Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux

Édition du vendredi 27 mars 2026
Elections municipales

Parité, abstention, votes blancs et nuls : les leçons des élections municipales 

Le ministère de l'Intérieur a publié les statistiques définitives concernant les élections municipales, confirmant une tendance à la baisse de la participation qui touche l'ensemble des communes. La parité progresse, mais l'application de la loi étendant le scrutin de liste à toutes les communes continue de faire débat.

Par Franck Lemarc

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Les urnes sont rangées et toutes les communes ont désormais un nouveau conseil municipal, à l’exception des 68 où aucune liste ne s’est présentée et où la commune est désormais gérée par une délégation spéciale, en attendant de nouvelles élections municipales. Il est donc temps de tirer un premier bilan de ce scrutin, marqué par l’entrée en vigueur de deux nouvelles lois : celle qui a étendu à toutes les communes le scrutin de liste paritaire, marquant la fin du panachage, et celle qui a modifié le mode de scrutin à Paris, Lyon et Marseille. Ces évolutions ont concerné un peu moins de la moitié du corps électoral, soit 25 millions d’électeurs.

1 526 seconds tours

Le premier tour a mobilisé presque 900 000 candidats, et il a permis d’élire directement un conseil municipal dans neuf communes sur dix : un second tout n’a été nécessaire que dans 1 526 communes.

La proportion des communes où un second tour a été nécessaire dépend de la taille de celles-ci : si seulement 0,8 % des communes de moins de 1 000 habitants ont dû organiser un second tour, ce chiffre monte à 59 % dans les communes de 30 000 à 100 000 habitants et à plus de 90 % pour les villes de plus de 100 000 habitants.

Cette répartition est logique : plus il y a d’habitants, plus le nombre de listes en présence est potentiellement élevé. Dans les communes de moins de 1 000 habitants, l’écrasante majorité des scrutins se sont déroulés avec une ou deux listes en présence, et dans ces deux cas, le résultat est acquis dès le premier tour. 

La parité progresse

Conséquence mécanique de l’extension du scrutin de liste paritaire à toutes les communes, le nombre de femmes candidates a augmenté lors de ce scrutin, ainsi que la proportion de femmes maires. À l’heure où nous écrivons, les conseils municipaux d’installation n’ont pas encore eu lieu dans les communes qui ont organisé un second tour, mais en s’appuyant sur le nombre de listes où des femmes étaient têtes de liste au second tour et l’ont emporté, on peut estimer qu’à l’issue de ce scrutin, environ 7 900 femmes sont maires, soit 22,6 % du total. En 2020, ce total était de 19,8 %. Il y a donc bien progression, bien que lente – ce qui, en l’espèce, ne tient pas à la loi mais à la difficulté des hommes à céder leur place en tête de liste. 

On notera que, contrairement aux préjugés courants, cette prédominance masculine en tête de liste est un peu moins marquée dans les petites communes que dans les grandes : dans les communes de moins de 3 500 habitants, il y a eu autour de 23 % de femmes maires élues, contre 18 % dans les villes de plus de 20 000 habitants. Sur les 42 villes de plus de 100 000 habitants du pays, seules 8 auront une femme pour maire (1). 

Quant à la proportion des femmes dans les conseils municipaux, elle devrait s’approcher de la parité (entre 48 % et 49 %), sans l’atteindre donc : à partir du moment où les trois quarts des listes étaient conduites par un homme et que le nombre de candidats sur une liste est toujours impair, toute liste conduite par un homme comprend un homme de plus, ce qui explique la différence sur le nombre total. 

Les faits sont têtus, et en la matière il s’agit presque d’une tautologie : la loi étendant la parité à toutes les communes … a fait progresser la parité. Il apparaît donc paradoxal de faire, comme certains commentateurs le font ces derniers jours, un lien entre cette réforme et le nombre encore trop faible de femmes maires. 

