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Édition du jeudi 6 mars 2025
Défense nationale

Emmanuel Macron prévient que des choix budgétaires difficiles sont à venir face à la « menace russe »

Dans une intervention télévisée consacrée à la crise géopolitique, Emmanuel Macron s'est dit convaincu que l'Europe est confrontée à une menace militaire directe, et a appelé à des choix budgétaires « courageux » pour y faire face. 

Par Franck Lemarc

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© Elysee.fr

« Nous rentrons dans une nouvelle ère. (…) La menace revient à l’est. »  Le ton grave et solennel, le président de la République s’est adressé aux Français hier soir à 20 heures pour tirer les leçons des événements internationaux de ces derniers jours : la volte-face de l’administration américaine depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche, qui a manifestement décidé de chercher un accord avec la Russie de Vladimir Poutine et de cesser de soutenir l’Ukraine. Beaucoup craignent à présent que ce renversement d’alliance soit synonyme, également, d’une forme de rupture de l’alliance historique entre les États-Unis et l’Europe. 

Une « menace »  déjà à l’œuvre 

C’est sur ce sujet qu’est intervenu le chef de l’État, qui plaide depuis plusieurs semaines auprès de ses homologues européens pour une « défense européenne », moins dépendante des États-Unis. Le ton de son intervention est en opposition directe avec la ligne défendue à Washington – où l’on se dit prêt à lâcher l’Ukraine pour sceller une « paix durable »  avec la Russie : pour Emmanuel Macron, la Russie représente aujourd’hui « une menace pour la France et pour l’Europe ». Il a d’ailleurs expliqué que cette « menace »  n’est pas que théorique, et que déjà aujourd’hui « la Russie teste nos limites ». Outre les « cyberattaques »  constantes et les campagnes de désinformation, ces « tests »  de la Russie se déroulent « dans les airs, en mer et dans l’espace », a déclaré le chef de l’État sans donner plus de précision. Mais quelques heures avant, le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, avait évoqué une manœuvre de « harcèlement »  d’un avion de chasse russe contre un drone de l’armée française, en Méditerranée, dans les eaux internationales, « attestant la volonté de restreindre la libre circulation aérienne dans les espaces communs », a déclaré le ministre. 

Le président français s’est dit convaincu que la Russie, dont « l’agressivité semble ne pas connaître de frontières », « ne s’arrêtera pas »  à l’Ukraine. 

Dans ces circonstances, Emmanuel Macron s’est clairement démarqué des États-Unis en refusant « l’abandon de l’Ukraine », « la capitulation », et même « un cessez-le-feu qui serait trop fragile ». 

33 milliards à trouver, selon Sébastien Lecornu

Il y a donc, pour le chef de l’État, une absolue nécessité à « être capables de mieux se défendre et de dissuader toute nouvelle agression ». Dans le sillage de la présidente de la Commission européenne, Ursula Van der Layen, qui a proposé cette semaine un réarmement de l’Europe à 800 milliards d’euros, Emmanuel Macron estime que la France doit « s’équiper davantage », tant en armes qu’en hommes. Il a évoqué, au passage, la possibilité de l’envoi de troupes européennes en Ukraine, non pas pour combattre mais après la signature éventuelle d’une paix, pour garantir celle-ci. 

Mais la question essentielle est celle du budget militaire, qui va devoir fortement augmenter, ce qui nécessitera « des nouveaux choix budgétaires », « courageux ». Emmanuel Macron ayant promis que ce virage budgétaire se fera « sans augmenter les impôts », il prévoit donc un rééquilibrage des finances publiques avec davantage de poids porté à la défense, ce qui supposera mécaniquement de diminuer d’autres budgets. Il a demandé au gouvernement, mais aussi aux partis politiques et aux partenaires sociaux, de « faire des propositions »  à ce sujet. 

Le chef de l’État n’a pas chiffré, hier, les besoins pour réarmer le pays – il a simplement fait remarquer que depuis son arrivée à l’Élysée, le budget de la défense est passé de 32 milliards d’euros à 50,5 aujourd’hui, et 67 milliards prévus par la loi de programmation militaire en 2030. Sébastien Lecornu, le même jour, dans un entretien au Point, a été plus loin, estimant qu’il fallait viser un budget militaire autour de « 100 milliards d’euros ». On mesure l’effort que cela représente : par rapport à 2025, il s’agirait d’augmenter ce budget de 33 milliards d’euros. 

À quoi servira cet argent ? D’une part, à investir dans la production et l’achat de matériel – le gouvernement insistant sur le fait que l’armée française ne dispose pas aujourd’hui d’un matériel suffisant pour faire face à une guerre. D’autre part, à recruter des hommes – certains experts militaires estiment que l’armée française devrait augmenter ses effectifs de peut-être 100 000 hommes supplémentaires dans les années à venir, ce qui semble inimaginable en ne comptant, comme aujourd’hui, que sur l’engagement volontaire. Si le chef de l’État n’a pas évoqué, hier, quelque perspective que ce soit de rétablissement d’une forme de service militaire, l’idée est brandie de plus en plus fréquemment par les spécialistes des questions de défense. 

Vers des mesures douloureuses ?

Il reste à savoir, maintenant, où le gouvernement va trouver l’argent pour financer ces efforts inédits depuis des décennies, en pleine période de disette budgétaire. Si l’idée d’un « grand emprunt »  fait son chemin, il y a fort à parier, en entendant le chef de l’État parler de « choix courageux », que cette politique conduira à des coupes budgétaires impopulaires, voire douloureuses, sur les budgets publics. 

Antoine Armand, l’éphémère ministre de l’Économie du gouvernement Barnier, aujourd’hui député macroniste, a lancé le bal avant-hier sur Public Sénat, estimant qu’il faut aller chercher « dans les dépenses sociales et les dépenses de santé »  pour dégager des marges budgétaires. Mais aussi, poursuit-il, « de la capacité à dire que certains travailleront davantage, ici ou là dans l’éducation ou les collectivités locales ». 

La réponse à la « menace »  décrite par le chef de l’État, hier, va-t-elle se traduire par des coupes claires, dans les années à venir, dans les budgets de la santé, de l’éducation ou des collectivités ? La réponse va certainement venir très vite. 

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