Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux

Édition du lundi 23 mars 2026
Elections municipales

Les premiers enseignements du second tour des municipales

Le deuxième tour des municipales n'a pas bouleversé les grands équilibres du précédent scrutin : la droite n'a remporté que peu de grandes villes mais confirme son ancrage dans les villes moyennes, où le RN réalise également une percée. À gauche, la stratégie d'alliance entre PS et LFI n'a majoritairement pas convaincu les électeurs, tandis que les écologistes ont perdu plusieurs grandes villes.

Par Franck Lemarc

Maire-Info
© Adobe stock

Rarement soirée électorale s’est déroulée dans une telle ambiance de « tout le monde a gagné » : au fil de la soirée, les ténors des principales formations politiques se sont succédé pour dire leur satisfaction après la « victoire » : RN, LFI, macronistes, PS et LR ont tous joué cette partition – seuls les écologistes ne pouvant pas se le permettre. 

Chacun a en effet des motifs de satisfaction – mais également, ce qui a été nettement moins mis en avant, de lourde déception. 

Le RN s’implante dans les villes moyennes

L’un des enjeux de ce scrutin était de savoir si le Rassemblement national allait réussir son implantation locale. Après un premier tour où la quasi-totalité des maires RN a été réélue dès le premier tour, à l’exception de Villers-Cotterêts où la candidate RN a finalement été battue hier, le parti d’extrême droite a échoué à gagner plusieurs des grandes villes qu’il visait mais a, en revanche, gagné de nombreuses villes moyennes. 

Au chapitre des grandes villes, seule Nice est tombée dans l’escarcelle de l’extrême droite avec la large victoire d’Éric Ciotti, allié du RN. Alors que le parti espérait gagner hier Marseille, Nîmes et Toulon, il a échoué dans les trois cas, avec néanmoins des scores extrêmement élevés : 40,3 % à Marseille, où le RN a réussi à presque totalement effacer Les Républicains (Martine Vassal a à peine dépassé les 5 %) ; 37,52 % à Nîmes ; et 47,6 % à Toulon. Le résultat à Nîmes et Marseille alimentera certainement le débat à venir sur « l’union des droites », dans la mesure où c’est, à Nîmes du moins, le maintien des Républicains au second tour qui a permis à la gauche de l’emporter.

Mais derrière cet échec dans les grandes villes se cache un autre résultat : le parti de Jordan Bardella l’emporte dans de nombreuses villes moyennes, dont Vierzon, Montargis, Saint-Avold, La Flèche, Liévin, Castres, Adge, Menton, La Seyne-sur-Mer, Tarascon, Carcassonne… Il est trop tôt pour donner le nombre exact de communes gagnées par le RN à l’issue des tours, mais ce chiffre dépassera assurément les 60. 

LR prend plusieurs grandes villes à la gauche

Du côté des Républicains, Bruno Retailleau s’est félicité hier soir de l’ancrage du parti dans les villes moyennes et d’avoir pris quelques bastions à la gauche. Déjà au soir du premier tour, Les Républicains revendiquaient d’être en tête dans plus de la moitié des villes de plus de 9 000 habitants. Hier, ils ont de plus ajouté à leur escarcelle des villes qui étaient à gauche depuis des décennies, les plus emblématiques étant Clermont-Ferrand (socialiste depuis plus d’un siècle) et Brest. LR revendique également une part de la victoire de Jean-Luc Moudenc à Toulouse et de Thomas Cazenave à Bordeaux, dans la mesure où le parti soutenait ces candidats. Le parti de Bruno Retailleau a également ravi à la gauche les villes de Besançon, Tulle, et Cherbourg, et confirmé son implantation dans une ex-citadelle de la gauche, Limoges, que celle-ci espérait bien reprendre. . 

En revanche, il a échoué à prendre Nantes – ce qui aurait été un coup de tonnerre, mais où son candidat a réalisé un score historiquement haut de presque 48 % –, Lyon et surtout Paris. Dans cette dernière ville, la défaite a été particulièrement sévère pour Rachida Dati, battue avec presque dix points d’écart. À Lyon en revanche, Jean-Michel Aulas n’a été battu que de justesse (49,33 % des suffrages) par Grégory Doucet. Mais même si l’information est assez largement passée sous les radars, la droite a en revanche pris à la gauche la Métropole de Lyon, ce qui va très largement réduire les marges de manœuvre du maire écologiste de la capitale des Gaules. 

Malgré ce bilan contrasté, LR peut revendiquer, comme l’a fait son président hier, d’être le parti qui a remporté « le plus grand nombre de voix et d’élus »  et qui représente « la principale force politique locale en France ». 

LFI victorieuse dans plusieurs grandes villes très populaires

Quant à La France insoumise, elle a ajouté une autre grande ville à Saint-Denis, déjà remportée au premier tour : c’est celle de Roubaix, gagnée hier par David Guiraud avec plus de 53 % des voix, malgré une quadrangulaire. D’autres villes de plus de 50 000 habitants ou approchant ce chiffre ont été remportées par les Insoumis, dont Le Tampon, à la Réunion, Vénissieux (avec seulement 25 voix d’avance), Vaulx-en-Velin, La Courneuve. LFI a également ravi au PS l’un de ses fiefs historiques dans l’Oise, Creil. 

