Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux
Édition du lundi 16 mars 2026
Elections municipales

Abstention en hausse, poussée du RN et de LFI, effacement du parti présidentiel : les premiers enseignements des municipales

Le premier tour du scrutin qui a eu lieu hier a été marqué par une abstention en hausse par rapport à 2014, une installation de l'extrême droite dans le paysage municipal et la prise de plusieurs grandes villes par La France insoumise.

Par Franck Lemarc

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Il est encore trop tôt, ce lundi 16 mars au matin, pour disposer des résultats définitifs et consolidés du premier tour des élections municipales. Mais les nombreux résultats qui sont déjà tombés attestent d’une reconfiguration politique qui, même à l’échelle locale, ressemble à celle qui a marqué les élections législatives de 2024.

Abstention en hausse

Premier enseignement : lors d’une élection qui, traditionnellement, voyait un taux de participation très supérieur à celui d’autres scrutins locaux, l’abstention est en hausse. En la matière, il ne faut pas se référer à 2020, où le premier tour avait eu lieu en pleine épidémie de covid-19, ce qui avait conduit à une abstention de plus de 55 %. Mais si l’on se réfère à 2014, l’évolution est frappante : cette année-là, 63,5 % des électeurs étaient allés voter ; hier, ils étaient entre 56 et 58 %, selon les instituts de sondage. L’abstention aurait donc progressé de 5 à 7 points. Dans certaines grandes villes très populaires, la participation a été particulièrement faible : 42 % à Saint-Denis et à Mulhouse, 47 % à Forbach, 49 % à Douai. 

Il sera intéressant de considérer, lorsque les chiffres globaux seront disponibles, le taux de participation dans les communes de 1000 habitants et moins, marquées par l’apparition du scrutin de liste paritaire et, dans beaucoup d’entre d’elles, où une seule liste était en lice. Un premier regard sur un certain nombre de ces petites communes fait toutefois apparaître une participation tournant en général autour de 60 %, ce qui est important pour des communes où le résultat était acquis d’avance. 

Le RN poursuit son implantation

L’un des enseignements majeurs de ce scrutin est la percée du Rassemblement national et de ses alliés, dont l’un des symboles est la très nette avance d’Éric Ciotti à Nice, avec plus de 12 points d’avance sur son concurrent Christian Estrosi. Si le RN a échoué à prendre certaines grandes villes qu’il briguait, comme Lens où le maire PS Sylvain Robert a été réélu dès le premier tour – mais où le RN a obtenu 46 % des suffrages –, le parti de Jordan Bardella et Marine Le Pen est en tête ce matin dans plus de 60 communes, contre onze seulement au lendemain du premier tour de 2020, et l’aurait emporté dans 24 autres dès le premier tour. Il est en tête dans certaines grandes villes comme Toulon, où Laure Lavalette a obtenu 42 % des suffrages, mais aussi Nîmes ou Menton. À Marseille, le candidat du RN Franck Allisio est arrivé deuxième derrière le maire de gauche Benoît Payan, qu’il talonne avec moins de 4 000 voix d’écart. 

Le RN l’a par ailleurs facilement emporté, dès le premier tour, dans la plupart des communes qu’il dirigeait déjà, avec notamment plus de 77 % des voix pour Steeve Briois à Hénin-Beaumont, 51,3 % pour David Rachline à Fréjus, 60,3 % pour Nelson Chaudon à Beaucaire. Le parti d’extrême droite a remporté quelques nouvelles villes, comme Cagnes-sur-Mer, où le maire de droite Louis Nègre a été sèchement battu dès le premier tour. 

LFI l’emporte à Saint-Denis

Ce scrutin marque également une claire poussée de la France insoumise, qui remporte pour la première fois une grande ville dès le premier tour – Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). À Roubaix, le candidat LFI est largement en tête avec 46,6 % des voix. À Toulouse, le parti de Jean-Luc Mélenchon a créé la surprise en arrivant deuxième, devant le candidat du PS, ainsi qu’à Lille où il talonne le Parti socialiste avec moins de 2 000 voix d’écart. 

À Paris, Lyon et Marseille, les candidats « Insoumis »  sont tous qualifiés pour le second tour, tout comme à Nantes ou à Limoges.

Malgré une campagne très marquée de « diabolisation »  du mouvement Insoumis, portée aussi bien par la droite que par le Parti socialiste, ce mouvement tire donc plutôt bien son épingle du jeu et jouera un rôle d’arbitre dans de nombreuses grandes villes. 

