Les chiffres-clés d'un second tour aux enjeux politiques majeurs
Par Franck Lemarc

C’est hier que le ministère de l’Intérieur a publié la liste de tous les candidats enregistrés pour le second tour des élections municipales. Maire info a analysé ces données (hors Polynésie française) pour obtenir les principales statistiques de ce second tour.
Selon les départements, des chiffres très hétérogènes
On ne votera pas, dimanche, dans tous les départements du pays : dans certains d’entre eux, 100 % des communes ont élu leurs conseillers municipaux dès le premier tour. Les agents de la préfecture de la Mayenne seront donc de repos dimanche, tous comme ceux de Saint-Pierre-et-Miquelon. En effet, aucun second tour n’aura lieu dans ces deux départements.
D’un département à l’autre, le nombre de seconds tours varie fortement, comme le montre la carte ci-dessous réalisée par Maire info. Si les Deux-Sèvres, la Guyane et la Haute-Corse n’en connaîtront qu’un et le Lot deux, certains départements en verront 31 (Seine-et-Marne), 37 (Gironde), 29 (Pas-de-Calais), voire 48 (Nord). Ce sont, logiquement, les départements les plus ruraux qui ont le moins de second tour, puisque dans les communes rurales, il n’y avait le plus souvent qu’une ou deux listes en lice, donc pas de possibilité de deuxième tour (sauf dans le cas où les deux listes font exactement le même nombre de voix).
Ce sont les régions Bretagne, Île-de-France et Hauts-de-France qui totalisent le plus de seconds tours, ainsi que le pourtour méditerranéen.
Au total, il y aura un deuxième tour dans 1 521 communes (hors Polynésie française), à quoi il faut ajouter 29 deuxièmes tours dans les arrondissements de Paris, Lyon et Marseille, soit 1 550 scrutins en tout, sans compter dix seconds tours pour les élections métropolitaines de Lyon.
Ces listes regroupent environ 127 000 candidats, dont 2 752 dans les arrondissements de Paris, Lyon et Marseille.
815 triangulaires
Avec le jeu des fusions et des retraits, il y a beaucoup moins de listes en lice que de listes qualifiées pour le second tour. À l’issue du premier tour, selon nos calculs, environ 15 000 listes (sur 50 000 qui s’étaient présentées) remplissaient les conditions pour concourir au second, c’est-à-dire avaient recueilli plus de 10 % des suffrages exprimés. Après les 48 heures de négociations qui ont suivi les résultats, il ne reste plus en lice que 4 300 listes environ, soit entre 3 et 4 fois moins. Plus de 10 000 listes ont disparu, soit parce qu’elles se sont tout simplement retirées, soit parce qu’elles ont fusionné avec une autre.
Il y a donc, logiquement, nettement moins de triangulaires, quadrangulaires et autres quinquangulaires qu’on pouvait en attendre au vu des résultats du premier tour – où deux « sexangulaires » étaient même possibles, à Poitiers et Mulhouse, voire une inédite « septangulaire » à Saint-Jean-de-Védas, dans l’Hérault, où la dispersion des voix était telle qu’au soir du premier tour, les sept candidats étaient tous qualifiés pour le second tour !
Quelques jours plus tard, entre fusions et retraits, il n’y a plus ni sexangulaires ni septangulaires. Mais il est à noter qu’il reste finalement plus de triangulaires que de scrutins où seuls deux candidats sont en lice, comme le montre le graphique ci-dessous. Et qu’il y aura tout de même 166 quadrangulaires et 16 quinquangulaires (dont Saint-Jean-de-Védas).
Nuances politiques
On peut enfin tirer de l’analyse de ce tableau quelques chiffres sur la présence des différentes tendances politiques au second tour.
Les listes les plus nombreuses à se présenter (arrondissements de Paris, Lyon et Marseille compris) au second tour sont les listes « divers droite » (691) et « divers gauche (517). Mais la donnée la plus marquante est la présence importante de l’extrême droite au second tour : le RN se maintient dans 222 communes, à quoi il faut ajouter une liste UDR (ciottiste), 36 listes « union de l’extrême droite » et 24 listes « extrême droite », soit un total de 282 communes où l’extrême droite est présente au second tour (soit presque 20 % d’entre elles). Ce chiffre important s’explique par le refus de la droite, malgré les appels du pied de Jordan Bardella, de fusionner avec les listes RN.
À gauche, La France insoumise ne se maintient, seule, que dans 63 communes et arrondissements, les écologistes dans 19, le PS dans 18 et le PCF dans 10. Ces chiffres assez bas sont à l’inverse le reflet de la dynamique de fusion constatée au lendemain du premier tour : dans de nombreuses villes, « Insoumis » et socialistes ont choisi d’oublier leurs différends et de se présenter ensemble.
À droite, Les Républicains se présentent seuls au second tour dans 55 communes et arrondissements et l’UDI dans 6. Du côté des macronistes, hormis les quelque 400 listes étiquetées « union au centre », qui regroupent le plus souvent des candidats Renaissance, MoDem et Horizons, le parti d’Édouard Philippe est le seul à présenter une liste sous sa seule étiquette au second tour, à Aix-en-Provence.
Rendez-vous lundi pour les résultats de ce second tour particulièrement incertain, dont l’un des enjeux majeurs sera de voir si l’électorat de gauche valide, ou pas, les fusions entre LFI et le reste de la gauche ; et si l’électorat de droite est prêt à voter pour le Rassemblement national pour « barrer la route » à la gauche. La réponse à ces questions pourrait être déterminante pour la stratégie des partis à l’approche de l’élection présidentielle de l’an prochain.
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