Le cinéma rural face aux défis du financement et de la concurrence
Par Lucile Bonnin
C’est en février dernier que la sénatrice de la Loire-Atlantique Marie-Pierre Bessin-Guérin a interpellé la ministre de la Culture au sujet de la situation préoccupante du cinéma en milieu rural. Dans une question écrite, elle explique que les territoires ruraux connaissent une fragilisation croissante de leurs équipements cinématographiques, notamment en raison des difficultés budgétaires rencontrées par les collectivités territoriales.
Alors que les collectivités – notamment les régions et départements – ont de plus en plus de mal à soutenir financièrement les cinémas, la fréquentation de ces derniers, et notamment des plus petits, ne cesse de baisser. Dans le détail, 109,46 millions d’entrées ont été enregistrées en 2025 contre 127,81 millions en 2024. Actuellement, plus de 300 salles de cinéma sont en régie municipale sur les 2 053 cinémas du pays en 2024 (lire Maire info du 30 octobre 2024).
Si les équipements sont nettement moins denses dans les communes rurales, il faut souligner qu’il existe aussi des cinémas itinérants, et qu’ils représentent environ 13 % du parc cinématographique des communes rurales. Ces petites salles associatives et équipements culturels de proximité sont particulièrement menacés. Selon la sénatrice, en Loire-Atlantique, le réseau SCALA, qui regroupe 35 salles associatives, illustre cette vulnérabilité, notamment face aux coûts importants liés à la modernisation numérique des équipements de diffusion.
Aides du CNC
Dans sa réponse publiée il y a quelques jours, le ministère de la Culture rappelle d’abord que « l’accès à une offre cinématographique diversifiée sur l’ensemble du territoire constitue une priorité des politiques publiques du CNC ». Il souligne que la France dispose d’un maillage exceptionnel avec plus de 6 300 écrans et que la moitié des cinémas sont implantés dans des communes de moins de 10 000 habitants. Le ministère insiste également sur le rôle important des circuits itinérants, qui permettent d’assurer des projections dans des lieux variés comme des salles des fêtes, des écoles ou encore des hôpitaux : « On compte aujourd'hui 116 circuits itinérants, qui desservent 2 900 points de projection complémentaires des cinémas classiques. »
Le ministère liste ensuite les dispositifs de soutien qui ont été renforcés afin de répondre aux difficultés des salles rurales. Le CNC investit environ 80 millions d’euros par an pour accompagner la modernisation des cinémas, notamment à travers des travaux de rénovation, l’achat de matériel de projection, l’amélioration de l’accessibilité ou encore le développement du marketing numérique. La formation des personnels a également été ajoutée aux dépenses pouvant être soutenues.
Le ministère rappelle aussi l’existence de l’aide aux cinémas Art et essai dotée d’une « enveloppe d'un montant total d'environ 20 millions d'euros, en forte croissance depuis 10 ans, dont les modalités de calcul sont orientées pour favoriser les exploitants de salles dans les zones rurales » . Aussi, dans le cadre du plan Culture et ruralité, de nouvelles aides spécifiques ont également été créées pour soutenir les circuits itinérants, tant en investissement (un million d’euros) qu’en fonctionnement (enveloppe annuelle de 0,5 million d'euros).
Futures conventions
Depuis le début de l’année 2026, les négociations des futures conventions de coopération cinématographique et audiovisuelle entre l’État, le Centre national du cinéma et de l'image animée et les régions pour la période 2026-2029 sont en cours. Pour mémoire, ces conventions permettent de coordonner les financements entre le CNC et les collectivités territoriales et repose sur un mécanisme de cofinancement : les régions investissent dans des dispositifs culturels et le CNC vient compléter cet effort financier selon des clés de répartition définies dans la convention.
La sénatrice de Loire-Atlantique s’inquiète des nouvelles modalités de financement proposées par le CNC, qui remettent en cause ce modèle historique fondé sur la règle « un euro du CNC pour deux euros de la région » . Cette évolution risque « de marginaliser davantage les territoires ruraux, où les intercommunalités peinent à compenser le désengagement des régions et des départements. »
Dans ce contexte, sans trop s’avancer, le ministère confirme que le CNC souhaite renforcer ses relations avec les collectivités locales dans le cadre des nouvelles conventions. Il indique que des mécanismes d’incitation seront proposés aux collectivités qui maintiennent leurs efforts en faveur de la diffusion culturelle malgré les contraintes budgétaires.
Cependant, le ministère annonce aussi que « les modalités de cofinancement par le CNC de certaines actions, notamment en faveur de l'éducation au cinéma et à l'image, seront améliorées. C'est dans ce nouveau cadre que le CNC renforcera son lien avec les collectivités infrarégionales, qu'il s'agisse du bloc communal ou des départements. » « Le CNC négocie actuellement avec les collectivités intéressées les formules les plus adaptées pour associer de manière efficace les départements, les établissements publics de coopération intercommunale et les communes à sa politique territoriale, en lien avec les directions régionales des affaires culturelles. L'objectif est de conclure un nombre substantiel de ces partenariats avant la fin de l'année en cours. »
Une autre menace pèse aujourd’hui sur les petits cinémas : les tensions s'accroissent entre les grands groupes exploitant des multiplexes et les cinémas publics ou de proximité. Dans un article de nos confrères de Localtis publié hier, on apprend que des petits cinémas municipaux et associatifs accusent certains grands circuits privés – notamment Megarama – de peser sur les distributeurs afin de réserver les films les plus attendus aux multiplexes. Plusieurs exploitants locaux dénoncent une concurrence déséquilibrée. Le CNC va saisir la médiatrice du cinéma et invite « l'ensemble des exploitants et distributeurs susceptibles d'être concernés par cette situation à prendre attache sans délai » avec cette dernière.
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