Édition du Mardi 9 octobre 2018


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Rapport du Giec : la maison brûle toujours

Issu des travaux de plus de cent chercheurs de quarante pays, s’appuyant sur plus de 6 000 études scientifiques, le dernier rapport du Giec (groupe intergouvernemental d’experts sur le climat) a été publié hier. Il est particulièrement alarmant.
« Nous avons remis le message aux gouvernements, nous leur avons donné les preuves. À eux de voir. » L’un des membres du Giec a ainsi résumé l’état d’esprit des chercheurs, qui ne se contentent pas de dresser un tableau fort inquiétant de la situation, mais donnent également des solutions techniques pour agir. « La chose à laquelle les scientifiques ne peuvent répondre, c’est si c’est faisable politiquement et institutionnellement », conclut ce scientifique.
Cela fait longtemps que les scientifiques n’espèrent plus stopper le réchauffement climatique : le seul espoir, c’est maintenant de le maintenir en dessous de 1,5 °C d’ici au milieu du siècle. Et les experts semblent peu optimistes sur cet objectif. Une large partie du rapport est consacrée à la différence considérable entre une hausse de 1,5 et 2 °C – car ce petit différentiel de 0,5 °C peut tout changer. En clair, il va de toute façon falloir s’attendre à de graves conséquences du réchauffement, mais elles peuvent varier en intensité selon la hausse. La hausse du niveau des mers, par exemple, serait plus importante de 10 cm à 2 °C, exposant plus de 10 millions de personnes supplémentaires. Mais même avec 1,5 °C de hausse des températures, il faudra s’attendre à une élévation du niveau des mers de 26 à 77 cm d’ici 2100 – ce qui signifie que des centaines de milliers de kilomètres carrés de côtes, sous toutes les latitudes, disparaîtraient à terme.
Ce petit demi-degré de plus aurait également des conséquences démultipliées en termes de biodiversité : à + 1,5 °C, ce seraient déjà 4 % des vertébrés et 6 % des insectes qui perdraient « plus de la moitié de leur habitat naturel ». À + 2 °C, ces chiffres passent à 8 % et 18 %. Pour le corail, les scientifiques envisagent même une disparition presque complète : de 70 à 90% avec une augmentation de la température de 1,5 °C, et 99 % à 2 °C. Ces disparitions déjà dramatiques en elles-mêmes entraîneront en outre des réactions en chaîne catastrophiques pour l’équilibre du vivant.
Le rapport met également l’accent sur les conséquences graves de l’élévation de la température sur le climat : multiplication des événements climatiques extrêmes (pluies torrentielles, sècheresses, vagues de chaleur intenses, etc.).Toutes les régions du globe seront impactées avec des conséquences évidentes sur l’agriculture mais aussi sur le développement de pathogènes. Et l’on sait que cela n’a rien d’une vue de l’esprit : cet été par exemple, en France, il n’a pas gelé en haut du Pic du Midi pendant plus de 100 jours, ce qui n’est jamais arrivé depuis que les relevés existent, c’est-à-dire depuis 1882.

« Big bang écologique »
Le plus dramatique dans ce domaine est qu’à l’échelle mondiale, les États ne semblent pas prendre la mesure de l’urgence, soulignent les experts. Un exemple entre cent : l’Onu a indiqué fin septembre que sur les 180 pays ayant signé l’accord de Paris lors de la COP21, en 2015, neuf ont remis, conformément à l’accord, un programme d’actions concrètes sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre. En face, selon l’OCDE, les États dépensent 430 milliards d’euros par an pour subventionner d’une façon ou d’une autre les énergies fossiles.
Pour les experts, le monde est « à la croisée des chemins ». Au fur et à mesure que passent les années, le moment où la fenêtre de tir pour agir se refermera approche dangereusement : selon le Giec, si rien de réellement ambitieux n’est fait d’ici 2030, ce sera trop tard. Il faut donc, selon l’expression du WWF, un « big bang écologique » ou encore, selon les mots d’une experte du Giec, « un changement radical de comportements et de modes de vie, des actions très ambitieuses dans tous les domaines – énergie, industrie, gestion des terres, bâtiment, transport, urbanisme ».
Si l’on sait qu’à l’échelle locale, de nombreux élus tentent de prendre le problème à bras le corps, leurs moyens restent limités. Mais la France, en tant qu’État, prend-elle la direction de ce « big bang écologique » ? On peut en douter. Rappelons que malgré les demandes incessantes de toutes les associations de défense de l’environnement et des associations d’élus, le gouvernement – pas plus que les précédents – n’est toujours pas prêt à faire un pas pour qu’une part de la fiscalité carbone revienne aux collectivités et leur permettre de financer leurs actions en la matière. D’ailleurs, on peine à déceler une réelle fiscalité écologique en France. Quant aux enveloppes pour le financement des territoires à énergie positive, lancées par Ségolène Royal en son temps, et qui ont connu un franc succès, elles ont discrètement disparu dans le projet de budget pour 2019.
Franck Lemarc
N.B. : Dans le cadre du congrès de l’AMF 2018, un forum aura lieu mardi 20 novembre à 10 h sur le thème : « Changements climatiques : comment s’y adapter ».
Télécharger « L’engagement des maires et présidents d’intercommunalité pour le climat » de novembre 2015.
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