Bregeon, à la fois porte-parole du gouvernement et ministre de l’Énergie, avait du reste donné le ton peu avant, en déclarant que le pays « n'a pas les moyens d'un "quoi qu'il en coûte", alors que le gouvernement s'est engagé à réduire son déficit public à 5 % du PIB ». Pas question donc, pour l’instant du moins, ni de bloquer temporairement les prix des carburants, ni de mettre en place un dispositif de « bouclier »  sur le prix du gaz, qui pourrait augmenter très fortement dès le mois de mai pour les particuliers comme les entreprises ou les collectivités (lire Maire info d’hier). 

Pas de mesures annoncées non plus à l’échelle de l’Union européenne, qui réunissait hier ses chefs d’État et de gouvernement. Si la question du prix de l’énergie a bien été abordée lors de cette réunion, aucune mesure concrète n’a été annoncée, chaque État membre restant libre de prendre des mesures de protection dans ses frontières.

Au-delà de l’UE, les chefs d’État de six pays (France, Allemagne, Italie, Japon, Pays-Bas et Royaume-Uni) ont publié hier une « déclaration conjointe »  où ils affirment être prêts à « prendre des mesures pour stabiliser les marchés de l’énergie », notamment « en travaillant avec certains pays producteurs afin d'augmenter la production ». Mais l’essentiel de ce communiqué est ailleurs : les chefs d’État signataires, après avoir condamné vivement les attaques iraniennes contre les infrastructures pétrolières et gazières (mais sans évoquer l’attaque israélienne contre les installations gazières iraniennes), se disent prêts à « contribuer aux efforts appropriés pour garantir la sécurité de la navigation dans le détroit [d’Ormuz] ». Ce qui pourrait, pour la France, signifier un engagement militaire plus net dans le conflit.

Industrie : jusqu’ici tout va bien

Retour en France avec une autre réunion qui s’est tenue hier sur le sujet autour du ministre chargé de l’Industrie, Sébastien Martin, avec cette fois des représentants du monde de l’industrie. Le ministre a reçu les représentants des grands syndicats patronaux (Medef, CPME, France industrie et UIMM) ainsi que ceux des principales fédérations (chimie, santé, minerai, aéronautique, mode et luxe, construction, etc.). Les plus grandes entreprises (Suez, Safran, LVMH, Alstom…) étaient elles aussi invitées à cette réunion, dont l’objectif était de faire le point sur « les impacts industriels du conflit du Moyen-Orient ».

Selon l’entourage du ministre, cette réunion a permis de constater que « aucune rupture d’approvisionnement n’est constatée »  à cette heure, mais que la « vigilance »  reste de mise face « aux tensions sur les prix des matières premières et de l’énergie, qui pèsent sur la trésorerie des entreprises ». Aucune mesure particulière n’a, là encore, été annoncée, au-delà du constat de « la nécessité d’accélérer les efforts engagés, notamment en matière d’électrification, de sécurisation des intrants critiques et de renforcement de nos capacités industrielles stratégiques ». 

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