Édition du vendredi 12 juin 2015


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Naissance lundi de « l'instance de dialogue » avec l'islam

Le gouvernement organise lundi la première réunion de « l’instance de dialogue avec l'islam de France », dont il avait annoncé la création le 25 février dernier (lire Maire info du 26 février). Entre 120 et 150 responsables de fédérations, recteurs de mosquées, imams, aumôniers, théologiens, islamologues et personnalités de la société civile, sans compter les représentants des pouvoirs publics, participeront à cette demi-journée de débats au ministère de l'Intérieur. Une délégation d'élus de l'Association des maires de France a aussi été invitée à participer à cette instance de dialogue. 
Pour représenter l'islam, des soufis tenants d'un islam mystique aux prédicateurs littéralistes du Tabligh, en passant par les Frères musulmans, un large éventail de sensibilités a été convié. Seuls critères de participation, au-delà de la légitimité cultuelle des invités: « L'adhésion au principe de laïcité » et le « respect des lois et des valeurs de la République ».
L'exercice est délicat pour le gouvernement : s'il souhaite avoir un dialogue plus étroit avec l'islam, ébranlé par le phénomène de radicalisation jihadiste et la montée des actes antimusulmans, il n'a pas vocation à organiser les affaires d'une religion, loi de 1905 oblige. « Il ne s'agit pas de créer une organisation nouvelle des Français de confession musulmane, ni de constituer une enceinte de négociation devant déboucher sur des décisions immédiates », a prévenu le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, dans la lettre envoyée aux invités. La perspective est plutôt de « réunir un forum d'échanges régulier » - une à deux fois par an - entre l'Etat et les musulmans, deuxième communauté confessionnelle de France, avec environ 5 millions de membres, pratiquants ou non.
La réunion sera ouverte par le Premier ministre, Manuel Valls, auquel succèdera à la tribune Dalil Boubakeur, président, jusqu'au 30 juin, du Conseil français du culte musulman. Une manière de montrer que le CFCM, largement critiqué pour ses défaillances, ses querelles internes et son manque de représentativité, sera « au coeur de l'instance de dialogue », selon l'expression de la place Beauvau. « Si l'objectif n'est pas de remplacer le CFCM, la démarche est intéressante et on n'a aucune raison de ne pas y participer », a confié à l'AFP Anouar Kbibech, prochain président de ce conseil.
La première réunion de l'instance sera conclue par Bernard Cazeneuve, qui devrait préciser la suite du calendrier. Il pourrait faire aussi des annonces, notamment sur l'obligation d'une formation universitaire civile et civique pour les aumôniers pénitentiaires, voire le contrôle de la maîtrise du français par les imams détachés par des pays étrangers. 
Quatre ateliers thématiques mobiliseront lundi les participants à l'instance, fruits des doléances recueillies sur le terrain, où les préfets ont rencontré quelque 5 000 musulmans. La sécurité des lieux de culte et l'image parfois dégradée de l'islam dans les médias et l'opinion publique fera l'objet d'une table ronde dont le rapporteur sera Abdallah Zekri, président de l'Observatoire national contre l'islamophobie au CFCM, selon une source proche du dossier.
Kamel Kabtane, recteur de la grande mosquée de Lyon, rendra compte des débats autour des questions épineuses de la construction et la gestion des lieux de culte musulman, qui sont actuellement au nombre de 2 500, sans compter environ 300 mosquées en projet.
L'imam Ahmed Miktar, gravitant dans la mouvance « frériste », devrait résumer les travaux relatifs à la formation et au statut des aumôniers et cadres religieux. Quant à Mohammed Moussaoui, ancien président du CFCM, il s'occupera des pratiques rituelles : la certification du halal, le nombre insuffisant d'abattoirs, les éventuels abus financiers liés au pèlerinage à la Mecque (hajj) ou le manque de carrés musulmans dans les cimetières sont parmi les sujets de préoccupation les plus souvent cités par les fidèles.
Le sujet de la radicalisation, en revanche, ne donnera pas lieu à un atelier spécifique, cinq mois après les attentats parisiens. « Nous avons estimé que ce serait un mauvais message adressé aux Français et à la communauté musulmane que de le mettre à l'ordre du jour de la première réunion de l'instance », indique la place Beauvau, qui veut éviter toute « stigmatisation ». Afp.
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