D’autant que cette évolution aura certainement des conséquences positives dans la durée : l’augmentation importante du nombre de femmes élues va constituer un vivier dans lequel naîtront sans doute un certain nombre des femmes maires de demain. D’autant plus que, parité oblige, là où un maire homme est élu, la deuxième de liste est forcément, partout, une femme. Il sera intéressant, lorsque toutes les municipalités seront constituées, de se pencher sur l’évolution du nombre de premiers adjoints femmes : il sera forcément en forte hausse. 

Baisse de la participation : à qui la faute ?

Au-delà de la parité, le chiffre le plus marquant de ce scrutin concerne la participation : celle-ci, traditionnellement très élevée lors des élections municipales, s’érode lentement. Si l’on ne tient pas compte du scrutin de 2020, qui s’est tenu en pleine épidémie de covid-19, les chiffres sont sans appel : sans remonter aux presque 80 % de participation aux municipales de 1977, le chiffre était de 65,1 % en 2008, 63,5 % en 2014 ; et il n’est plus que de 57,1 % en 2026.

Les adversaires de la loi ayant étendu le scrutin de liste paritaire à toutes les communes se sont, depuis, empressés de mettre cette baisse de la participation sur le compte de cette loi. Mais les choses ne semblent pas forcément si simples.

Premier constat : les petites communes ont, comme toujours, davantage voté que les grandes : dans les communes de moins de 1 000 habitants, les électeurs ont été environ 64 % à se rendre aux urnes, contre un peu moins de 52 % dans les grandes villes.

Mais en revanche, le taux de participation a davantage diminué dans les petites communes que dans les grandes : les habitants des communes de moins de 1 000 habitants votaient, en 2014, à 75 %, soit 11 points de plus que cette année. 

Plusieurs parlementaires ont pris la parole, ces derniers jours, pour expliquer que cette baisse était due à la réforme du mode de scrutin. C’est le cas du député RN Éric Salmon, qui a pris la parole à l’Assemblée nationale le 25 mars pour dire que cette réforme a « fragilisé la démocratie locale », parce qu’elle a conduit à ce que dans 68 % des communes de moins de 1 000 habitants, il n’y avait qu’une seule liste. Même réaction des sénateurs Vincent Louault et Cédric Chevalier (Horizons), qui dans un communiqué publié le 25 mars, estiment que la réforme « a rendu la constitution de listes beaucoup plus difficile »  et donc conduit à la multiplication de listes uniques, avec comme conséquence la baisse de la participation. Le député LR Philippe Gosselin, sur la même position, a même déjà déposé une proposition de loi pour abroger la réforme du mode de scrutin.

Il est évident que la présence d’une liste unique a fait diminuer la participation : selon les calculs de Maire info, il y a presque 20 points d’écart de participation entre les petites communes où il n’y avait qu’une liste (59 % de participation) et celles où il y en avait au moins deux (76,4 %). Mais on peut commencer par souligner que presque 60 % de participation dans les communes à « liste unique », alors que le résultat était mathématiquement connu d’avance, est un chiffre considérable qui apparaît comme un signe de vitalité démocratique : six électeurs sur dix se sont déplacés, soit par esprit citoyen, soit dans la volonté de légitimer démocratiquement le conseil municipal, fût-il automatiquement élu.

Mais une autre question se pose : le fait qu’il n’y ait qu’une seule liste est-il seulement dû, comme l’affirment ces parlementaires, à la réforme du mode de scrutin ? Pas si simple, expliquait dans Le Monde, hier, le chercheur au Cevipof Pierre-Henri Bono, selon qui le nombre de communes moyennes n’ayant qu’une liste a bondi, passant de 12 % en 2008 à 31 % en 2026 pour les communes de 3 500 à 5 000 habitants, et de 32 % à 48 % pour les communes de 10 000 à 20 000 habitants ! Ces communes n’étaient pas concernées par la réforme du mode de scrutin. Il s’agit donc d’une tendance générale.

Cette « érosion de l’offre politique »  semble donc être un problème est bien plus profond qu’une simple question de mode de scrutin. Les raisons en sont probablement les mêmes que celles qui expliquent l’augmentation de l’abstention : le désintérêt – voire la défiance – pour la vie politique, le sentiment que « cela ne change rien », la crise et les difficultés de la vie quotidienne qui éloignent les citoyens de la « chose publique ». 

