Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux
Édition du lundi 20 juillet 2015
Culture

Festivals : divergence de fond entre la ministre et les maires

En pleine saison estivale, la question des festivals continue d’empoisonner les rapports entre le ministère de la Culture et les élus locaux. Derniers épisodes : des déclarations controversées de la ministre de la Culture, ces dernières semaines, et une réponse courroucée du président de l’AMF.
On sait que depuis le début de l’année, un certain nombre de maires ont dû faire le choix d’annuler purement et simplement certains festivals, ou d’en réduire les ambitions (lire Maire info des 19 mars et 21 avril). En cause : la baisse des dotations de l’État qui grève les budgets des communes. Bien des maires avaient prévenus : les premiers budgets qui seront impactés seront la culture, le sport ou le soutien aux associations, dans la mesure où il s’agit de budgets qui ne sont pas les plus indispensables aux habitants.
Fleur Pellerin, la ministre de la Culture, a réagi à cette situation : d’abord le 1er juillet devant le Conseil national des professions du spectacle, et encore mercredi dernier via une communication devant le Conseil des ministres. Tout une partie de cette communication ne fait pas débat : elle a affirmé que « les festivals sont des vitrines inestimables pour la création », des « lieux de démocratisation culturelle »  et qu’ils sont à l’origine d’importantes retombées économiques. Fleur Pellerin rappelle également que l’État a choisi de « concentrer sa présence financière dans les seuls festivals à dimension nationale et internationale », et que pour les autres, « ce sont majoritairement les collectivités territoriales qui les soutiennent ».
Viennent ensuite des prises de position plus polémiques : la ministre reconnaît que, certes, « certains festivals ont récemment connu des difficultés financières », mais estime qu’il s’agit de « nuancer »  ce constat puisque, d’après ses chiffres, seuls « 51 festivals de musique »  ont été annulés en 2014. La ministre ne souhaite visiblement pas reprendre les estimations publiées par une chercheuse au printemps dernier, qui parlait, elle, de plusieurs centaines de festivals annulés.
Surtout, Fleur Pellerin rejette assez brutalement sur les élus la responsabilité de ces annulations, et exclut apparemment tout lien avec la question des dotations : « Les raisons de disparitions des festivals sont multiples. Certaines sont liées à des choix de politique locale assumés, d’autres sont le fait de difficultés propres aux festivals, à leur niveau de structuration, leur programmation, leur billetterie ».
Elle annonce enfin la nomination d’une « mission », dirigée par l’ancien maire de Toulouse, Pierre Cohen, « visant à établir la réalité des problèmes rencontrés ».
Ces prises de position ont fait réagir François Baroin, le président de l’Association des maires de France et des présidents d’intercommunalité, qui a écrit à la ministre de la Culture la semaine dernière. Le maire de Troyes rappelle à la ministre « le profond attachement des maires à l’action culturelle puisqu’ils en sont les premiers financeurs, bien loin devant les régions et les départements. Élus de proximité, les maires connaissent et reconnaissent le rôle de la politique culturelle dans les dynamiques et l’attractivité de leur territoire ainsi que dans la cohésion et le vivre ensemble de leur population. »  Dans ce contexte, déplore François Baroin, « les dispositifs de financement mis en place par le ministère contraignent régulièrement les communes à des dépenses supplémentaires ou à des créations de nouvelles offres de service auxquelles elles s’efforcent de répondre, non sans difficulté », à un moment où, de surcroît, les crédits du ministère de la Culture sont à un niveau « historiquement bas ». Pour François Baroin, c’est bien « l’ampleur brutale et immédiate de la baisse des dotations décidées par l’État, qui représente une baisse cumulée de 28 milliards d’euros sur la période 2014-2017, (qui) explique la baisse des contributions financières du bloc communal en matière culturelle ». La baisse des dépenses culturelles, affirme François Baroin, n’est même « qu’une des premières conséquences »  de ce coup de hache dans les dotations. « La baisse de 30% des dotations a des conséquences inévitables sur les politiques volontaires des collectivités territoriales puisque leurs marges de manœuvre sont excessivement réduites, compte tenu de dépenses contraintes et du poids des normes. » 
Le président de l’AMF estime « regrettable »  que « le rôle essentiel des élus locaux en matière de politique culturelle ait été mis en cause, notamment devant les professionnels de la culture ».

Télécharger la lettre du président de l'AMF.

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