Édition du lundi 20 juillet 2020


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Un nouveau ministère de la Mer doté finalement de pouvoirs limités

 

C’est une des surprises du gouvernement de Jean Castex : après trente ans d’absence, un ministère de plein droit dédié à la mer est de retour – confié à Annick Girardin, qui se présente comme « fille de pêcheur ». Avec une petite contradiction à la clé : si ce ministère est le premier à voir le jour depuis des décennies, il n’exercera en direct que peu d’attributions, comme on peut le découvrir dans le décret d’attribution paru vendredi : les sujets les plus sensibles – en particulier la pêche – devront être pilotés « conjointement » avec d’autres ministères. 

Sujets brûlants
Les sujets liés à la mer sont légion, et ils prennent, aujourd’hui, une acuité particulière : biodiversité, réchauffement climatique, érosion des côtes, éoliennes en mer sont autant de sujets relativement nouveaux qui méritaient, en effet, un ministère de plein exercice. Mais le sujet le plus sensible des années à venir va être celui de la pêche. D’une part parce que la crise sanitaire a très lourdement frappé ce secteur, en plus des difficultés provoquées, depuis des années, par la surpêche ; mais surtout parce que le Brexit et la volonté des Britanniques de fermer leurs eaux territoriales aux pêcheurs français pourraient mener des milliers de professionnels, dans le nord et l’ouest du pays, au dépôt de bilan. Ce dossier – qui ne pourra trouver de réponse que dans le cadre d’un accord entre l’Union européenne et la Grande-Bretagne – sera donc l’un des plus épineux que devra piloter l’ancienne députée de Saint-Pierre-et-Miquelon. 
Autre sujet périlleux : les éoliennes en mer. Ce dossier est un véritable casus belli entre pêcheurs, industriels et associations de défense de l’environnement – mais également un enjeu crucial pour le développement des énergies renouvelables en France. Des retards considérables se sont accumulés dans ce domaine : le Grenelle de l’environnement prévoyait que 6 GW offshore soient installés avant 2020, soit 1 200 éoliennes… À ce jour, une seule est en fonctionnement (2 MW) au large du Croisic. 
Enfin, la ministre aura forcément à travailler – avec les élus locaux – sur le grave sujet du recul du trait de côte et de la manière de le retarder, à défaut de le stopper, à l’heure où les projections les plus pessimistes envisagent la disparition pure et simple de territoires entiers à l’horizon de quelques décennies.

La pêche « cogérée »
Pour traiter tous ces dossiers, la ministre de la Mer n’aura finalement que peu de marge de manœuvre. Ses attributions exclusives ne concernent en effet, selon le décret, qu’un nombre limité de sujets : « Navigation, sécurité, formation, gens de mer, à plaisance et activités nautiques. » Le ministère sera aussi seul responsable de « la planification de l'espace en mer ». Sur tous les autres sujets, le nouveau ministère ne travaillera que « conjointement » avec d’autres ministères. 
Certes, Annick Girardin a revendiqué que son ministère récupère la pêche, qui est dans le giron du ministère de l’Agriculture depuis des décennies : « C'était compliqué d'avoir un ministère de la Mer sans la pêche, pour la fille de marin que je suis, pour celle qui a toujours porté les combats de la pêche », a-t-elle déclaré vendredi sur France inter. Mais elle n’a obtenu qu’une demi-satisfaction : la pêche sera finalement pilotée « conjointement » par son ministère et celui de l’Agriculture et de l’Alimentation de Julien Denormandie. 
De même, la politique des « ressources minérales et des substances des mines en mer » sera pilotée conjointement avec Bercy et le ministère de la Transition écologique ; la gestion durable des enjeux maritimes, la protection des milieux marins et la gestion des zones côtières, seront également autant de sujets cogérés par Annick Girardin et Barbara Pompili (Transition écologique). 
Plus étonnant encore : sur le dossier des énergies renouvelables en mer, la ministre de la Mer n’aura pas la main. Son ministère sera simplement « associé » aux réflexions sur ces questions, comme à celles relatives au tourisme sur le littoral. 
Autre point à noter : la renaissance d’un ministère de la Mer ne met pas fin à l’existence du secrétariat général de la Mer (SGMer), placé auprès du Premier ministre et justement chargé, depuis 1995, de pallier l’absence d’un ministère dédié.

F.L.

Télécharger le décret d’attribution.

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