La question à se poser, pour les politiques et pour le législateur, est sans doute plutôt celle-ci : comment faire revenir vers la vie politique – qu’il s’agisse de voter ou de s’engager – ceux qui en sont aujourd’hui le plus éloignés ? Et cette question ne se pose pas, loin de là, que dans les communes rurales : bien plus préoccupant que le taux de participation dans celles-ci, qui reste élevé on l’a dit, est le nombre de votants dans les communes de banlieue les plus pauvres. Il faut rappeler qu’à La Courneuve, à Villeurbanne, à Vaulx-en-Velin, à Bagnolet, à Aubervilliers ou à Échirolles, le taux de participation est partout inférieur à 50 %, quand il n’approche pas les 40 %. 

Blancs et nuls en hausse

La présence d’une liste unique dans de nombreuses communes a eu une autre incidence : celle de l’augmentation notable des votes blancs et nuls, qui atteint autour de 15 % dans beaucoup de communes à liste unique (atteignant parfois 50 %, dans de rares cas). Il faudra des études beaucoup plus approfondies pour connaître la proportion de bulletins nuls issus d’une erreur des votants, qui auraient pu croire qu’il était toujours possible de rayer des noms… ou d’ailleurs d’un acte volontaire exprimant leur rejet de cette réforme. Mais comme l’a dit le député Salmon à l’Assemblée nationale, il y a aussi un « message clair » : « Quand il n’y a plus de choix, les électeurs expriment leur refus autrement. »  On peut être tenté de répondre : et alors ? Les votes blancs et nuls sont précisément faits pour cela – exprimer son insatisfaction face à « l’offre »  proposée. Il faut espérer que les électeurs qui se sont montrés mécontents de ne pouvoir voter pour une seule liste y gagneront l’envie, aux prochaines élections, de monter la leur. 

Vitalité renouvelée

Un autre aspect peut en effet être mis en avant : c’est la façon dont les choses se sont déroulées dans les petites communes où – nouveauté –, deux listes ont été en présence. L’analyse des résultats montre que dans beaucoup de ces communes, le résultat final a été serré, avec des écarts souvent inférieurs à 10, voire 5 points. Cela veut dire qu’il y a eu une véritable compétition démocratique dans ces communes, « projet contre projet »  comme l’espéraient les défenseurs de la réforme. Dans de très petites communes, des réunions publiques organisées pendant la campagne ont vu une affluence massive, avec un véritable regain d’intérêt pour une campagne électorale qui, auparavant, pouvait sembler « ronronner ». Dans ces communes, la présence d’une liste concurrente a également eu l’avantage de pousser l’ancienne équipe municipale à sortir de la routine pour convaincre les électeurs de voter pour elle – et parfois, comme c’est arrivé dans un certain nombre de cas, à être battue pour ne l’avoir pas fait, par excès de confiance. 

Ce constat mène à espérer qu’aux prochaines échéances, instruites de l’expérience de celle-ci, bien plus de communes verront deux listes s’affronter. Peut-être faut-il réfléchir à donner un « coup de pouce »  à cette tendance, en diminuant le nombre de candidats à trouver pour constituer le conseil municipal ? Cette question a été abordée au Parlement ces derniers mois, mais abandonnée. Elle reste posée. 

Il faut regarder en face la réalité de la hausse de l’abstention : elle est préoccupante, notamment parce qu’elle touche désormais les élections municipales qui en étaient jusqu’à présent relativement protégées. Il s’agit d’un problème politique profond, qui doit interroger tant le gouvernement que le législateur… et les maires eux-mêmes. Mais à ce problème, il n’existe ni réponse toute faite ni solution simpliste. Et remettre en cause, comme le demandent certains parlementaires, les nouvelles règles de parité en pensant que cela va résoudre le problème de la baisse de la participation semble bien illusoire, pour ne pas dire que cela reviendrait à lâcher la proie pour l’ombre.

(1)   Aix-en-Provence, Dijon, Grenoble, Nantes, Rennes, Saint-Denis (La Réunion), Strasbourg et Toulon.

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