Déficit public : selon le gouvernement, les collectivités devraient être quasiment à l'équilibre en 2026
Par A.W.
Les collectivités locales devraient à peine contribuer au déficit public cette année. C’est ce que prévoit le gouvernement dans son rapport d'avancement annuel (RAA) afin de retrouver un déficit sous les 3% de produit intérieur brut (PIB) d'ici à 2029. Présenté hier en Conseil des ministres, ce document indique ainsi que le solde des collectivités locales s’établirait à « - 0,1 % du PIB ». Il s'expliquerait par le ralentissement de leurs dépenses, selon l'exécutif.
Une publication qui arrive au lendemain de la réunion d’un « comité d'alerte » visant à faire le point sur les impacts de la guerre au Moyen-Orient sur les finances publiques et à la sortie duquel le gouvernement a annoncé la probable diminution des dépenses de 6 milliards d'euros supplémentaires dès cette année. Outre l’Etat et la Sécurité sociale qui sont directement visés, les collectivités ont, elles aussi, été appelé, de manière encore très évasive, à « stopper des dépenses ».
Dilico et cycle électoral
Si l’exécutif a décidé de mettre en place des mesures de soutien ciblées aux automobilistes (ainsi qu’aux agriculteurs, pêcheurs et transporteurs) pour faire face à la hausse des prix de l’énergie et des intrants agricoles, il a maintenu sa prévision de déficit public de 5 % du PIB pour 2026 (après deux années à 5,1 % en 2025 et 5,8 % en 2024) afin de rester « engagé à un retour du déficit sous 3% du PIB à horizon 2029 ». Il a, toutefois, abaissé sa prévision de croissance pour cette année de 0,1 point, à 0,9 %, et augmenté sa prévision d'inflation, de 1,3 % à 1,9 %.
Dans ce contexte, le gouvernement prévoit que les collectivités réduiront leur besoin de financement en 2026. « Le solde des collectivités locales s’établirait notamment à -0,1 % du PIB » après - 0,3 % en 2025 et - 0,4 % du PIB en 2024, indique le rapport consacré à la trajectoire des finances publiques.
Cette baisse du besoin de financement s’expliquerait par « la modération des dépenses » des collectivités qui ralentiraient par rapport à 2025. En cause, la « reconduction » du Dilico pour les intercommunalités, départements et régions qui leur impose une épargne forcée, ainsi que « la situation financière de certaines collectivités, notamment les départements », affirme l’exécutif.
Dans le détail, si les dépenses de fonctionnement des collectivités (+2,2 %) seraient « plus dynamiques » qu’en 2025 « en raison notamment de la hausse de l’inflation (+1,9 % après +0,9 % en 2025) », l’investissement local se replierait, « comme habituellement en année électorale municipale (- 3,1 %) ». Au total, la dépense progresserait de 0,8 % en 2026 et ralentirait donc par rapport à l’an passé (+1,3 %).
Des « risques » liés à l’inflation
En parallèle, on peut noter qu’en 2026 le solde des administrations de Sécurité sociale (Asso) s’améliorerait pour atteindre l’équilibre, alors que celui des administrations publiques centrales (Apuc) se dégraderait à - 4,6 %. En cause notamment, la « dégradation du solde de l’État (...) sous l’effet de la hausse de la charge de la dette » et de « l’effort réalisé sur les crédits de défense », détaille le rapport. Sans ces deux points, « le solde de l'État s’améliorerait de +0,3 % de PIB », précise ce document clé pour le suivi des engagements européens de la France sur le plan budgétaire et économique.
Dans la foulée, le Haut Conseil des finances publiques (HCFP) a publié un avis dans lequel il estime que le nouveau scénario macroéconomique retenu par le gouvernement pour 2026 était globalement « cohérent », bien qu'il restait soumis à « un aléa majeur » en fonction de l'évolution de la guerre au Moyen-Orient.
S’agissant des finances locales, l’instance indépendante placée auprès de la Cour des Comptes s’est montrée légèrement plus nuancée. Bien que les prévisions gouvernementales soient considérées comme « plausibles » (« l'évolution des dépenses de fonctionnement serait proche des évolutions passées constatées » et « celle sur l'investissement s'explique par le repli traditionnellement observé de l'investissement des communes après les élections municipales » ), elle pointe « les risques de hausses de dépenses liées à l'inflation, l'absence de frein significatif sur les recettes et les profils atypiques de dépenses locales observés ces dernières années [qui] sont une source d'incertitude ».
On peut, par ailleurs, souligner que le gouvernement assure vouloir rester « déterminé à dégager des économies grâce aux revues de dépenses », tout en proposant toujours des « rapprochements ou des fusions d’agences » ainsi qu’une « simplification administrative » afin « d’alléger le poids des normes pesant sur les collectivités territoriales ». Via le « méga-decret » et le projet de loi dédiés.
« Depuis début 2025, le gouvernement a commandé 13 revues de dépenses réparties en trois vagues qui représentent un total d’une centaine de mesures d’économies », rappelle-t-il, alors que le Comité des finances locales réclame, de son côté, depuis deux ans, une revue de recettes des collectivités car « débattre des dépenses sans débattre des recettes est un exercice à sens unique qui reste un peu vain », expliquait encore l’an passé son président, André Laignel.
On peut, enfin, rappeler que les associations d'élus avaient largement critiqué le budget pour 2026, l'AMF ayant notamment fustigé « des prélèvements forcés ou des privations de recettes, sans que pour autant aucun redressement des comptes publics ne soit [jamais] constaté ». Une « erreur » qui risque d’« aggraver le risque récessif sur l’économie », selon elle.
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