Prix de l'énergie : le gouvernement reconnaît la gravité de la crise mais dit n'avoir pas les moyens d'agir
Par Franck Lemarc

Une douzaine de questions posées par des députés au gouvernement, et une audition du ministre Roland Lescure par la commission des finances, demandée en urgence par le président de celle-ci. Les débats à l’Assemblée nationale, hier, ont reflété les inquiétudes des citoyens, des entreprises et des collectivités face à des prix de l’énergie qui flambent à nouveau – et de façon inédite. En une semaine, le prix moyen à la pompe du litre de gasoil a augmenté de 12,5 centimes – et de 51 centimes (+ 30 %) en un mois ! Concrètement, sur un plein de 60 litres, cela représente en un seul mois une hausse de 30 euros.
La perspective d’une crise « systémique »
Le gouvernement, depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, était sur une ligne plutôt optimiste : cette crise ne serait pas durable et les choses allaient revenir dans l’ordre en quelques semaines. Mais hier, devant la commission des finances, le ministre Roland Lescure s’est montré beaucoup plus sombre : « L’hypothèse d’une crise passagère dont les conséquences s’effaceraient avec la fin des bombardements n’est malheureusement plus d’actualité. » Le problème n’est en effet plus seulement le blocage du détroit d’Ormuz, qui affecte le transport du gaz et du pétrole, mais la destruction partielle ou totale des infrastructures de production dans les monarchies du Golfe, qui affecte « 30 à 40 % des capacités de raffinage du Golfe ». « Certaines installations sont à l’arrêt, d’autres sont détruites, a détaillé le ministre, et cela demandera du temps pour les rétablir. Pour les installations à l’arrêt, quelques semaines ou quelques mois. Pour celles qui sont détruites, notamment au Qatar, plusieurs années. »
On assiste donc à une brutale « contraction » de l’offre de gaz et de pétrole qui s’est traduite par « une hausse de 60 % du prix du pétrole et 70 % du prix du gaz » depuis le début du conflit. Et le ministre a lâché le mot que le gouvernement refuse de prononcer depuis le 28 février : « Cette situation constitue un nouveau choc pétrolier. » Si cette situation perdure « au-delà de quelques semaines », elle deviendra « de nature plus systémique ».
La perspective du déblocage du détroit d’Ormuz – qui n’est du reste pas à l’ordre du jour – ne suffira donc pas à résoudre la crise, du fait des destructions des installations de production et de raffinage. Le pays – et le monde – doit s’attendre à une crise énergétique qui va s’installer dans la durée.
Baisse des taxes ou contrôle des prix
Un peu plus tôt dans l’après-midi d’hier, de nombreux députés ont interpellé le gouvernement sur cette situation pour demander, sous une forme ou sous une autre, le déblocage d’aides directes tant pour les professionnels et les collectivités que pour les particuliers. Face à ces interpellations, c’est la ministre chargé de l’Énergie qui a lancé ce qui ressemble à un cri du cœur résumant toute la difficulté de la situation, pour le gouvernement : « J’entends la demande d’aides, mais où prend-on l’argent ? ».
Les députés, selon leur couleur politique, ont des demandes différentes. Côté extrême droite, les députés RN et ciottistes demandent une « baisse des taxes » sur les carburants, affirmant même que l’État « s’enrichit » sur le dos des consommateurs et des entreprises, puisque le produit des taxes augmente mécaniquement en même temps que le prix du litre.
Cette idée a été vivement combattue par Roland Lescure et Maud Bregeon. « Jamais l’État ne s’est enrichi à l’occasion d’une crise ! », a martelé la ministre chargée de l’Énergie, parce que les crises ont un impact négatif sur la croissance et les comptes sociaux. Le gouvernement se refuse donc à toute baisse des taxes sur les carburants qui, de toute façon, « ne feraient pas revenir les 20 % de pétrole en moins » qui manquent sur les marchés, a complété Roland Lescure.
À gauche, ce n’est pas la baisse des taxes qui est réclamée mais le blocage des prix des carburants. Plusieurs députés ont rappelé que cette solution a récemment été mise en œuvre dans des situations de crise grave, comme sur le prix du gel hydroalcoolique pendant le covid-19 ou encore celui des bouteilles d’eau minérale à Mayotte, après le cyclone Chido, pour éviter les phénomènes de spéculation.
Cette solution n’est pas non plus retenue par le gouvernement : Maud Bregeon a répondu laconiquement que « ne vous en déplaise, nous ne sommes pas dans une économie administrée » – ce qui a provoqué l’agacement des députés de gauche, qui ont rappelé que les prix du tabac ou même des logements sont en partie « réglementés ».
La ministre a répondu aux critiques de la gauche accusant le gouvernement de « protéger les marges des distributeurs » en rappelant que l’exécutif « suit l’évolution des marges afin de s’assurer qu’il n’y a pas d’augmentation indue ». Argument peu convaincant, dans la mesure où les prix des carburants étant libres, la notion même d’augmentation « indue » n’a pas grand sens.
« Pas d’argent magique »
Fondamentalement, le gouvernement reconnaît qu’il n’a pas de solution, en dehors de celle d’espérer une résolution rapide de la crise. Maud Bregeon l’a clairement expliqué : « On ne peut pas aggraver significativement le déficit par des baisses de taxes, par des chèques et par des aides qui coûteraient des milliards d’euros aux finances publiques. Ce qu’on injecterait dans les aides ponctuelles que vous appelez de vos vœux serait in fine payé par les contribuables : il n’y a pas d’argent magique. »
Face aux députés qui ont souligné que d’autres pays d’Europe – l’Italie, l’Espagne, la Grèce, le Portugal, la Croatie – ont déjà pris des mesures, qu’il s’agisse de baisse des taxes ou de blocage des prix, les ministres n’ont pas reculé. « L’Italie prend (l’argent) dans les transports et la sécurité, s’est exclamée Maud Bregeon. Est-ce votre proposition ? »
Le gouvernement s’en tiendra donc, pour l’instant, aux mesures annoncées avant-hier et hier, à savoir non des aides directes mais des facilités de trésorerie pour les professionnels de la pêche, du transport et de l’agriculture.
Cette position s’inscrira-t-elle dans la durée, dans la mesure où Roland Lescure lui-même a reconnu que la perspective d’une crise brève n’était « plus d'actualité » ? Quelles seront les conséquences de cette crise sur le pouvoir d’achat des ménages, sur les comptes des entreprises, sur les dépenses des collectivités ? Nul n’est en mesure de le dire aujourd’hui, mais il est probable que le gouvernement devra, tôt ou tard, sortir d’une posture certes vertueuse sur le plan budgétaire, mais sans doute intenable dans le temps.
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