« La France insoumise fait une entrée fracassante dans les conseils municipaux », se félicitait hier soir Manuel Bompard. Mais le mouvement de Jean-Luc Mélenchon a aussi connu des déceptions, notamment à Toulouse où il avait pris la tête d’une coalition avec le PS, et à Lille contre le PS cette fois. Il apparaît clairement que les villes conquises par LFI ont un profil sociologique assez similaire : ce sont des villes très populaires, voire pauvres, où le taux d’immigration est important et où les positions de LFI notamment sur le conflit israélo-palestinien ont semble-t-il été appréciées. 

PS : des alliances avec LFI qui ont échoué, mais pas partout

Quant au Parti socialiste, il peut se féliciter d’avoir conforté sa place à la tête des grandes villes : sept des dix plus grandes villes du pays ont été remportées hier par ce parti et, dans certains cas, ses alliés écologistes ou communistes (Paris, Marseille, Lyon, Nantes, Montpellier, Strasbourg et Lille). Les choses sont toutefois un peu plus compliquées, lorsque l’on y regarde de plus près, puisque qu’à Strasbourg par exemple, la candidate Catherine Trautman s’était vue retirer l’investiture du PS après avoir fusionné avec la liste Horizons. 

La gauche a également remporté les villes du Mans, de Nancy, de Villeurbanne, d’Amiens, de Rouen et de Rennes. 

Mais ce qui ressortira essentiellement de ce deuxième tour, pour la gauche, est le relatif échec des alliances entre le PS et LFI, décidées en catastrophe au lendemain du premier tour. À Toulouse, Clermont-Ferrand, Poitiers, Limoges, Avignon, ces listes d’union ont été battues, parfois assez largement. Il faudra attendre une analyse plus fine des suffrages pour savoir si c’est le résultat d’un refus de l’électorat socialiste de voter pour LFI ou d’une mobilisation massive de la droite pour « barrer la route »  aux candidats insoumis – ou les deux. 

Les victoires à Lille, Paris, Montpellier et Marseille, où le PS avait refusé toute alliance avec LFI, confortent au PS les tenants d’une ligne de rupture franche avec les Insoumis : ainsi, ce matin, Boris Vallaud déclare : « LFI nous a fait perdre. Il n’y a plus de place pour l’ambiguïté stratégique. »  Mais ce n’est qu’une lecture partielle : il faut aussi signaler que dans plusieurs villes où des « accords techniques »  avaient été conclus entre le PS et LFI, la victoire a été au rendez-vous, notamment à Nantes, à Lyon, à Tours et Grenoble. 

Le relatif échec du camp présidentiel

Les écologistes et les macronistes sont probablement les deux forces politiques qui ont le moins réussi cette séquence électorale.

Les premiers ont perdu plusieurs des grandes villes qu’ils avaient gagnées en 2020, dont Bordeaux, Strasbourg, Poitiers et Besançon. Les seconds ne peuvent revendiquer que quelques grandes villes, la plupart grâce à des candidats du parti d’Édouard Philippe, Horizons, qui prend de plus en plus ses distances avec le chef de l’État : Le Havre, Angers, et Reims sont dans ce cas. À Bordeaux et Annecy, en revanche, ce sont de purs produits du parti Renaissance – Thomas Cazenave et Antoine Armand – qui l’ont emporté, en bénéficiant du soutien des LR. 

La défaite cinglante de Rachida Dati à Paris, celle de Christian Estrosi à Nice ou, surtout, de François Bayrou à Pau, apparaissent à l’inverse comme des camouflets pour le parti présidentiel et ses alliés. 

Ce deuxième tour, comme Maire info l'a montré vendredi,  était marqué par un important éclatement des listes – il y avait plus de triangulaires que de scrutins avec deux listes en lice, et pas moins de 166 quadrangulaires. Cet éclatement rend difficile une analyse globale des résultats, comme on l'a vu : d'une commune à l'autre, la présence de trois, quatre voire cinq listes a abouti à des résultats qui n'auraient pas été les mêmes dans le cadre d'un affrontement plus classique entre deux forces. En conséquence, à un peu plus d'un an de l’élection présidentielle, on ignore quelles seront les conclusions que tireront les états-majors politiques de ces municipales, tant chacun peut être tenté, au vu des particularismes locaux, de tirer la couverture à lui. 

À n’en pas douter, à gauche comme à droite, la question des alliances va maintenant se poser de façon plus aigüe que jamais. À droite, les partisans de « l’union des droites »  incluant le RN se verront confortés par certains résultats, tandis que les tenants du maintien du front républicain en brandiront d’autres. Idem à gauche, sur la question des alliances avec LFI. Les grandes manœuvres vont commencer – sans que le résultat des municipales permette réellement de trancher la question, comme beaucoup l’espéraient. 

Suivez Maire info sur Twitter : @Maireinfo2