Le PS et Les Républicains toujours bien ancrés

Les deux partis qui dirigent, depuis des décennies, le plus de communes, ne s’effondrent pas, loin de là, mais voient tout de même leur hégémonie disputée. 
Le PS semble en position de pouvoir conserver ses bastions comme Rennes, Nantes et Montpellier, et se dit en tête dans la majorité des communes qu’il dirigeait pendant le mandat précédent. Il faudra, là encore, attendre les résultats définitifs pour être plus précis. 

Mais il reste que dans certains bastions historiques, comme Lille, ou des grandes villes plus récemment gagnées, comme Paris ou Marseille, le PS est en difficulté, et son avenir dépendra des accords qui seront conclus en vue du second tour : à Lille, si les Insoumis s’alliaient avec les écologistes, ils pourraient être en mesure de ravir la ville aux socialistes. À Paris et Marseille, il semble que seul un accord du PS avec les Insoumis – pour l’instant rejeté par la direction du parti – pourrait lui permettre de conserver la mairie. 

En la matière, il semble que les appels de la direction nationale du PS à refuser les accords avec LFI ne pèsent guère sur les décisions locales : déjà ce matin, les Insoumis et les socialistes toulousains annoncent une « fusion »  pour le second tour, avec la tête de liste confiée à l’Insoumis François Piquemal. Il reste à savoir si dans des villes comme Paris ou Marseille, cette stratégie sera suivie. Réponse d’ici demain soir. 

Côté Républicains, le même problème va se poser en matière d’alliances avec le Rassemblement national. Le parti dirigé par Bruno Retailleau est en passe de conserver la plupart de ses bastions dans les villes moyennes et dans les territoires ruraux, mais pas de reprendre les grandes métropoles qu’il a perdues en 2014 et 2020. Ses scores ont été en-dessous des attentes à Paris, Lyon et Marseille (où Martine Vassal a obtenu moins de 13 % des suffrages). Les Républicains peuvent en revanche espérer regagner Bordeaux et Besançon et peut-être ravir la ville de Brest aux socialistes. 

Le Rassemblement national s’est empressé, dès hier soir, de « tendre la main »  aux Républicains, mais cet appel a, officiellement, été rejeté par Bruno Retailleau. Mais comme c’est le cas à gauche avec LFI, il est probable que des candidats LR passeront outre les consignes pour nouer des accords, fussent-ils « techniques », avec le RN. 
On en saura plus demain soir à 18 heures, délai limite pour déposer en préfecture les listes du second tour. 

Notons enfin que le parti présidentiel Renaissance et ses alliés du « bloc central »  ont, dans la plupart des cas, réalisé d’assez faibles scores qui ne les mettra que rarement en position de jouer les arbitres au second tour. Parmi les résultats les plus favorables du « bloc central », Édouard Philippe au Havre (mais fait-il encore partie du « camp présidentiel » ?) a déjoué les sondages en finissant le premier tour avec une confortable avance. À Annecy, le député Renaissance Antoine Armand est arrivé en tête du premier tour, et à Bordeaux, Thomas Cazenave n’a pas perdu tout espoir de l’emporter au second tour face à l’écologiste Pierre Hurmic. 

Le parti dirigé par Gabriel Attal revendique ce matin « 100 communes »  remportées au premier tour, ce qui est pour l’instant impossible à vérifier. 

AMF : de nombreux responsables réélus dès le premier tour

Il est également possible dès ce matin de donner quelques nouvelles des élus composant la direction de l’AMF, dont son président David Lisnard, réélu dans un fauteuil à Cannes dès le premier tour avec plus de 81 % des voix. À Lampertheim, Murielle Fabre, secrétaire générale de l’association, a également été réélue dès le premier tour avec presque 51 % des voix, tout comme Joël Balandraud à Évron, Christophe Rouillon à Coulaines, Alain Chrétien à Vesoul, Florence Portelli à Taverny ou Mohamed Gnabally à L’Île-Saint-Denis. 

La situation est en revanche plus difficile pour l’historique premier vice-président délégué de l’AMF, le socialiste André Laignel, qui n’arrive qu’en deuxième position à Issoudun – où il avait été, ces dernières années, élu au premier tour avec les trois quarts des voix. 

Antoine Homé (PS) est aussi en situation délicate à Wittenheim, ne devançant que d’une seule voix son concurrent Mathieu Nico, tout comme Frédéric Chéreau à Douai, qui arrive deuxième derrière le RN et devra affronter – sauf fusion – une quadrangulaire.

Patrick Molinoz, lui aussi membre du Bureau de l’AMF, a été battu dès le premier tour à Venarey-les-Laumes. 

Rendez-vous désormais dans notre édition de demain pour une analyse des résultats complets qui devraient être publiés aujourd’hui par le ministère de l’Intérieur. 

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